‹ Algérie et TunisieChapitre 50 sur 107 · Sainl-Jean-(le-Luz · texte numérisé non relu

Sainl-Jean-(le-Luz

Soudan, cette ligne idéale rencontre le Niger plus près de Tombouctou que de la mer, vers Saï, et tombe dans l'Atlantique au golfe de Hénin, sur la cùte des Esclaves.

Le Zaccar Oriental, ainsi coupé par le premier méridien français, est un pic de craie de 1 o3o mètres, vis-à-vis du Gontas, mont détaché de l'Atlas de 3Iédéa; entre le Zaccar et le Gontas, le chemin de fer d'Alger à Oran s'élève en rampant dans les ravines blanchâtres des Bou-Halouan, puis le court tunnel d'Adélia le transmetdu versant métiiljienau versant du Chélilî. Autre mont de craie, le Zaccar occidental (1 o79 mètres), juste au midi de Cherchel, porte sur un de ses ressauts la ville aux fraîches fontaines, Miliana, qui, comme Boghar, est un « Balcon du Sud » avec le spectacle grandiose de l'Ouaransénis. Très imposant vu de la plaine, le Zaccar s'appuie en son nord au déchirement chaotique des monts des Béni-Ménasser, vigoureuse petite nation berbérophone dont le dialecte est presque identique à celui des Aurasiens; il «st essentiellement chuintant; les tch, les cli l'encombrent, et l'on a dit irrévérencieusement de lui que c'est l'auvergnat de l'Atlantide.

III. Du Zaccar à la fin du Cliélifï. — Les deuxZaccar sont le suprême effort du Dahra. De Miliana jusqu'à Ténès quelques cimes encore dépassent I 000 mètres ; aucune de Ténès à la lin du Chéliff.

Au nord d'Orléansville et de la plaine salée de Relizane, le Dahra, vu des bas-fonds du Chéliff, monte en énorme dos de colline, et non comme un djebel ayant des forêts aux flancs et la neige aux épaules. Le côté chéliflien, regardant le sud, est torturé par le soleil, sa terre est fendue, sans murmure de l'onde sauf çà et là quelques ruisseaux de sources — tel celui de la pittoresque Mazouna. Ce qui se hasarde à sortir en fontaine des entrailles de la craie caverneuse souvent cachée par un dépôt miocène, se disperse presque aussitôt dans l'air, qui est de llan\me ; ou bien la terre le boit avec avidité.

"A la pente du nord, il -y a torridité moindre; à l'ouest de la route d'Orléansville à Ténès, du haut des .WO, 600, et jusqu'à 836 mètres du Dahra d'occident, le versant septentrional tombe sur la mer deux fois plus ahruptemcnt que sur le fleuve. Étant tourné vers le flot, il lui mène plus d'eau que le vorsaiit contraire n'en apporte au ChélilT, et celte eau, sur une pente plus dure, s'écroule en cascatcUes; enfin l'air y vibre moins en ardeur que sur la descente en face de l'Ouaransénis.

Mais, en somme, le Dahra ne ruisselle guère; la pluie filtrant dans la terre meuble et profonde, c'est trop rarement que la sous-roche la retient, puis l'épanché en transparence de fontaine dans les ravins morts de torpeur. S.'il avait de vraies rivières, le penchant du nord du Dahra serait une « Grande-Kabylie », verger après verger, ou plutôt jardin sur jardin, tant le sol s'étagc en penchants rapides.

IV. Les Dahraoui. — Le Dahra proprement dit n'atteignant pas 1 000 mètres, au lieu de 2 000 et plus d'Aurès et Jurjura, ses tenanciers berbères n'ont pu repousser l'Arabe aussi nette-

ment que le firent Aurasiens et Jurjuriens; deux seulement de leurs tribus y parlent la langue antérieure, sur le versant maritime; tout le reste use d'un arabe où détonnent des mots, des idiotismes, presque imperceptible survivance de l'idiome qui régna seul en son temps sur tout un long rivage d'Afrique.

Mais si ceux qui berbérisent encore sont évidemment avant tout des Berbères, les arabisants du Dahra réunissent des sangs divers. L'élément primitif était «mauritanien »; les guerriers de la propagande ont apporté l'élément dit sémitique ; les Turcs, l'élément touranien ; les renégats, l'élément dit « aryen »; plus, ainsi qu'à peu près dans toute l'.Atlantide, un «scrupule» d'élément « nègre ».

Montagnards, les gens du Dahra n'ont pas voulu dire au Français : « Tu es le maître » sans avoir fait souvent parler la poudre. Une de leurs tribus, les Ouled-Riach faillit périr tout entière en 1843, de la main de Pélissier, dans une vaste caverne qui s'ouvre à 'ioQ mètres d'altitude, aux environs de Necmaria. Ce souterrain, devenu du soir au matin grotte funéraire, est en petit semblable à notre superbe trouée de l'Arize. Dans le Dahra comme dans les avant-Pj'rénées, chez les Ouled-Riach comme au 3Ias d'Azil, un torrent s'enfonce dans une roche de la montagne, — torrent qui descend de 60 mètres pendant le demi-kilomètre où il jase dans l'ombre lorsqu'il est goutte d'eau, où il éclate en sourd tumulte quand l'orage l'a centuplé.

Pélissier refoula les Ouled-Riach dans la caverne, d'où ils tirèrent sur nos soldats; il leur offrit et réoffrit l'aman, dont ils ne voulurent point, se croyant garantis des Roumis qu'ils fusillaient; alors ce grand homme de guerre alluma des feux à l'entrée du souterrain ; il ne voulait qu'effrayer les Ouled-Riach, que les forcer à l'aman, les chasser vers l'ouverture d'amont ou vers un puits de lumière qui tombe du plateau sur une chambre de la spélonque; c'était un homme d'une volonté de fer, un brusque passionné, mais il était bon.

Soit héroïsme ; soit impossibilité de fuir, comme dans une salle incendiée où l'on s'étpuffe {il'étroitesse des portes; soit suffocation dans les tourbillons de fumée, les Ouled-Riach restèrent dans leur nuit et moururent, moins S.! sur 1 ISO. Les squelettes sont toujours là, dans les cavaux et les corridors ; peu à peu, le torrent les emporte ou sa bourbe les enfouit et fait lentement de l'antre mortuaire un cimetière humide, sous des voûtes que la fumée de 18i.j a noircies pour des siècles.

Les Arabes ne détestent point le général Pélissier; il l'admirent plutôt; peut-être même l'aiment-ils, ce sultan terrible; ils ont un religieux respect, voire une profonde tendresse pour la force, parce que la force manifeste la volonté d'Allah. Toutefois, ils le nomment Iblis, par une corruption du nom de Pélissier conforme aux permutations normales entre les consonnes de l'arabe et celles du français.

Et Iblis c'est le diable.

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