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CHAPITRE IX

Suite de la dynastie des Beny-Hafs; — mort d’Abou-Abd-allah-êl-Mostanser-b-illah ; — Yahyâ-Abou-Zakaryâ IIe, surnommé êl- Ouatheq-b-Illali ; — Abou-Ishaq-Ibrahym ; — Ahmed-ben -Marzouq (faux Faddel); — Omar-Abou-HafsIIe; — êl-Mottaked-liyhay-dyn-Illah ; — Mohammed- Abou-Abd- Allah ; — Aboubeker ; — Khaled-ben-Zakaryâ; — Zakaryâ-abou-Yahyâ ; — Aboubeker-Abou-Yahyâ; — Omar-Abou-HafsIIIe du nom ; — Abou-Hassan-Aly, roi desZénètes, s’empare de Tunis ; — Ibrahym-ben- Abou-Faddel.

Cette croisade entreprise contre Tunis fut la sixième et la dernière, et la catastrophe royale qui venait de la terminer acheva d’éteindre chez les barons chrétiens ce fanatisme guerrier, qui avait, sans aucun autre résultat que celui de la gloire , dépeuplé l’Europe pendant deux siècles.

Abou-Àbd- Allah-Mohammed survécut peu d’années à l’évacuation de ses États par l’armée française. Il mourut au mois de Dou-l-Hadjeh de l’an 675 de l’hégire (mai 1277 del’ère chrétienne).

Le successeur de Abou-Abd- Allah fut son fils, Ÿahyâ-Abou-Zakaryâ, IIe du nom, surnommé él-Ouatheq b-Illah (celui qui s’attache à Dieu).

Ce prince en montant sur le trône renouvela , l’an 676 de l’hégire ( 1277 de notre ère), le traité que son père avait conclu huit années auparavant avec le roi d’Aragon (1) ; mais à peine avait-il joui quelque temps de la souveraine puissance qu’au mois de Raby-él-âouel de l’an 678 de l’hégire (juillet 1279) il en fut dépouillé par son oncle Abou-lshâq-lbrahym (2), qui laissa d’abord à son neveu les apparences d’une souveraineté nominative , et ne prit pour lui-même que le titre d 'Émyr-êl-Moudjâhed (le prince dévoué à laguerre sainte ) : celui-ci espéra vainement pouvoir transmettre son pouvoir à l’un de ses deux fils, qui, pour

(1) L’original de cet acte se lit à la Bibliothèque nationale, sur le même parchemin où est inscrit le traité de 1270, ci-dessus cité.

(2) Abou-lshaq-lbrahym avait déjà levé l’étendard de la révolte dès le temps à' Abou- Abd- Allah-Moliammcd et avait été obligé d’aller chercher un refuge en Espagne.

mieux s’assurer de cet héritage , avait massacré Yahya-Abou-Zakarya, ainsi que deux de ses enfants , él-Faddelet él- Tayb : il fut bientôt lui-même renversé de son trône usurpé, par un autre usurpateur, étranger à la famille des Bény- Hafs. ,

Cet usurpateur, nommé Admed-ben - Marzouq , était d’une naissance obscure et originaire de la ville de Bougie; profitant de quelques traits de ressemblance qu’il avait avec él-Faddel, il se présenta comme ce prince lui-même, et entraîna dans son parti la plupart des tribus arabes, qui alors comme aujourd’hui étaient établies dans ces contrées. Ibrahym chercha en vain à résister à l’imposteur : réfugié dans Bougie, auprès d’un de ses fils, il ne tarda pas à y périr avec la plus grande partie de sa famille.

Le nouvel usurpateur prit alors les titres de khalyfe et de prince des fidèles, le nom d’ Abou-l-Abbas-êl-Fâddel , et le surnom à'êl-Mansour-b-lllah (celui qui est secouru par Dieu) : il ajouta ensuite à ce dernier surnom celui de él-Qâyembe-Haqq-lllah (celui qui établit la vérité de Dieu), et se maintint pendant trois années entières sur le trône de Tunis; mais les efforts réunis de Abou-lshâq- Ibrahym et de son neveu Omar Abou- Hafs IIe du nom, fils d 'Abou-Abd- Allah, réussirent, l’an 6S3 de l’hégire ( 1284 de notre ère ) à l’en faire descendre et à l’expulser du royaume tunisien.

Omar-Abou-Ha/s , à qui était échu le souverain pouvoir, le conserva pendant un assez long règne, et l’an 694 de l’hégire (1295 de notre ère ) il le laissa en mourant à son neveu Abou-Zakarya , qui fut surnommé él-Mottakked-liyhay-dyn-Illah ( celui qui revivifie la religion de Dieu).

Celui-ci eut pour successeur un fils de Ouatheq-b-Illah nommé, Mohammed- Abou-Abd- Allah, mais plus connu sous le sobriquet de Abou-Assydah. Ce prince prit le surnom d ' él-Mostanser-b-Illah (celui qui réclame le secours de Dieu), titre qu’avaient déjà porté deux de ses prédécesseurs, et mourut au mois de Rabyél-Thâny de l’an 709 de l’hégire (septembre 1309 de l’ère chrétienne).

Son règne n’éprouva aucune perturbation ; mais il n’en fut pas de même de

L’UNIVERS

celui de Abou-Beker, surnommé Abou • Yahyâ , son fils et son successeur : le petit-fils de Abou - Ishâq - Ybrahym , nommé Khaled-ben-Zakaryâ, et surnommé Abou-l-Abbas , leva l’étendard de la révolte dans la ville de Badjyah ( Bougie), tandis que Cheykh-êd-Doulet faisait éclater sa rébellion dans les parties orientales du royaume et se rendait maître de Tripoli : Abou-Beker se vit hors d’état de résister à cette double attaque, et, abandonnant Tunis, qu’il ne pouvait défendre contre ses nombreux assaillants , il chercha une retraite chez les tribus arabes de la frontière méridionale.

Devenu ainsi possesseur du trône de Tunis (1), Khaled espérait le transmettre à son fils aîné, Omar ; mais le règne de ce prince fut agité par des troubles continuels et des révoltes sans cesse renaissantes.

U y avait à cette époque en Égypte un prince de la famille des Beny-Hafs, qui s’était arrêté d ans ce pays, ap rès a voi r fait le pèlerinage de la Mekke ; tils de l’êmyr- Abou-l-Abbas- Ahmed et petit-fils du cheykh Abou- Abd- Allah- Mohammedêl-Leyâny , ce prince se nommait Zakaryâ-Abou-Yahiâ , comme tant d’autres princes de sa famille. Il était alors d’un âge avancé, sans ambition, et seulement occupé des sciences; cependant , sans être effrayé de l’infortune de son aïeul , il crut l’occasion favorable pour s’emparer à son tour de l’autorité souveraine ; et, s’avançant vers Tripoli, parvint à se rendre maître de Tunis. Ayant mis Khaled à mort, il se fit proclamer luimême khalyfe, au commencement du mois de Redjeb de l’année 711 de l’hégire (novembre 1311 de notre ère).

Mais bientôt un frère de Khaled, nommé Abou-Beker et surnommé Abou- Yahyâ, vint de Bougie attaquer Zakaryâ, et le chassa de sa capitale. Le prince détrôné se retira à Tripoli, et son fils Abou- Abd- Allah, désigné par le sobriquet d’Abou-Darbéh, essaya sans succès de se maintenir dans la ville de Mali) On conserve à la Bibliothèque nationale l’original d’un traité conclu , l’an 712 de l’hégire (r3i3 de l’ère chrétienne), entre ce prince et Sanche , roi de Majorque, comte de Roussillon, de Cerdagne et de Montpellier,

hadya, où il s’ était fait proclamer khalyfe, sous le titre impérial de él-Mostanser-b-Illah, porté déjà par trois de ses prédécesseurs ; voyant tous leurs efforts inutiles, le père et le fils prirent le parti de chercher une retraite en Égypte.

Le vainqueur en s’emparant du pouvoir prit le surnom d'él-Motouakkel- A la- Allah (le confiant en Dieu), et régna sans trouble jusqu’à sa mort, arrivée au mois de Redjeb de l’an 747 de l’hégire ( octobre 1346 de notre ère).

Il eut pour successeur son fils nominé Omar-Abou-Hafs HT du nom , comme le fondateur de la dynastie. Son règne fut loin d’être aussi tranquille que celui de son père ; et il vit de tous côtés les provinces tunisiennes se refuser à reconnaître son autorité.

Des rebelles s’adressèrent à Abou-l- Hassan-Aly , roi des Bêny-Méryn ou des Zénètes (2), et le déterminèrent à entrer en armes dans les États d’Omar ; ce prince éprouva une grande défaite auprès de Qayrouân , l’an 748 de l’hégire ( 1 347 de l’ère chrétienne ), et son neveu, Abou-Faddel-ben- Yahyâ, qui avait cherché une retraite à Tunis , fut tué dans sa fuite.

Abou-l- Hassan- Aly , déjà maître des villes de Qossantynah ( Constantine ) et de Bougie , prit alors possession de Tunis.

Depuis cet événement l’histoire nous apprend seulement que le royaume de Tunis passa entre les mains d ’lbrahym (3), fils d ' Abou-Faddel , lorsque la dynastie des Bény-Méryn fut détruite ; mais elle se tait sur les successeurs de ce prince, qui occupèrent le trône tunisien jusqu’à l’époque de la conquête de Tunis par le sultan de Constantinople.

Je crois utile de raconter avec quelque détail les événements qui amenèrent pour Tunis cette catastrophe mémorable, au récit de laquelle sera consacré le chapitre suivant.

(2) Les princes de la dynastie des Bény- Méryn, ou des Zénètes, régnaient alors à Telmessân , à Fez et à Marok , où leur domination s’est maintenue jusqu’à l’an 76a de l’hégire ( i36o de l’ère chrétienne).

(3) Vulgairement Brahym,

TUNIS

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