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NOTICE SUR LES MONNAIES DE TUNIS

Bourbine ; — Bourbe ; — Aspre ; — Qarroube ; — Piastre ; — Sequin ; — Soultany ; — Mahboub ; — Monnaies de Tripoli ; — Monnaies d’Alger, du Kaire , de Marok , de Constantinople et d’Espagne ayant cours à Tunis.

Les monnaies de Tunis n’ayant été données jusqu’à présent que d’une manière fort inexacte et incomplète par les écrivains qui se sont occupés de la numismatique orientale , et dans plusieurs ouvrages consacrés à la description des monnaies considérées sous le point de vue commercial, j’ai pensé qu’il serait utile et même agréable au lecteur de trouver ici un tableau complet de ces monnaies, présentant, dans un cadre resserré, avec leur fidèle empreinte, leurs rapports respectifs entre elles, et leur évaluation comparée à celle de nos monnaies européennes.

Je me suis d’autant plus volontiers décidé 5 joindre ici cette Notice que je me suis vu dispensé par ce travail a’un assez grand nombre de notes , dont, sans cet Appendice spécial, j’aurais inévitablement été forcé de faire l’insertion fréquente au bas des pages du texte de l’Opuscule composé par le docteur Frank; il n’était en effet, en rédigeant ses vingt chapitres, entré dans aucun détail monétaire , quoiqu’il en eût senti la nécessité indispensable, et s’était borné à m’envoyer une collection des monnaies tunisiennes, me priant de faire un travail à ce sujet : c’est ce travail, réclamé par lui, dont je vais mettre un extrait abrégé sous les yeux du lecteur.

La pièce de monnaie tunisienne la plus petite dans sa dimension et la plus basse dans sa valeur est en cuivre, et nommée

par les habitants felous-reqyq , c’est-àdire menue monnaie ; les Européens qui font le commerce avec Tunis donnent à cette monnaie le nom de bourbine; il en faut douze pour équivaloir à un aspre , par conséquent six cent vingt-quatre pour composer la piastre tunisienne.

Cette pièce de monnaie est presque toujours tellement fruste et irrégulièrement taillée, qu’elle ressemble souvent à des fragments informes coupés grossièrement dans une lame de cuivre, et que nous ne pouvons en donner ici aucune empreinte.

D’ailleurs cette monnaie , qui ne figure ici que pour mémoire, a presque cessé d’être dans la circulation habituelle. Ces bourbines, qui avaient cours autrefois dans le commerce de détail, en ont peu à peu disparu ; depuis près d’un demi-siècle on n’en voyait que bien rarement, et bientôt cette petite pièce ne sera plus qu’une monnaie idéale, comme est la bourbe ou demi-aspre , dont je vais parler.

Cependant on tient compte des bourbines dans les opérations de change, et dans les comptes, qui se tiennent en piastres, qarroubes , aspres et bourbines, comme autrefois nous tenions nos comptes par livres, sols et deniers, quoique cette dernière division de la livre tournois ne fût plus devenue chez nous qu’une monnaie idéale.

Au reste , dans cette disparition à peu près totale des bourbines hors de la circulation habituelle , on peut voir un indice de renchérissement progressif des denrées et des marchandises de mince valeur, qui a peu à peu rendu tout à fai t inutiles au commerce minime ces dernières divisions de la piastre : c'est la même cause qui a fait peu à peu disparaître chez nous les petites piécettes de nos anciens deniers.

UUNIVERS.

Le fels, que les Européens nomment bourbe, n’est pas une pièce frappée., mais une monnaie idéale, qui n’est employée que dans les comptes : elle équivaut à six bourbines ; deux fels équivalent à un aspre, et il en faut cent quatre pour égaler la valeur d’une piastre tunisienne.

La pièce que les Européens nomment aspre (1) ou blanquile , et que les gens du pays désignent par le nom de nassery , vaut deux bourbes, ou douze bourbines; il en faut cinquante-deux pour former la valeur de la piastre tunisienne.

Je joins ici l’empreinte de cette petite pièce d’argent.

Cette petite monnaie porteà la face A, dans un cercle ponctué , le nom du sultan Moustafâ;

Sur le revers on lit dourib-fi-Tounes ( frappé à Tunis ), avec la date de l’année 1175 de l’hégire (1761 de l’ère chrétienne).

Le qarroube, ou la qarroube, que les Tunisiens nomment qaroubéh ou qaroubah (2), vaut trois aspres et un quart , ou trente-neuf bourbines ; sa valeur est la seizième partie de la piastre tunisienne (3).

(x) Cette dénomination est dérivée du mot occnxpoç, qui signifie blanc en grec vulgaire ; en langue turke on donne aux aspres le nom de aqtchéh.

(2) Ce mot s’écrit aussi kharroubah , nom du fruit que nous nommons carroube, et que les botanistes appellent siliqua dulcis.

(3) Vojezf ci-dessus, page 86, ce qui a été dit sur celte division par seize, employée par les Tunisiens, non-seulement dans leur système monétaire , mais encore dans leur système pondéral et dans l’échelle de leurs mesures de longueur et de capacité.

Le lecteur trouvera ici l’empreinte de la qaroubah :

La face A n’a d’autre légende que la suivante, en trois lignes , entourée d’un cercle accompagné d’une circonférence ponctuée :

Soultân — Moustafa — Khan.

c’est-à-dire :

Sultan — Moustafa — Khan.

Sur le revers on lit, comme sur la précédente, dourib-fy-Tounès ( frappé à Tunis), mais la date est ici différente, c’est celle de l’année 1171 de l’hégire.

Le sultan Moustafâ, dont le nom est placé sur cette pièce , comme sur la précédente, en hommage de suzeraineté, est Moustafa-ben- Ahmed, troisième du nom, vingtième sultan de la dynastie ottomane , qu> occupa le trône de Constantinople de l’an 1 171 de l’hégire ( 1757 de notre ère) à l’an 1187 de l’hégire (1774 de l’ère chrétienne); ainsi cette pièce a été frappée l’année même de son avènement.

Une observation digne de remarque est celle de la coïncidence parfaite du poids des anciennes qarroubes avec celui du gramme denotre poids décimal; ainsi l’unité que nous avons adoptée pour notre système pondéral se trouve être aussi celle du système monétaire anciennement établi en Barbarie. S’il est vrai, comme l’ont assuré les auteurs du nouveau système adopté chez nous , qu’un des grands avantages qui devait résulter de son introduction soit que toutes^ les pièces de monnaie peuvent en même temps servir de poids exact, il est bien a regretter qu’en changeant le titre de la qarroube, à Tunis, on en ait aussi changé le poids : sans cette altération elle aurait eu sur la France l’avantage

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