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à Charles-Quint, défait les quinze mille Espagnols du comte d'Alcaudète, conquis à la bataille de Lëpante le grand étendard de Saint- Jean de Jérusalem, et vendu en un an dix mille esclaves chrétiens au bazar d'Alger ; maintenant Richelieu les caressait, les Anglais leur envoyaient un consul. De nouveaux brigandages appellent enfin de sérieuses représailles. Mais la robuste constitution du monstre africain fait durer deux siècles son agonie. Stupéfait, après les expéditions du Vénitien Capello, de l'Anglais Edouard Spragg, et les bombardemens de Duquesne et du maréchal d'Estrées, il retrouve de l'énergie pour repousser les coups maladroits d'Oreilly et de Castejon, les expéditions mal conduites de 1785 et 84; tombe en convulsion sous les bombes de lord Exmouth , et expire enfin sous la baïonnette française.
Ce fut dans les seizième et dix-septième siècles qu'Alger s'élargit comme la puissance de ses souverains. En haut, elle se joint à la Kasaba, qui était un château séparé de la ville; en bas, elle étend ses bras en faubourgs,
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elle couvre ses côtes de forts; elle en est un peu moins prodigue du côté de la terre, mais elle est loin encore de la dangereuse sécurité qui, plus tard, l'empêche de relever les ruines du fort de l'Etoile, et de couronner d'ouvrages avancés les mamelons qui dominent le sultan Calasy.
Un Anglais, ShaAV, qui passe par Alger au commencement du dernier siècle , entend les habitans confesser la décadence du pays, la diminution de leurs vaisseaux, la rareté de leurs officiers de marine; c'étaient les souvenirs des amiraux de Louis XIV et du Commodore Breach ; le duc de Montemar reprenait Oran et Mersalquebir.
La décadence maritime était bien autre au moment de l'entrée des Français; quelques mauvais chebeks que Dupérou faisait gréer pour les renvoyer à Toulon comme objets de curiosité; deux corvettes vermoulues échouées sur la plage au-delà de Babazoun pour y être démolies; sur le chantier, une carcasse de frégate construite avec des débris de bâtimens plus petits, car les Algériens, ingénieurs-sa-
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vetiers, ne travaillaient plus dans le neuf; voilà le personnel nautique qu'on pouvait compter du haut des terrasses.
Les matelots qui gréaient les chebeks, y plaçaient, en guise de lest, plusieurs canons auxquels se rattachaient des souvenirs historiques qui intéressaient les Français. On y voyait un certain nombre de pièces prismatiques et couvertes de fleurs de lis, qui avaient été d'abord prises par Charles-Quint sur l'armée de François 1" , et plus tard abandonnées par l'empereur lors de sa retraite précipitée vers Matifou. 11 y avait aussi cette pièce appelée consulaire, parce qu'elle lança dans la direction de la flotte de Duquesne l'infortuné père Levacher, qui, alors missionnaire et consul de France, allait négocier une capitulation avec les janissaires, effrayés par un second bombardement. Ils se ravisèrent tout à coup, assassinèrent leur dey, qu'ils remplacèrent parle féroce Mezzomorte , et recommencèrent les hostilités par cet horrible violation du droit des gens. La flotte brûlée, la moitié des maisons d'Aliter réduites en
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cendres et en ruines, le quart des habitans tues, vengèrent l'assassinat du consul.
Le mur d'enceinte d'Alger, tel qu'on le voit aujourd'hui, parait avoir été construit après les expéditions de Duquesne et celle du maréchal d'Estrées. Les deux principales rues qui partent de la Kasaba pour descendre vers Babeloued et Babazoun, longent les remparts a peu près comme les nervures principales d'une feuille d'ellébore; et comme dans l'organisation de ces feuilles, des nervures secondaires viennant s'y rendre en angles de plus en plus obliques à mesure qu'on s'éloigne du pétiole, la Kasaba. Ces rues secondaires sillonnent le versant le plus rapide du morne qui supporte Alger, comme autant de ravins creusés par des pluies d'orage. Le long réservoir de tous ces affluens, la rue des marchés, Asouaka, joint Babeloued à Babazoun; mais, quoique horizontale, elle est de vingt pieds au-dessus du niveau de la mer.
A l'ouest, près de Babeloued, le môle est relié à Asouaka par un éperon oblique , et sur lequel sont bâtis la grande mosquée, un col-
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lëge de derviches, et presque Ions les hôtels consulaires. A Test, les maisons de la rive droite couronnent la falaise du port; l'entrée de la darse correspond à la naissance de l'ëperon.
Cest là que les Français ont déblayé quelques maisons pour faire une place publique et un nouveau débarcadère. Les deux prédécesseurs de Hussein y avaient déjà construit cette batterie des Bescaris qui rend désormais impossible l'audacieuse tentative de lord Exmou th. Cet amiral canonna Alger à si petite portée, que son vaisseau touchait du beaupré les bâtimens qui étaient dans la darse. Si la batterie des Bescaris eût existé alors, une seule décharge eut Suffi pour le couler.
Pendant que d'Aubagne donnait le change à son inquiétude, par ces observations et ces souvenirs, l'innombrable volée de pigeons qui animent l'atmosphère d'Alger avait fait place aux chauves - souris , et une des plus belles nuits d'Afrique avait étoile le ciel. Le sombre azur de la baie étincelait aussi, mais ce n'était pas par le mirage des étoiles,* une brise
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du Dord-est en caressait les vagues et les faisait pailleter aiïx refiels argentés de la lune , qui se levait entre deux immenses pitons de r Allas. Au couchant, un large ruban cuivré réfléchissait encore des feux qui disputaient aux ombres et aux clartés de la lune les mille zigzags des parapets des terrasses; mais peu à peu Boudjerah dévora la vapeur lumineuse, et les rayons obliques de la lune agirent en liberté. Les terrasses veloutées d'ombre, les parapets rehaussés de lumières sur le dédale de leurs angles et de leurs arêtes, parurent comme cette immense pièce de soie noire toute chiffrée de l'argent des inscriptions koufîques , et qui enveloppe la Kaaba du temple de la Mecque. Tout à coup les cloches musulmanes, presque aussi solennelles que celles des chrétiens, puisque ce sont des voix humaines, commencèrent leurs concerts. Les muëddins venaient de monter sur leurs minarets, pour inviter les fidèles à la prière du soir.
D'Aubagne avait souvent vu de jour celui de la mosquée la plus voisine, psalmodier sa