‹ Alice ou les mystères S. Ed. BulwerLyttonChapitre 6 sur 105 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Diles-moi, ma chère Sophie, ce que tous pensez de nos nouvelles connaissanoes.

[Lp. Vicaire de WaA'cfield.)

Mistress Merton et sa fille étaient déjà dans le salon principal, assises de chaque côté de mistress Leslie. La première était une femme d’un extérieur simple et agréable; sa figure était encore belle, et elle exprimait, sinon de l’intelligence, du moins une calme bienveillance, et un contentement habituel. La seconde était une belle jeune fille, aux yeux noirs, à la physionomie hardie; elle avait ce genre de beauté qui saisit et qui fait de l’effet; elle était grande, elle avait de l’assurance, et sa toilette, bien que simple, était à la dernière mode. Le chapeau élégant, grand de forme comme on les portait alors ; le voile en dentelle de Chantilly; le brillant cachemire français; les manches larges, adoptées à cette époque par une vogue barbare; la robe de soie coûteuse, mais sans prétention; la chaussure irréprochable ; l’habitude du monde ; les manières assurées ; le regard tranquille mais scrutateur de Caroline ; tout cela surprit, troubla, et effraya même un peu Eveline.

Miss Merton de son côté, quoique plus à son aise, fut également étonnée de la beauté et de la grâce innocente de la jeune fée qui s'offrait à ses regards; elle se leva pour la

saluer, avec une cordialité de bon ton, qui fit sur-le-champ la conquête du cœur d’Eveline.

Mistress Merton la baisa sur la joue, lui fit un aimable sourire, mais dit peu de chose. Il était facile de s’apercevoii qu’elle causait moins et qu’elle était plus simple que Caroline.

Lorsque Eveline les conduisit dans leurs appartements, la mère et la fille reconnurent du premier coup d’œil le soin et la prévoyance qui avaient veillé à leur bien-être. L’expression inquiète et attentive des yeux d’Eveline suggéra à l’amabilité de l’une et au savoir-vivre de l’autre l’idée de récompenser leur jeune hôtesse par une foule de petites exclamations de satisfaction et de plaisir.

< Dieu, que c’est charmant! Quel joli pupitre 1 dit l’une.

— Et les jolis poissons dorés I dit l’autre.

— Et le piano donc, qui se trouve si bien placé ! » Les jolis doigts de Caroline parcoururent rapidement les touches. Éveline se retira toute rouge et toute souriante. Et alors mistress Merton se permit de dire à son élégante femme de chambre :

c Enlevez vite ces fleurs, ou je vais me trouver mal.

— Que cette chambre est basse! il n’y a pas d’air ici! dit Caroline, lorsque la femme de chambre se fut retirée emportant les fleurs condamnées. — Et je ne vois point de psyché. Enfin ! ces pauvres gens ont fait de leur mieux.

— C’est une charmante personne que lady Vargrave! dit mistress Merton; elle est si intéressante! si jolie! et comme elle parait jeune !

— Elle n'a pas de tournure, pas beaucoup d’usage du monde, dit Caroline,

— Non, mais elle a quelque chose de mieux.

— Hum! dit Caroline. Sa fille est fort jolie, quoique trop petite.

— Quel sourire! quels yeux! elle est irrésistible! El quelle fortune! Ce sera pour vous une charmante amie, Caroline.

— Oui, elle pourra m’être utile si elle épouse lord Vargrave, ou même si elle fait un beau mariage quel qu’il soit. Quel homme est-ce que ce lord Vargrave?

— Je ne l’ai jamais vu. On le dit fort séduisant.

— Allons..., elle est bien heureuse! » dit Caroline, en soupirant.

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