‹ Aline; pièce en un acte, en vers [par] A. Hennequin et A. SilvestreChapitre 3 sur 28 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

Pour veiller son chevet, un serviteur fidèle J^ Celui que j'envoyai l'autre jour auprès d'elle, Il n'est pas revenu, n'est-ce pas, Marthe?*

MARTHE

Non.

Ah ! la peine est trop dure et la douleur sans nom De savoir, aux dangers d'un mal cruel livrée, Sa mère prés de soi, mais de soi séparée. Mourante... et, qui le sait ? peut-être...!

MARTHE, à part.

Pauvre enfant !

Contre son désespoir mon cœur seul la défend.

Haut.

Espérez, chère dame ; Aline, ma mignonne,

Mon ange.., réponds-moi. Sèche tes yeux et donne,

A la vieille sur qui l'âge a posé son sceau.

Tes deux petites mains, comme dans ton berceau !

Elles n'ont pas grandi. Dieu ne les ayant faites

Que pour porter les fleurs odorantes des fêtes.

Ah ! Marthe, qui l'eût dit, quand le front rougissant, Toute blanche et la main dans la main de Vincent, De l'autel radieux avec lui descendue Et, par ce saint amour, à moi-même rendue,

8 ALINE

Je lisais Tavenir calme dans le devoir?^ Mon pauvre père seul avait paru prévoir Et n'avait consenti que vaincu par mes larmes. — Mais j'avais dissipé ses premières alarmes : Un mari sans naissance ! — Il aura nos aïeux. Un mari sans argent! — Je l'en aimerai mieux ; Et mes baisers soudain couvrant son front austère, Ma bouche savait bien le forcer à se taire, Car il n'eût pas voulu me faire une douleur; Il ne connaissait pas mon Vincent !

MARTHE, à part.

Par malheur!

Il le connaissait trop !

ALINE

Qui l'eût dit, je t'en prie.

Qu'un an plus tard!..; un an!... proscrit de sa patrie, Mon père serait mort, fugitif, émigré, Comme on die, et, du mal du pays, déchiré, Sans secours, sans amis!... que la guerre civile, Dans un cercle de fer enfermant Thionville, Prendrait aussi nos cœurs entre ses doigts d'airain. Et Vincent, serviteur du peuple souverain. Commissaire civil auprès de ses armées ! Entre tous les Français des guerres allumées... C'était beaucoup déjà, — pourtant ce n'était rien. Mais n'avoir que sa mère, être le seul soutien Du dernier être cher, savoir qu'il vous réclame

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