LA DÉFENSE NATIONALE
Les pages qui suivent sont tirées du volume intitulé le Siège de Paris et la Défense nationale. (Œuvres complètes, tome XXV.)
En apprenant le 5 septembre 1870, à Veytaux, où il était installé sur les bords du lac de Genève, la chute de l'Empire et la proclamation de la République (1), Quinet se hâte de quitter la Suisse et de rentrer en France. 11 revientà Paris le 8 septembre, le cœur plein d'angoisse. Personne alors ne croyait la défense possible (2); on s'attendait chaque nuit à être réveillé par les uhlans. Mais Paris était « digne, calme, résolu ». Au milieu d'un tel peuple, c il vaut la peine de braver, avec lui et pour lui, la mort (3) » .
Quinet s'installe avec sa femme 37, rue de Vaugirard, dans l'appartement des Gérando, absents. C'est là qu'il écrit ces manifestes enflammés aux Français, au gouvernement, aux provinces, à la presse, que les journaux le lendemain reproduisent et que, plus tard,
(1) Cf. Mme Quinet : Paris, Journal du siège, p. 31 et suiv.
(2) Ibid., p. 42.
(â) Ibid., p. 45. Paroles d'Edg. Quinet à Mme Quinet.
les ballons du siège emportent aux extrémités de la France.
Ces manifestes sont au nombre de seize (le second, l'Union, est de Mme Quinet). En voici les titres : I. Aux Français. — II. L'union. — III. L'armée de secours. — IV. Aux provinces. — V. Appel au Gouvernement. — VI. L'Alsace et la Lorraine. — VIL L'Alsace et la Lorraine. — VIII. Appel à la Presse. — IX. Appel à la Presse. — X. Av^ conservateurs. — XI. Pendant la bataille. — XII. La dépêche de M. de Moltke. — XIII. La nouvelle forêt de VArgonne. — XIV. La victoire morale. — XV. En avant. — XVI. L'armée de Bourhaki.
Le premier, Aux Français, est daté du 9 septembre 1870, c'est-à-dire du lendemain même de l'arrivée de Quinet à Paris. Le dernier, L'armée de Bourhaki, est du 25 janvier 4871. Il y faut joindre la préface, datée du 11 février 1871.
Pourquoi avons-nous remis en lumière ces belles pages trop ignorées? Parce qu'elles sont la conclusion naturelle et tragique de celles qui précèdent; parce que le choc prévu, annoncé quarante ans auparavant par Edgar Quinet^ s'était enfin produit. L'Allemagne se ruait sur la France; c'était l'agression longuement méditée, habilement voilée du droit d'un peuple qui défend son existence. L'Allemagne allait donc réaliser son rêve, achever son unité, détruire, si elle le pouvait, «; la vieille nation », si longtemps sa rivale !
Mais il est une autre raison pour laquelle nous reproduisons ces pages, toutes vibrantes d'un saint amour de la France. C'est que Paris y revit, ce Paris, si souvent calomnié par l'étranger, si rarement compris, Paris, le cerveau et le cœur de laFrc^nce. Jamais il ne fut plus grand qu'à ces heures douloureuses de notre histoire. Qui peut mieux le comprendre que nous, qui avons failli revivre ces heures tragiques et qui avons revu ce grand Paris, toujours calme, grave,
héroïque, faisant face au péril? Mais gloire aussi à l'autre, le Paris de 70, le Paris du siège! « Le courage y circulait comme l'électricité émanée de la foule (1). » Il ne lui manquait qu'un gouvernement capable de le comprendre.
Du moins lui, Quinet, le comprenait. Chaque battement du cœur de la foule trouvait un écho dans son cœur. Aux timides, courbés sous le joug de la supériorité inlellectuelle des Prussiens et qui balbutiaient : « Ils sont si savants ! » il répondait : « Laissez donc! Leur meilleure science, c'est leur confiance en eux-mêmes. Imitons-les ! Notre cause est plus juste, ayons foi en nousmêmes! »
Belles et nobles paroles, qu'il faut toujours rappeler, et surtout en ce temps. La France, craintive, s'est courbée si longtemps sous le joug de la prétendue science allemande, qu'elle tremble encore parfois de son audace, quand elle ose relever la tête et « lirûler ce qu'elle a adoré ». Il le faut pourtant. Ces pages, ardentes de foi dans les destinées de la patrie, dans le génie de la France, peuvent nous aider à rompre ces maléfices. Ce ra3'on d'espérance, parti des sombres jours delà défaite, c'est l'aurore de la délivrance; c'est la parole sainte qui nous dit : « La nation qui a donné au monde un tel exemple est immortelle entre toutes, elle ne périra pas I (2) »
(1) Mme QuiNET, Paris, Journal du siège.
(2) Préface du Siège de Paris.