Allocution de Mgr. l'évêque de St-Hyacinthe à son clergé réuni en synode, le 27 août 1889 [microforme]
Nous venons de méditer dans le silence de la retrai-te les graves et saintes obligations de notre état, Avec Vassistance de l'Esprit Saint, qui ne nous a pas ménag6 ses lumières et ses inspirations, nous avons compris que c’est un impérieux devoir pour nous d'avancer constamment dans les voies dela sainteté sacerdotale, ainsi que nous y exhortent ces paroles des Livres Saints: et qui Jjustus est justificetur adhuc ; et sanctus, sanctificetur adhuc (Apoc. 22- 11). Comblés de grâces comme nous sommes à tous les instants de notre existence sacerdotale, nous ne devons pas demeurer stationnaires dans la pratique des vertus de notre sublime et saint état, Il faut absolument que nous avancions ou que nous reculions, suivant que nous profitons des grâces dont nous sommes comblés par la main divine, ou que nous abusons des faveurs célestes qui pleuvent continuellement sur nous, C’est là une de ces vérités que nous ne méditons pas assez. Il en résulte qu’elle fait généralement peu d'impression sur nous, et qu’elle n’active pas ce désir véhément que nous devrions ressentir pour notre perfection ecclé= siastique, Nous n’aspirons pas à aller audelà d’une porfection ordinaire, de la perfection du commun des chrétiens : illusion fort préjudiciable à nos intérêts spirituels, et bien nuisible à nos chères ouailles, dans lesquelles, comme dans nos âmes, nous devons travailler à imprimer le pur amour de Dieu,
Un moyen infaillible de travailler sûrement à notre perfec« tion sacerdotale, c’est de nous détacher de nous-mêmes, de notre esprit, de notre jugement, de nos sens et de notre corps de corruption, Notre corps, voilà notre ennemi le plus dangereux, celui qui met le plus d’entraves à notre union avec Dieu et qui embarrasso notre marche vers le Ciel, Il réclame sans cesse des égards et des ménagements auxquels il n’a aucun droit, Tant qu'il demeure maître de la situa-
tion, qu'il commande à l'esprit et qu'il ne se refuse fien, im-possible de faire un pas dans l’amour de Dieu et dans l’accomplissernent fidèle de noë devoirs, : Cévi n6 demande pas à. être prouvé, car pour peu.que l’on se connaisse soi-même et: que l’on ait approfondi les causes de nos défaillances dans le service de Dieu, cette vérité nous apparaît. plus claire qué celle du soleil dans ses jours les plus radieux.
Laissez-moi vous exposer quelques motifs, pour vous exhorter à entrer résolument dans la voie du détachement de nous-mêmes, si fécond en fruits de grâces et de bénédiotions pour vous-mêmes et pour votre saint ministère, sirempli de consclations et d’onction pour ceux qui s'y exercent cons tamment, et d'une si grande effivacité pour nous élever aus dessus de ces choses du monde auxquelles nous avons renoncé en nous donnant à Dieu, et nous faire planer dans la région. sainte où doivent ;ivre l'esprit et le cœur du Prêtre,
En ouvrant le St Evangile, j'y lis ces paroles du Divin: Maître: Qui vult venire post me, abneget semetipsum [S.Math. 1624]. Toute la doctrine du détachement de nous-mêmes est renfermée dans ces divines paroles. Il ne s’agit pas ici, relativement aux premiers mots de ce texte saoré, de savoir si nous devons suivre Notre Seigneur, nous conuaissons cette obligation importante, que nous avons contractée au grand. jour de notre sacerdoce, Etant donc admis que nous som mes particulièrement tenus de marcher à la suite de ce bon Maître, il nous faut réaliser en nous ce renoncement à nousmêmes proclamé par notre Divin Sauveur, et qui est une condition si essentielle du service que nous lui avons voué, et que nous devrions être si heureux de lui rendre, Quel honneur et quelle grâce ne nous a-t-il pas faits en nous discernant parmi des milliers et des milliers d'hommes, qui le méritaient bien plus que nous, pour nous faire monter les degrés du sanctuaire, et nous constituer ses ministres et ses ambassadeurs auprès des hommes |
Un roi honore grandement un de ses sujets,et lui témoigne une touchante confiance, lorsqu'il le choisit pour le constituer son représentant auprès d’un monarque puissant où
d'en yaate empire, Qu’est-elle cette ambassade purement ter« testre à côté de la nôtre, qui nous est conférée par le roi des ‘gcis, par le souverain de l’univers,non pas vis-à-vis d’un pays, ‘mais auprès de tous les hommes : euntes, docete omnes gentes {S. Math. 28-19) ? O bonté infinie de mon Dieu, que je ne vous ai pas comprise jusqu'à présent, et combien je vous ai offensée, en servant si lâchement vos intérêts, et en me sou= <iant si peu de vous faire glorifier parmi les hommes, coume m'y obligeait la reconnaissance pour la digaité suréminente à laquelle vous m'avez appelé | Notre Seigneur nous a donné, le premier, l'exemple du détachement de nous-mêmes, Il est venu sur la terre, non pour y faire sa volonté, mais celle de son père. Admirable détachement d'esprit de sa part! Il était pourtant Dieu cowume le Père, et il aurait bien pu,en remplissant sa mis« sion en ce monde, conduire toute chose par lui-même, No, il abdique sa volonté, pour la soumettre entièrement à celle de son Père : et toutes ses divines actions il les fait par le commandement de son Père et en union parfaite avec son Père, Adorons cette obéissance si admirable et ai parfaite d’un Dieu ; et en présence de ce mystère insondable de la cenduite de notre Divin Sauveur, pénétrons-nous de la nécessité de nous dépouiller de notre esprit propre, pour le soumettre sans réticence et sans réserve à Dieu, à la Ste Eglise, au Pape, notre docteur et notre Père dans la foi, et aux supérieurs hiérarchiques, que Dieu nous a donnés pour nous conduire dans nos voies, Croyons-le,bien-aimés Frères, Æe n’est que par le détachoment de l'esprit que nous ferons le bien, car alors le secours d'en haut nous est donné ; et avec l'assistance divine nous pouvons opérer et nous opérons en effet des merveilles: Vir obediens loquetur victorias [Prov. 21. -28]. Humilibus autem dut gratiam (Prov. 3. 34). Ls grand -œuvre de la rédemption s'est accomnli par l'humilité de l'obéissance, ou si vous le voulez, par le dépouillemont de l'esprit propre, et il en est ainsi de toutes les œuvres qui ont .Surgi depuis le commencement de l'Eglise.
Au détachement de l'esprit, il faut nécessairement joindre
celai des sens, de ce corps de boue, dont l'Apôtre St Paul désirait tant être délivré. Quis me liberabit de corpore mortis hujus [Rom. 7. 24] ? Le Prêtre qui veut ménager son cor8 et flatter ses sens, ne peut travailler que lâchement à sa sanetification, et ne remplir que bien imparfaitement le ministre sacré qui lui est confié. Il craint sans cesse de se fatiguer, il redoute les maladies et les infirmités, il aime à prendre son sommeil complet, il recherche une nourriture sucoulente et des vins exquis, il prend d'excessives précautions pour se prémunir contre le froid etle chaud, bref, il veut vivre sans souffrance, ne s'imposer aucune gêne, aucun sacrifics; bien éloigné en cela des sentiments du grand Apôtre des nations, qui châtiait son corps et le réduisait en servitude, afin qu'après avoir prôché aux autres, il ne fut pas lui-même reprouvé : castigo corpus meum et in servitutem redigo, ne forte cum alüs prœdicaverim, ipse roprobus eficiar [[. Cor. 9. 27], et qui portait dans son corps les stygmates de Notre Seigueur Jésue-Christ, stygmata Domini Jesu in corpore m0 porto [Gal, 6. 17].
Le Prêtre qui vit ainsi de ses sens et sans pratiquer le dé. tachement de lui-même, qui ne renonce pas à lui-même, comme le veut Notre Seigaeur, ne sera pas fidèle aux exorcices journaliers de piété qui font le bon Prêtre, ne préparera pas suffisamment ses catéchismes, ses prônes et ses instructions, ne visitera pas ses écoles, ses malades et ses peuvres, u’exhortera pas ses ouailles à fréquenter souvent les sacrements, car alors il lui faudra faire de longues séances au coafessionnal, n’entreprendra pes d'œuvres dont l’exécu= tion lui apportera des sacrifices d'argent, des soucis et des travaux, ne se Livrera pas à r’étude des matières ecclésiasti. ques, dont le sérieux l’ennuie et l”. ffraye : il préférera au contraire la lecture des journaux ou d'ouvrages légers et peu sé. rieux, il recherchera les longues coiversmions, il aimara les promenades et les voyages, ‘afin de passer agréablement le temps, il meublera sa maison de toutes les commodités dési- : rables, enfin il n'épargnera rien pour s’ompêcher de souffrir.
Animone-nous, bien-simés Frères,d’un nouveau et généreux
aèle pour ia pratique du détachement de nouzmêmes, de notre esprit propre, de nos aises et commodités, des jouissances dela vie. Laïssons le monde aux mondains, et ne le leur envions pas ; nous appartenons à quelque chose de plus grand. Armons nous des saintes livrées de la croix, qui vont si bien aux ministres d’un Dieu mort sur la croix, portons les avec joie: elles seront notre consolation et notre Eonheur au milieu des épreuves de la vie,
N'allons pas creire, comme le font les sectateurs du mon= de, qu'une âme détachée de tout est une âme malheureuse sur la terre, (C'est tout le contraire qui est vrai : cette âme, qu'aucun lien terrestre n’attache au monde, s'envole sans effort vers Dieu et fixesa demeureen Dieu même, où elle jouit de la véritable liberté des enfants de Dieu, et d’un bonbeur qui est l’avant-goût de la félicité éternelle.
Je vous exhorte à être en outre des hommes de prière. Le Prêtre est l'homme de la prière, parce qu’il doit sans cesse communiquer avec Dieu et pour lui-même et pour ses ouailles, Faisons bien saintement la grande prière dont l'Eglise nons a chargés, et ajoutons en d'autres, et de contiauelles, pour faire descendre la rosée du ciel sur notre ministère, et le rendre fructueux, Qu’a fait le vénérakle curé d’Ars pour sanctifier sa paroisse ? Il a prié; et, par ses prières ardentos, il a ramené toutes ses ouailles dans le droit chemin, Soyons des hommes de prière, et Dieu sera toujours avec nous. Il nous assistera dans toutes les fonctions de notre saint ministère, nous éclairera dans nos doutes et pos embarras, nous fortifiera dans nos combats, et nous accordera la grâce de la persévérance dans son divin service, qui nous conduira à la possession du bonheur éternel, Ainsieoit-il,
Monseigneur éxhorts ensuite instamment tous ses Prêtres :
Lo A être très fidèles aux exeroices de piété qu'un bon Prètre doit faire chaque jour, ainsi qu'à l'étude ;
2 > À accomplir avec grande piété et profond recueillement toutes les fonctions du saint ministère ;
30 A visiter assidûment les écoles, les malades et les affli gés ;
40 À combattre vigoureusement,en chaire et au confession val, tous les désordres : l’ivrognerie, les paroles blasrhématoires et licencieuses [ces dernières surtout malheureusement très communes], la médisance et la calomnie, les fréquentations et les promenades seul à seul, les injustices et les fraudes, les plaisirs dangereux quels qu’ils soient ;
5o À attacher une extrême importance au ministère de la confession, et à s'en acquitter très sérieusement et avec una grand sèle ;
6o A faire prospérer les œuvres diocésaines, et à y intéresser souvent les fidèles ;
fo A eonfesser fidèlement tous les huit jours les religieux et religieuses des paroisses, et à n'avoir avec ces dernières que des rapports rares et empreints d’une grande réserve ;
80 A discerner parmi les enfants des écoles de bons sujets pour les noviciats de Frères enseigaants, notamment pour les Frères Maristes, qui sont les instituteurs religieux du diocèse,
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