MES CHERS AMIS
RACIEUSEMENT invité à vous adresser la parole ce matin, permettez-moi de vous rappeler en quelques mots, simples et brefs, ce
que nous devons dire au bon Dieu en un
jour comme celui-ci.
D'atord remercions-le d'avoir pu nous réunir encore une fois dans ce vieux séminaire, après trente ar;.. ‘ :vation.
rcions-le surtout des longues et nombi: ‘es qu’il nous a données, et qui nous ont pe: « faire un peu de bien dans le monde.
Car notre vie n’a pas été inutile jusqu’à ce jour, nous avons travaillé, chacun dans sa sphère, rendant service, soit à la patrie, soit à l’Eglise, soit aux deux en même temps.
Beaucoup sont allés dans le clergé séculier ou le clergé régulier ; plusieurs y ont occupé des postes
de confiance et d'honneur, et ont pu rendre des services éminents.
Les autres ont préféré les professions libérales, le commerce ou les affaires. Et ici encore, plusieurs sont montés au premier rang, ils ont tenu les promesses qu'ils faisaient jadis.
Le plus grand nombre chez les uns ou les autres ont fait honneur à la carrière qu'ils ont embrassée, et nous en ressentons un légitime orgueil.
Et pourquoi ne le dirai-je pas? même au risque de blesser un peu la modestie de quelqu'un, nous avons un héros dans notre classe, presque un héros à l'antique. C'est un brave entre les braves; aussi brave en présence du devoir religieux qu'il a pu l’être sur les champs de bataille.
Le monde méconnaît facilement les gloires les plus éclatantes comme les plus légitimes; l'Eglise, elle, aime à conserver le souvenir des belles et bonnes actions de ceux de ses enfants qui lui sont restés fidèles.
Et ce bien que nous avons pu faire sur notre route, a été possible, grâce à cette formation intellectuelle et morale que nous devons à ces modestes héros que sont-les prêtres du Séminaire de Québec, et dont plusieurs, parmi ceux que nous avons aimés, déjà sont disparus.
Héritiers de Laval, ils ne donnent pas seulement l’enseignement d’une science certaine et profonde, mais ils offrent encore le spectacle édifiant d’une vie de sacrifice, laissant dans l’ombre, les plus brillantes facultés et les dons les plus rares. Ils s’emploient à
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verser en nous le trop-plein de leur esprit et de leur cœur, sans aucune satisfaction pour leur propre gloire.
Et ce trop-plein que nous avons reçu gratuitement, nous allons plus tard le déverser à notre tour sur le monde, le tirant d’un vase qui n’a rait peut-être pas su se remplir tout seul, et recevant pour nous des
éloges que nous ne sommes pas seuls à mériter.
Nous disions un jour que c'est à l'ombre de la croix que se font ces merveilles, et le nom de Laval plane encore sur cette vieille institution. Qu'ils soient bénis tous ceux-là qui ont pris soin de notre jeunesse, et que pendant longtemps encore, leurs successeurs soient connus, respectés et aimés de notre peuple !
Dieu attend aussi une prière pour les morts.
Parmi les nôtres onze sont disparus. C2 n'est
pas beaucoup peut-être après trente ans, mais c'est beaucoup, trente ans, po: r eux, s'ils attendent encore le secours d’une prière.
Ils sont partis, ler ‘ins jeunes encore, d’autres plus tard, après avoir r nencé le labeur qui leur était échu.
Pourquoi sont-ils partis si jeunes et si tôt ?
Ne protestons pas contre ces départs ; les desseins de Dieu sont aussi impénétrables qu'ils sont sages, et sa sagesse est infinie.
Certains, déjà, sans doute, avaient mérité leur récompense ; d’autres, qui sait? sont partis à temns, ils auraient peut-être succombé sous le poids de far-
[41 deaux trop lourds ou devant une tâche trr- difficile ; d'autres enfin, peut-être pour nous avertir que notre tour ne saurait tarder bien longtemps.
Et c'est là précisément ce qui constitue un devoir plus strict de prier pour le repos de leur âme. Et c'est pourquoi également ce matin, nuus nous demanderons si nous avons célébré ou fait célébrer le saint Sacrifice comme nous l'avons promis un jour.
Après les morts, passons aux vivants.
Nous voici rendus au milieu de la vie, parvenus à l'âge mu et dans tout l'épanouissement des talents que la Providence a pu donner à chacun. L'expérience a nassé sur notre vie, et nous avons eu notre part de luttes, d'épreuves et d’amertume : tout ce qui entre dans la maturité d’un homme.
Nous n'avons pas, comme il y a trente ans, à nous demander aujourd’hui ce que nous serons demain, ni ce que sera l'avenir. Nous sommes à peu près ce que nous avons voulu être, et personne à coup sûr n'échangerait le présent pour l'inconnu. Nous avons bien des raisons de croire que nous sommes là où la Providence nous a voulus.
Ce que nous voulons aujourd’hui, c'est de continuer notre carrière, avancer toujours, atteindre les sommets que nous ambitionnons, et qui nous attirent.
Ou encore, en d’autres te. rendre si c’est possible des services encore plus grands, à l'Eglise et à la patrie.
C'sst là toute notre ambition, et nous pouvons
encore une fois rendre à Dieu de nouvelles :ctions de grâces, nul parmi nous n'en a jamais eu d’autres. Laissez-moi vous dire qu'elle est parfaitement ligitime, et qu'elle correspond au but qu'on nous a laissé entrevoi. dans les années de notre jeunesse.
Cependant, qui sait? si on ne pourrait pas nous faire quelques petits reproches, celui, par exemple, de n'avoir pas toujours donné toute la mesure de nos forces, et cédé parfois à un peu de faiblesse, sans toutefois aller jusqu’à la lâcheté. Mais, à partir de ce jour, tous ensemble, nous inspirant des exemples des meilleurs parmi nov:, allons avec un nouveau courage au-devant du devoir ; Dieu pardonnera les petites misères du passé, et donnera l'assistance nécessaire pour les combats qui nous attendent demain.
Des étrangers qui seraient ici présents, trouveraient singulière cette assemblée de religieux, prêtres et laïques fraternisant au pied de r’autel, au commencement d’une journée cu’ils vont passer ensemb'e.
Nous ne le trouvons pas étrange, nous, chers amis ; au contraire, nous en sommes heureux ; car c'est le fait d’une de nos traditions les plus saines et les plus bienfaisantes que cette union entre le clergé er :es iaïques d’une même classe.
Et comme il importe qu'il en soit ainsi à l’hestre actuelle !
Vous ne l'ignorez pas, on commence à attaquer chez nous ces belles traditions du passé, à renier les bienfaits de l'Eglise, et à amoindrir son influence.
Et cela dans un temps où l’incertain de la poli-
tique est plus grand que jamais. Vous suivez ce qui se passe dans le monde; les péuples s’agitent, et l'inquiétude est grande, tellement l’ambition et les aspirations des hommes nou: préparent des choses nouvelles et imprévues. Dans ce branle-bas général qui s'opère un peu partout, petit peuple que nous sommes, que deviendrons-nous, nous-même, demain ?
Nous avons trop besoin de toutes nos forces et de toutes nos énergies, pour nous diviser. Il est moins temps que jamais de chercher à détruire dans les cœurs canadiens, ces deux amours nés ensemble et jamais séparés : celui de l’Eglise et celui de la patrie.
Restons donc unis comme autrefois !
Et nous, enfants du Séminaire de Québec, qui aimons à nous prévaloir d’une certaine supériorité, rappelons-nous que noblesse oblige, soyons toujours les défenseurs actifs et agissants de nos traditions, car il ne s’agit pas seulement d’un patrimoine à défendre, mais de conserver un élément essentiellement nécessaire à la vie de notre peuple, et sans lequel il n’y a pas de véritable grandeur.
Alors, comme toujours la main dans la main, hommes du monde et hommes d’eglise, renouvelons au pied de l’autel, notre alliance ou mieux ce mariage religieux et patriotique ; et quand notre tour viendra de rendre compte des talents reçus, le Souverain Juge nous dira : “ Bons et fidèles serviteurs, venez recevoir la couronne que votre vaillance a méritée ! ”
Ainsi soit-il !