L'HEURE DES AMES
Monsieur, Mademoiselle,
Quelques mois après la guerre, Henry Bordeaux donnait ce titre à un livre qu'il faisait paraître : Voici l'heure des âmes.
« Voici l'heure des âmes » : n'est-ce pas ce que, pour vous, disaient les cloches, tout à l'heure?... N'est-ce pas ce que chantait l'orgue, il y a un instant?... N'est-ce pas ce que nous venons de redire, en chantant l'invocation à l'Esprit-Saint?
Oui, pour vous, « voici l'heure des âmes ! » C'est celle oii, avant de vous inviter tous deux à prononcer l'irrévocable oui, l'Eglise vous appelle à réfléchir encore, et charge son ministre de vous avertir, une dernière fois, de la gravité des engagements que vous allez contracter.
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Ces engagements sont de deux sortes : dès maintenant, vous assumez des devoirs d'époux, — et, dès maintenant aussi, vous acceptez, pour plus tard, des devoirs de parents.
Devoirs d'époux. Vous les connaissez et il me suffit de les énumérer en quelques mots : affection tendre, — confiance méritée, — fidélité inaltérable, — dévoûment de toutes les heures.
Vous, Monsieur, vous serez cette belle chose rare : — l'époux véritablement chrétien, — dévoué à sa femme parce qu'il est d'abord dévoué à Dieu, — croyant à elle parce qu'il croit en Dieu et qu'il sait qu'elle croit en Dieu, — fidèle à son épouse parce que, tout d'abord, il est fidèle à Dieu !...
Et vous, Mademoiselle, quel beau rôle va devenir le vôtre 1... Si votre mari doit être le soutien du foyer, vous, vous en serez... l'ange visible.
Cette comparaison alarme-t-elle votre modestie? J'en prends une autre : vous serez, à votre foyer..., le rayon de soleil.
Vous avez remarqué combien certains logis sont tristes lorsqu'ils sont dans l'ombre... Mais, tout à coup, voici qu'y pénètre un rayon de soleil, et aussitôt tout change d'aspect : les glaces jouent à se renvoyer ce rais lumineux, et, dans sa course, il déride les vieux meubles, il égaie
les sombres tentures, il fait sourire les graves portraits de famille... Le logis n'a pas changé, — et il n'est plus le même : le soleil a passé par là.
Ainsi l'époux, au foyer, trouve tout plus joyeux, quand l'épouse... a passé par là.
Voulez-vous encore une autre comparaison?... Votre époux sera la force de votre maison; vous^ vous en serez le sourire.
Qu'est-ce qui encourage l'époux durant les heures, trop lentes à son gré, où, loin de son épouse, il travaille pour elle? Sans doute, c'est la pensée qu'il accomplit son devoir envers Dieu et envers elle. Mais encore, qu'est-ce qui lui fait trouver le labeur moins pénible, les ennuis plus acceptables et le devoir plus doux? C'est le souvenir du sourire qui l'a accompagné le matin, lorsqu'il quittait la maison familiale ; — c'est l'attente du sourire qu'il retrouvera le soir, — qui l'attendra peut-être par la fenêtre entr 'ouverte ou derrière le rideau soulevé, — qui l'accueillera lorsque, fatigué physiquement et moralement, il reprendra enfin sa place au foyer... Plus tard, ce sera, à côté du sourire de l'épouse, d'autres sourires qui l'embelliront encore en le multipliant : le sourire des petits enfants.
J'aborde ici vos futurs devoirs de parents. L'enfant, c'est la raison d'être du Mariage,
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c'est sa bénédiction, c'est sa sauvegarde. L'épouA et l'épouse peuvent redire avec le poète (i) :
Nous n'existons vraiment que par ces petits êtres Qui dans tout notre cœur s'établissent en maîtres, Qui prennent notre vie et ne s'en doutent pas, Et n'ont qu'à vivre heureux pour n'être point ingrats.
Le jour où vous « existerez vraiment », le jour où Dieu vous aura bénis d'un enfant, — de plusieurs enfants I — de nouveaux devoirs s'imposeront à vous, de nouvelles responsabilités vous incomberont... mais aussi, de nouvelles grâces vous attendront. Vous aurez, pour remplir votre fonction d'éducateurs, votre collaboration mutuelle ; — vous aurez l'aide de vos souvenirs, car vous vous rappellerez la manière dont vous avez été élevés vous-mêmes (i) ; — vous aurez le secours de Dieu ; ainsi armés, vous serez sûrement égaux à votre tâche I...
{On pourra ici, soit conclure immédiatement en lisant ce qui suit, soit introduire des réflexions relatives à la profession libérale exercée par le fiancé : on les trouvera plus loin, pages 280 et suivantes).
Il est temps de vous laisser la parole. Je vais
CD Emile Augler, Gabrielle.
(1) On peut entrer Ici -dans (quelques détails pcrsonnela
provoquer vos promesses, les écouter, les enregistrer et les bénir... Que cette bénédiction soit ratifiée par Dieu !... et elle le sera par la force du sacrement. Qu'elle vous donne les grâces nécessaires pour rester dignes des deux familles qui vont s'unir par vous, — dignes de votre passé, — dignes de vos résolutions de ce jour, — dignes de la mission familiale et sociale qui devient aujourd'hui la vôtre , — dignes du ciel, qui domine tout et qui récompensera tout I...
Ainsi soit-il I
Pour un écrivain. <( A.PPRENDRE LA VÉRITÉ A LA MULTITUDE »
{Prendre l'allocation précédente, consacrée aux travailleurs intellectuels, page 325. Arrivé à la parenthèse de la page 228, on lira ce qui suit) :
Si je n'avais parlé ici comme ministre de Dieu, je ne sais, Monsieur, si j'aurais osé porter la parole devant un homme qui manie la plume aussi habilement que vous ! Votre renom d'écrivain m'aurait tout au moins intimidé, sinon découragé.
Quelle supériorité a, d'ailleurs, l'écriture sur la parole !... Les anciens l'ont déjà dit : verba volant, scripta manent, « la parole s'envole, l'écrit reste ». Mais ce n'est pas tout. L'orateur ne peut parler qu'a un auditoire restreint, l'écrivain peut avoir un public immense et toujours renouvelé. L'orateur ne peut parler qu'à ceux-là
qui sont venus le trouver; l'écrivain, lui, va trouver son public partout, il force les portes, il saisit son lecteur à table, et jusque dans la chambre où il se repose : et de toutes manières, par l'histoire, par la poésie, par la dissertation, par le roman, il lui expose ses idées, auxquelles il ajoute la magie de son style. Quelle puissance... en bien ou en mal 1
Aussi, quiconque tient une plume est grandement responsable. Quelle récompense l'attend s'il répand la vérité !... Il est dit, au livre de Daniel : « Ceux qui apprennent la justice à la multitude, ceux-là brilleront comme des astres dans les splendeurs de l'éternité (i) ». « Apprendre la justice à la multitude » : quelle belle devise. Monsieur, pour un écrivain I Permettez que je vous la dédie en ce jour de votre Mariage.
Mais il est temps. Monsieur et Mademoiselle, de vous laisser la parole. (Etc., page 228.)
(1) Daniel, xn, 3
Pour un officier.