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LA BELGIQUE PRÊCHE LE DEVOIR

Monsieur, Mademoiselle,

L'heure n'est pas aux discours, mais à l'action. Jl' ne puis pourtant, mon Capitaine, ne pas saluer en cet instant, et l'uniforme que vous portez, et le drapeau qui voisine avec la croix, à cet autcl devant lequel vous allez vous engager l'un à l'autre, par les liens sacrés du Mariage.

La croix, le drapeau : quels éloquents prédicateurs !

La croix prêche l'amour, le dévouement, le sacrifice, et elle demande la fidélité.

Quant au drapeau, lui aussi il proclame et

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chante le devoir... Et que dire, lorsqu'il s'agit du drapeau belge !

Dimanche dernier (i), retentissait dans toutes les églises du monde catholique cette parole du saint Evangile :

« Quand un homme fort et bien armé garde sa maison, alors ce que cet homme possède est en sûreté (2). »

Hélas ! elle a dû retentir douloureusement, cette parole, au cœur de tous les Belges, lorsqu'ils l'ont entendue tomber du haut de la chaire chrétienne !... Elle leur a rappelé les tristes épisodes de 191/i... Non : quelles qu'aient été leur prudence, leur prévoyance, ils ne pouvaient, en comparaison de leurs voisins félons, se regarder comme « forts », ni comme bien « armés ! » Et dès lors, ce qu'ils possédaient n'était pas en sûreté...

Mais n'importe !... Comme autrefois David devant Goliath (i), ils se sont dressés devant la force brutale et injuste, en s'écriant :

(( On ne! passe pas I »

...Et, sans doute, l'invasion a passé tout de même, et la Belgique a perdu, depuis de longs mois, sa liberté, ses biens, son indépendance... et beaucoup de ses enfants... Mais il est un bien qu'elle possédait et que, selon le mot de l'Evan-

(1) Troisième dtmaocbe de carême.

'2) S. Luc, XI, 2!.

(ii i:oU. svn.

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gile, elle a mis « en sûreté » : c'est son honneur !... c'est la loyauté, c'est la fidélité à la parole donnée !...

Quand une nation a donné au monde un tel exemple, et à la violence brutale un tel soufflet, elle est sûre de vivre !... Car le Christ ne peut pas l'abandonner I Comme lui, elle peut avoir son Vendredi Saint ; mais elle aura son jour de Pâques!... Et à peine l'a-t-on proclam.ée morte, que l'on perçoit le bruit des ailes de l'ange, s'apprêtant à rouvrir triomphalement la porte de son tombeau...

Tout est grand chez vous, aujourd'hui. Monsieur et Mademoiselle, et ce petit peuple est devenu une grande nation. Vous avez un grand roi, — vous avez un grand cardinal, — votre petite armée est une grande et fière armée, — vous avez de grandes espérances, que la Justice divine vous doit de réaliser, — vous avez une grande, et noble, et légitime fierté !...

Et combien j'aime ces paroles du cardinal Mercier, qui, en pleine guerre, sous le talon de la botte prussienne, n'a pas craint de dire récemment, à ses compatriotes venus en pèlerinage à la « Lourdes » d'Oostacker, aux portes de Gand :

(( Mes frères, je tiens à vous dire combien nous sommes fiers de vous. Il ne se passe pas de jour que je ne reçoive de l'étranger, d'amis de toutes

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les nations, des lettres de condoléances qui se terminent presque toujours par ces mots : « Pauvre Belgique!... » Et je réponds : « Non, non, pas pauvre Belgique ! Mais grande Belgique !... incomparable Belgique !... héroïque Belgique !.. Sur la mappemonde, elle n'est qu'un point jamais regardé qu'à la loupe ; mais aujourd'hui, il n'y a pas une nation au monde qui ne rende hommage à cette Belgique ! »

...Je semble oublier, Monsieur et Mademoiselle, que vous êtes venus ici pour entendre, non le panégyrique de votre incomparable patrie, mais une exhortation à l'accomplissement de \o^ devoirs d'épcux, auxquels bientôt s'ajouteront vos devoirs de parents.

Et pourtant, je ne me suis pas écarté de mon sujet : car, l'essence même des devoirs du Mariage, l'obligation à laquelle se rattachent toutes ïes autres, c'est la fidélité à la parole donnée, aux promesses que vous faites h Dieu et que vous vous fartes l'un à l'autre... Or, c'est précisément cette fidélité à îa parole donnée qui a fait le martyre et qui fait la gloire de la Belgique.

Noblesse @blige, dit le proverbe ; et vous ète^ tenus par une triple noblesse :

Votre noblesse de chrétiens... Non pas de chrétiens quelconques, mais de chrétiens croyants,

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et sachant mettre d'accord leur conduite avec leur foi ; —

Votre noblesse de citoyens d'un pays qui a fait passer le devoir avant tout ; —

Votre noblesse de membres de familles où l'on est allié, à Dieu, par la charité, — à l'Eglise, par l'obéissance, — à la patrie, par le dévouement, — au devoir, par une longue intimité.

Fondée sur ces trois noblesses, la famille que vous inaugurez aujourd'hui continuera et enrichira, — nous en avons tous la confiance, — votre patrimoine d'honneur chrétien. C'est la grâce que nous demandons à Dieu pour vous, au moment où vous allez vous incliner sous sa main divine et sous sa bénédiction paternelle.

Mariage de M. Francis C...

Lieutenant-Aviateur Américain et de Mlle Germaine Th....

(27 mai 1920.) UN MARIAGE « PAR AVION »

Monsieur, Mademoiselle,

Ceci pourrait s'intituler : <( un Mariage par ; avion ». *

C'était un jour d'été de 1918, dans un village de l'Indre. Les jeunes gars du Berry étaient à la grande guerre ; leurs pères rentraient les blés, surmontés encore de la (( gerbaude » ornée de fleurs et de rubans, que nous dépeint George Sand : ils célébraient « le beau froment, la joie de nos guérets, l'ornement de la terre, la récompense du laboureur » ; ils disaient à Dieu leur « merci pour la gerbaude (i), )>... et leur espoir

(1) George Sand, Claudle, acte I. scène XI. J

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de voir leurs fils, enfin revenus, faire la moisson de l'année prochaine !...

Soudain, dans ce centre paisible de la France, se fît entendre un rappel de la guerre : le moteur d'un avion survolant le village, — avion qui portait les couleurs, chères à la France, de la République américaine.

A. terre, cependant, par les routes, une jeune Française se livrait à un sport beaucoup plus simple : elle... <( pédalait ».

Où allait, là-haut, cet aviateur-soldat .»>... Où allait, ici-bas, cette jeune bicycliste.!^...

Ils allaient à la rencontre l'un de l'autre.

Ce sont, dit-on, de ces choses que l'on ne voit que dans les romans, — ou au théâtre, ce roman pour les oreilles, — ou au cinéma, ce roman pour les yeux... Mais l'histoire, " — votre histoire! — nous dit que cela se voit aussi dans la réalité : Dieu est un excellent « romancier », avec cette supériorité que ses merveilleux romans, il ne les écrit pas : il les agit, il les fait vivre.

Voyez plutôt : l'aviateur se rapproche de terre, il descend, il atterrit ; une double « panne » l'y invite : panne d'essence et panne de... renseignements ; il veut savoir où il est.

...Eh ! quoi, vous l'ignorez, mon Lieutenant? Vous êtes au pays de votre fiancée... Car vous avez une fiancée !... Vous l'ignorez?... mais Dieu le sait, puisque c'est lui qui vous la destine, et

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qui VOUS mène jusqu'à elle... Vous ne savez pas le français.^... C'est parfait î... car, précisément, il n'y a qu'une personne au village qui sache parler anglais : c'est notie bicycliste. La voilà donc votre interprète obligée... t— obligée et obligeante. — Je passe les chapitres suivants, si jolis pourtant!... mais il faut arriver au dénouement.

Le dénouement, vous allez l'écrire... ou plutôt, le dire... et noiieux encore, le vivre, puisqu'encore une fois ceci est un roman vécu. Au bas des romans on met le mot fin ; au bas du vôtre vous allez mettre un mot tout aussi court : ce sera le oui sacramentel, qui va aous unir l'un à l'autre...

Je devine, Mademoiselle, — et sans être devin pour cela ! — que souvent l'on vous a parlé de ce fiancé « qui vous était tombé du ciel », de ce Mariage « inscrit au ciel ». Ceux qui s'exprimaient ainsi avaient encore plus raison qu'ils ne le pensaient !... Oui, je vois une intention providentielle, nettement exprimée, dans les circonstancs qui ont amené votre Mariage !

J'y vois aussi une attention maternelle de la Très Sainte Vierge. Son nom est l'un des vôtres ; vous avez été baptisée dans une église qui porte son nom : elle vous aime... et elle aime aussi celui qui va être votre époux. Comme l'aimant

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attire le fer, ainsi le chapelet attire Marie : elle voyait avec amour ce jeune aviateur, qui, au^ ressources de son habileté et de son courage, ne craignait pas de surajouter celles... de son chapelet : ce chapelet, une des premières choses qu'il vous montra.

Non, je ne doute pas que Marie vous ait conduits l'un vers l'autre et que, si vous aviez pu lire dans ses intentions maternelles, vous auriez, Mademoiselle, salué l'aviateur atterri dans votre village, de cet accueil à la fois si français et si chrétien :

« C'est le ciel qui vous envoie I »

C'était, en effet, Notre-Dame des Airs, dont la dévotion, si je ne me trompe, a pris naissance dans votre province ; c'était Notre-Dame de Lorette, dont Rome vient de faire la Patronne des aviateurs. Aussi, je vois avec joie votre mariage se faire dans le mois de Marie, — dans ce mois qui a vu déjà, Mademoiselle, votre baptême et votre première communion... C'est d'ailleurs le mois des fleurs, — et c'est toute la belle fleur de votre jeunesse que, l'un et l'autre, vous apportez à l'autel ; ces fleurs, qui ornent le sanctuaire, sont vos soeurs : vingt-deux ans et vingt ans : quelle vie s'ouvre devant vous, et comme vous avez bien fait de ne pas économiser sur le tem.ps destiné à vous rendre heureux l'un par l'autre 1..,

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Ici, ne sommes-nous pas un peu à Cana?... « Il y eut, nous dit l'Evangile, des noces à Cana de Galilée, et la mère de Jésus s'y trouvait (i). » La tradition nous représente comme tout jeunes les époux qui avaient invité Marie à leurs noces. Jésus y fut par surcroît (i). Quelle bénédiction, qu'un Mariage contracté sous de si divins auspices I...

Ne jalousez pas les époux de Cana. Vous êtes aussi jeunes qu'eux, — favorisés, comme eux, de l'assistance de Marie, — de la présence réelle, quoique ici invisible, de Jésus. Dans un instant, quand ma main va s'élever pour vous bénir et que vous vous inclinerez pour recevoir la bénédiction du prêtre, inclinez-vous, en réalité, sous la main divine de Jésus, sous la main maternelle de Marie I...

Et puis, au cours de cette messe, faites ensemble, au-dessus de la terre, une excursion pleine de charme. Qu'un invisible avion vous emporte tous deux ensemble vers le ciel, pour y remercier Dieu qui vous a créés l'un pour l'autre, vous a conduits si gentiment l'un vers l'autre, et vous donne aujourd'hui l'un à l'autre. Demandez-lui de vous aider à remplir, dès maintenant vos devoirs d'époux, plus tard vos devoirs de parents chrétiens ; demandez-lui de vous garder fidèles

(1) s. Jean, ii, l

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aux traditions et aux exemples que, des deux côtés de l'Atlantique, vous avez reçus de vos parents... Et que l'avion ne vous ramène sur terre qu'à la fin de la messe, à la sacristie, pour y recevoir les témoignages de sympathie, les félicitations de tous ceux qui vous aiment et qui demandent à Dieu, pour vous, tout le bonheur possible ici-bas, — en attendant celui qui ne finira jamais.

Ainsi soit-il 1

Mariage de M. Jean Hiimbert, Capitaine à Varmée française d'occupation, et de Mlle Marguerite Famin.

4 février 1920.) UN GLORIEUX CORTÈGE

Mon Capitaine, Ma chère Enfant,

Tout à l'heure, en voyant entrer ici le glorieux cortège que je contemple en cet instant, cette assistance a pu se demander, dans un moment de distraction, quel conseil de guerre allait se tenir ici, — conseil important, à en juger par la présence de deux membres éminents du Conseil supérieur de la guerre 1...

Mais non !... L'église est, par excellence, la maison de la paix, — et le sacrement que vous

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allez recevoir est, lui aussi, un sacrement de paix, puisqu'il a pour but d'établir entre vous deux, mieux qu'une paix : une alliance, une union intime et toute d amour.

Et cependant, c'est à la grande famille de Fatmée que vous avez voulu, l'un et l'autre, demander l'être cher avec lequel vous constitueriez votre petite famille à vous : — vous, mon Capitaine, la fille d'un général ; — vous, mia chère Enfant, un capitaine, fils de général. Et c'est à des généraux que vous avez demandé J'être les témoins de l'auguste cérémonie qui va vous unir à jamais, par les liens les plus pacifiques qui soient au monde I...

Malgré les apparences, il n'y a point là de paradoxe. Dieu, qui s'appelle le Dieu de paix (i), s'appelle aussi le Dieu des aimées (2) : c'est que l'armée n'est pas tant l'instrument de la guerre, que celui qui rétablit la paix. Ce n'est pas l'armée qui déclare la guerre, mais c'est elle qui ramène et assure le règne de la paix.

Voilà pourquoi il me plaît de voir ici, non un conseil de guerre, mais un véritable « conseil de paix ». Voilà pourquoi c'est aux généraux qui ont si bien et si glorieusement ramené la paix que je demanderai, pour vous les proposer, les conseils destinés à garantir la paix, l'union,

(1) Litanies du saint Nom de Jésus.

(2) I, Rois, I, 3, etc.

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dans le ktyer que vous fondez aujourd'hui... Car, il faut le dire, la famille, cette petite patrie, a ses ennemis, comme la grande : ennemis du dehors et ennemis du dedans ; — ennemis qui tantôt s'insinuent et tantôt attaquent en masse, — et qui s'en prennent à ce qu'il y a de plus beau dans la famille : à la fidélité, à l'amour, à la confiance, parfois même à l'enfant I...

Vous allez être chargés tous deux, chacun à votre place, du gouvernement de votre famille. Or, vous le savez, « gouverner c'est prévoir... » Ou plutôt, gouverner, c'est d'abord prévoir, mais c'est aussi agir. Prévoir avec prudence, agir avec persévérance, tel est l'idéal du gouvernement. Or, vous apprendrez tous deux, — de votre père, ma chère Enfant, l'art de prévoir, — et de votre père, Monsieur, l'art d'exécuter.

L'art de prévoir, d'abord.

En face d'une Allemagne qui, depuis longtemps, se préparait à la guerre, votre père, ma chère Enfant, depuis de longues années, se préoccupait de la différence de population entre les deux pays destinés à s'affronter une fois de plus... A ce mal, il voyait un remède : l'apport de nos colonies, qui, recevant de la mère-patrie tant de bienfaits, n'hésiteraient sûrement pas, au jour du péril, à la couvrir de leurs corps. Après avoir

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brillé par l'action, en Afrique, en Extrême- Orient, en Crète où il avait commandé les troupes internationales, après s'être montré maître organisateur dans la préparation de l'expédition de Chine, il voulut se consacrer tout entier à la création et à l'organisation de nos renforts coloniaux, qu'il devinait capables de merveilles, pourvu qu'ils fussent bien encadrés.

A cette œuvre, interrompue pour raison de santé quelques années avant la grande guerre, on voulut le voir se dévouer de nouveau, dès que, au Jour de la mobilisation, il vint mettre son épée au service de la patrie.

Ce fut, au ministère de la guerre, un vrai chantier qu'il ouvrit, et où, se souvenant des traditions de l'architecture pratiquée par ses ascendants, il éleva, sur des plans solides et pratiques, ce merveilleux édifice des troupes coloniales, dont l'appoint fut un des facteurs de la victoire : — troupes coloniales qui arrachèrent si souvent aux Français des cris d'admiration... et aux Allemands des cris de fureur ! Ils trouvaient que l'armée noire, ce n'était pas dans les règles du Jeu de la guerre : oui, ils trouvaient cela, eux, les inventeurs des gaz asphyxiants !... Comme ils tiouvaient, d'ailleurs, le blocus qui les cernait contraire aux lois de l'humanité, eux, les affameurs de Paris en 1870 !...

Permettez-moi, à ce sujet, une anecdote.

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C'était en Allemagne, dans un canip de prisonniers français... un de ces camps que vous connaissez bien, mon Capitaine, pour leur avoir, plus d'une fois, « brûlé la politesse » 1... Un officier allemand, qui parlait fort bien le français (pour l'avoir, durant plusieurs années, parlé à Paris I), disait à l'un des nôtres :

— Si vous gagnez la guerre, ce sera, en partie, grâce à vos coloniaux... Ce sera, aussi, grâce à votre blocus, qui nous affame.

— A ce compte, réplique l'officier français, vous aurez, entre autres vainqueurs, le <c général Famine »... et le général Famin.

...La manière dont le général, à la veille de la victoire, quitta ses fonctions, vous donnera, par surcroît, cette leçon, que ce qui importe, icibas, ce n'est pas tant la récompense du devoir que le devoir lui-même. Faisons notre devoir, toujours et partout notre devoir !... Quant à la récompense... « Dieu y pourvoira (i) ! »

La préparation prévoyante ne servirait à rien, si elle n'était suivie de l'action, — et, je l'ai dit, de l'action persévérante.

Ici, je puis vous proposer comme exemple votre père, mon Capitaine, — celui dont Jofîre disait, en le citant à l'ordre de l'armée : « Il

(1) Genèse, xxii, 8.

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poursuit sa décision avec une opiniâtreté et une énergie à toute épreuve. »

Et r « épreuve » ne manqua pas !...

Dès le début de la guerre, à la tête de la division du Maroc, le général Humbert est appelé sur un (( point vital » de la bataille de la Marne. Il se cramponne au plateau de Montdement. S'il l'abandonnait, ce serait un trou, un défaut, un enfoncement par où Foch pourrait être pris en écharpe, et la bataille compromise. A.ussi, il tient, crânement, magnifiquement. Tous, dit un ordre officiel, (c zouaves, coloniaux, tirailleurs, indigènes ont fait d'une façon admirable leur devoir », et Montdement fut une de ces victoires locales qui composèrent la grande victoire de la Marne.

...\oulez-vous que je vous dise, — bien simplement et, sans doute, trop îamilièrement, — une réflexion qui m'est venue en lisant quelques récits de la grande guerre?... Je me rappelais le petit jeu de société qui consiste à dire : « Monsieur le curé n'aime pas les o »... et je me disais : « Décidément, le général Humbert n'aime pas... les trous ! »

Voyez plutôt.

Quelques semaines après Montdement, on lui en donne encore un à boucher, entre les Franco- Belges de l'Yser et les Anglo-Français d'Ypres. Ce « défaut » lui sert de point de départ pour

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attaquer encore, et rejeter les Allemands à l'est du canal... Vous rappelez-vous ce mois entier où toute la France avait les yeux rivés sur un petit point de ce canal, sur une maisonnette, sur la « Maison du Passeur »?... De leur rêve écroulé, les Allemands n'avaient gardé que cette maison : ils y tenaient !... Mais Humbert y tenait aussi, parce qu'il nous la fallait : et, avec son opiniâtreté, il l'eut !... Je suis sûr, ma chère Enfant, qu'il mettra, à aimer votre maison à vous, r « opiniâtreté à toute épreuve » qu'il a mise à prendre la maison du Passeur I

... Mais voici un autre « trou » à combler : c'est grave, c'est urgent... et l'on fait appel à Humbert. En mars 1918, c'était la grande offensive allemande. Sous une poussée irrésistible, les Anglais ont dû plier : une brèche s'est creusée, il faut la combler : Humbert arrive... Cette fois, c'est le cœur de la France, c'est Paris même qu'il faut défendre : animés par le chef, tous font leur devoir, et, en neuf jours, la victoire, considérée par les Allemxands comme acquise, se change pour eux en un échec définitif.

... Trois mois plus tard, nouveau coup de bélier allemand, nouveau fléchissement... mais nouveau redressement et nouvelle fermeture du chemin de Paris ! a II voulait aller à Paris, dit de l'Allemand le vainqueur, — encore Humbert, — dans un ordre du jour à ses soldats ; il voulait

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aller à Paris : une seconde fois, comme au mois de mars, vous lui en avez fait claquer la porte au nez. Il n'ira pas ! »

...Et il n'y est pas venu.

N'est-il pas un peu impertinent, de ma part, de raconter — si mal — quelque chose de la grande guerre, en présence de ceux qui l'ont faite, — si bien?... Mais je n'ai voulu que vous donner cette leçon : le devoir doit être préparé dans la sagesse, — et exécuté dans l'énergie.

Or, de nouveaux devoirs vont s'offrir à vous, se surajouter à tous ceux qui vous incombaient jusqu'ici, et que vous avez si bien remplis : dès aujourd'hui, devoirs d'époux ; plus tard, devoirs de parents.

Ces devoirs, vous allez commencer à les remplir là-bas, sous les yeux de nos ennemis d'hier, que, malgré la paix, nous ne pouvons appeler nos amis d'aujourd'hui !... Vous aurez, pour votre part, à leur imposer ce qui ne s'impose point par la force : l'estime de la France, l'estime de la famille française. Ce sera un stimulant de plus à bien remplir vos nouveaux devoirs, à les (( exécuter dans l'énergie ». Vous le ferez d'autant mieux, que vous y avez été (c préparés dans la sag^esse ».

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Tandis que, dans deux foyers différents, votre enfance était bercée par le récit des exploits de vos pères dans la conquête ou la défense de notre empire colonial, vous grandissiez sous les yeux aimants et vigilants de mères aussi habiles, l'une que l'autre, à développer en vous les germes de vos qualités natives.

Vous, Monsie'ur, appelé dans la vie militaire par la valeureuse attraction paternelle, vous entriez à Saint- Cyr à dix-huit ans, — étiez nommé sous-lieutenant à la mobilisation, — la même année, blessé et lieutenant, — l'année suivante, blessé et décoré, — l'année d'après, capitaine et blessé... et cette fois prisonnier. Mais, à peine revenu de captivité après l'armistice, vous avez voulu faire encore une conquête... et vous avez fait la conquête d'un cœur.

Ce cœur n'a rien de banal. Je connais votre « conquête ». C'est la deuxième fois que je la vois parée de blanc, au pied de l'autel : elle a fait, dans notre paroisse, sa première communion. A mesure qu'elle grandissait, grandissaient aussi l'estime et l'affection de ceux qui la connaissaient. Son départ causera un grand vide, au foyer paternel, ailleurs aussi, — et en particulier chez ces « enfants de Marie » dont elle était la conseillère élue. Elle aussi, elle a été à excellente école, elle en a profité... et je dirai tout en deux mots : vous êtes dignes l'un de l'autre.

Il ne vous reste plus qu'à prendre vos engagement mutuels, sous le regard de Dieu, votre Témoin du ciel, — et sous le regard des héros que sont vos témoins de la terre.

« Témoins! »... Cela vous change. Messieurs les Généraux!... Pendant plus de quatre ans, s'est joué le drame le plus tragique de l'histoire de l'humanité : de ce drame vous étiez les acteurs... et c'était le monde entier qui en était le « témoin », ému, haletant, émerveillé !..

Aujourd'hui, le drame est fini, — heureusement fini, grâce à vous ! — et à votre tour, vous voulez bien n'être plus que « témoins »... Mais tout à l'heure, à la sacristie, quand, suivant l'usage, nous appellerons « Messieurs les témoins » à signer l'acte de mariage, qui donc, à notre appel, répondra : « Présent?... »

« Présent » sera le général Maistre I... comme il était présent aux batailles sous Verdun, — présent pour commander en Italie, — présent pour prendre les positions de Laffaux, — présent pour enlever le chemin des Dames, — présent à la tête d'un groupe d'armées dans la grande offensive de la victoire, — présent aujourd'hui encore, à côté du général Humbert, au conseil supérieur de la guerre I...

« Présent » sera le général Berdoulat 1... comme il était présent, en 191 7, à l'attaque me-

née par lui victorieusement sur la Somme, — présent pour conduire à l'action le vingtième corps d'armée, — présent aujourd'hui pour apporter, comme gouverneur militaire de Paris, le salut affectueux de Paris à celui qui fut, en 1918, le sauveur de Paris !...

« Présent » sera le général Blondlat !... comme il était présent pour commander le deuxième corps d'armée coloniale, — présent pour se battre en Champagne en 1916 et en 191 6...

« Présent » sera le général Marchand !... comme il était présent à Fachoda, — présent à la tête de la dixième division coloniale, — présent pour courir d'héroïsme en héroïsme et de blessure en blessure !...

Messieurs les Généraux, — c'est mon dernier mot, — vous allez être témoins encore d'une autre belle chose que de l'union de ces deux cœurs. Quand ces deux époux vont se donner la main, vous, qui nous avez rendu l'Alsace et la Lorraine, vous serez témoins d'un geste qui symbolisera l'union de la LxDrraine et de l'Alsace dans leur commun amour de la France.

Car vous, mon Capitaine, vous apportez ici un peu de l'Alsace, puisque votre glorieux père y représente aujourd'hui l'autorité militaire française...

Et VOUS, ma chère Enfant, vous apportez ici un peu de la Lorraine, à laquelle vous appartenez par votre mère...

Que vos deux cœurs, sous le regard et la bénédiction de Dieu, s'attachent aussi profondément l'un à l'autre, que la Lorraine et l'Alsace sont restées unies à la France dans le malheur, et le resteront à jamais dans le bonheur de la victoire 1

Ainsi soit-il 1

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