‹ Alphonse de LamartineChapitre 9 sur 33 · Si je puis amasser seulement cent louis, écrivait-il en · texte numérisé non relu

Si je puis amasser seulement cent louis, écrivait-il en

1818, j'irai en Grèce, à Jérusalem, avec un bourdon et un sac ”

et mangeant du pain...» Ce désir, dit-il ailleurs « ne s'était jamais éteint en moi : je rêvais toujours un voyage en Orient comme un grand acte de ma vie intérieure... » Avant de s’embarquer le 10 juillet 1832 sur l’Alceste il donne les raisons de

Marseille :

son départ dans un poème Adieu, Hommage à l'Académie de

Si j'abandonne aux plis de la voile rapide

Ce que m'a fait le ciel de paix et de bonheur:

Si je confie aux flots de l’élément perfide

Une femme, un enfant, ces deux parts de mon cœur:

Si je jette à la mer, aux sables, aux nuages,

Tant de doux souvenirs, tant de cœurs palpitants

D'un retour incertain, sans avoir d’autres gages Qu'un mêt plié par les autans;

Ce n'est pas que de l’or l’ardente soif s'allume Dans un cœur qui s’est fait un plus noble trésor, Ni que de son flambeau la gloire me consums De la soif d’un vain nom plus fugitif encor:

Ce n’est pas qu’en nos jours la fortune du Dante Me fasse de l'exil amer manger le sel.

Ni que des factions la colère inconstante

Me brise le seuil paternel...

Un navire équipé et pavoisé l'attend dans le port de Marseille.

Que ferait-il ici?

Pour tous les jeunes gens, « fous de lyrisme et d’art, » qui se sont enrôlés dans l’armée romantique il est déjà un chef et un vieux général.

Mais l’âme a des instincts qu'ignore la nature, Semblables à l'instinct de ces hardis oiseaux, Qui leur fait, pour chercher une autre nourriture, Traverser d’un seul vol l’abime aux grandes eaux. Que vont-ils demander aux climats de l’aurore? N'ont-ils pas sur nos toits de la mousse ét des nids? Et des gerbes du champ que notre soleil dore

L’épi tombé pour leurs petits?…

Je n'ai pas navigué sur l’Océan de sable, Au branle assoupissant du vaisseau du désert; Je n’ai pas étanché ma soif intarissable Le soir, au puits d'Hébron de trois palmiers couvert; Je n’ai pas étendu mon manteau sous les tentes, Dormi dans la poussière où Dieu retournait Job, Ni la nuit, au doux bruit des toiles palpitantes, Rêvé les rêves de Jacob,

Des sept pages du monde une me reste à lire : Je ne sais pas comment l'étoile y tremble aux cieux, Sous quel poids de néant la poitrine respire, Comment le cœur palpite en approchant des dieux! Je ne sais pas comment, au pied d’une colonne D'où l’ombre des vieux jours sur le barde descend, L’'herbe parle à l'oreille, ou la terre bourdonne,

Ou la brise pleure en passant...

Voilà pourquoi je pars, voilà pourquoi je joue Quelque reste de jours inutile ici-bas, Qu’importe sur quel bord le vent d’hiver secoue L’arbre stérile et sec et qui n’ombrage pas.

— L'insensé! dit la foule. — Elle-même insensée! Nous ne trouvons pas tous notre pain en tout lieu Du barde voyageur le pain c’est la pensées,

Son cœur vit des œuvres de Dieu!»

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Il ne lui déplaît point qu’ils manquent de mesure, et les chants du départ doivent être

entonnés à pleine voix joyeuse et faire un.

peu scandale.

Presque tous n’ont encore que l’âge des

conscrits et Musset et Gautier viennent :

d’avoir vingt ans.

Injustes et charmants, ils découvrent le

monde : la vieille Espagne d'or avec ses guitaristes, sa poésie torride et ses cam-

péadors; l'Orient, les sérails et les fauves . sultanes, les bains de marbre noir et les .

blancs minarets; le Moyen Age avec ses artisans sublimes, et ses hommés de bure et ses hommes dé fer, sés échevins sur des

perrons d'hôtels de ville, ses truandes riant au seuil des cabaréts, ses chevaliers

errants et ses grands paladins.

Ils aiment, enivrés de brumeuses légendes, la vieille Germanie des chênes .

séculaires, des burgraves éhénus dont les barbes farouches s’ébouriffaient au vent, -

entre de noirs créneaux; l'Allemagne des

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