‹ AlphonsineChapitre 1 sur 18 · Alphonsine · texte numérisé non relu

Alphonsine

JL/AZELI, qui écrîvoît très-régulièrement à don Alvar , ne manqua pas de lui rendre compte , avec le plus grand détail , du baptême d'Alphonsine, et dans ce récit îl n omit aucune des circonstances qui pouvoient faire valoir Tesprît , ringénuîté et la sensibilité d'Alphonsine ; il n'oublia pas non plus de parler iV. 1

de sa grâce et de sa beaulë ; îl ne se faîsolt plus un scrupule d'enflammer 'son imagination , et de nourrir sa passion pour cette enfant , depuis qu'il avolt la cerlîtude qu'Inès, en effet, n'avoît point d'amour pour lui , et qu'il se flattoît de parvenir à lui plaire.

Douze jours après le baptême d'Alphonslne , Dazelî reçut une lettre de Madrid, qui le rappeloît à la cour, et dans laquelle on lui ïnandolt que le roi voulolt lui faire épouser la duchesse d'Alzuna , jeune veuve d'une richesse immense. Dazell, en présence d'Inès, montra cette lettre à la comtesse.

Cette dernière étolt proche parente de la duchesse d'Alzuna, elle s'intéressoit beaucoup à Da?:ieli ; l'idép

de ce mariage la charma. Elle fut, d ailleurs, très-flatlée de la confiance que lui montrolt Dazelî, car elle almoit à être consultée : c'est le faible de toutes les personnes d'un esprit médiocre ; c'est pourquoi, en général , elles ont du commérage et sont officieuses ; une confidence est non-seulement pour elles une marque d'amillé, mais un honneur ; elles sont glorieuses de pout*oîr se mêler d'une affa:«re , de pouvoir contribuer à un succès. « Je veux écrire à ma cousine, s'écria la comtesse ; je lui dirai tout ce que je pense de vous, — J'attache le plus grand prix à votre opinion , ma-^ dame ; mais je vous avoue que celle de madame la duchesse d'Alzuna z^ fera jamais rien pour mon bon-

heur. — J espère que vous n'auriez pas la folie de refuser une telle alliance? — Je ne retourne demain à Madrid que pour la rompre. — Vous refuseriez la main de la ducliesse d'Alzuna? — Je sens combien son choix m'honorerolt. — Et d'ailleurs, elle est jeune, elle est belle... — Ouï, madame, mais elle nest pas celle que j'aime. — Vous avez une grande passion pour une autre? — Ouï/ madame. » Une femme , toujours désarmée par celte confidence, ne trouve point d'objections que Ton puisse opposer à ce grand mot. Un homme, en pareil cas, dlroit, de premier mouvement, mille choses, sinon neuves , du moins très-raisonnables ; une femme s'attendrit, admire, et se tait. Après un mo^

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ment de silence , Inès prenant la parole : « Pour faire un tel sacrifice , dil-elle, il faut être bien certain d'èlre aimé, et les hommes s'abusent si facilement à cet égard! — Pour moi , répondît Dazeli, Tespérance me suffit.- —

L espérance ! reprit vivement

Inès; je vous soupçonne, poursuivit-elle en souriant , d'en prendre

avec bien de la légèreté — Non,

madame, je vous assure, repartit

Dazeli -*- Cela est étrange! ^

s'écria Inès , sans réfléchir à ce quelle disoît. A ces mots, la comtesse fit un éclat de rire. « Eh quoi ! dit-elle, êles-vous plus instruite sur ce point que Dazeli lui-même ? * Inès rougit ret garda le silence. Dazeli fit quelques plaisanteries ; Inè*

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y répondît avec embarras , et se Lâla de changer d entretien.

Inès alloît quelquefois les matins , avant le réveil de la comtesse , se promener dans le parc ; le lendemain, Dazelî, qui vouloît partir le soir même ^ se rendit dans le jardin au point du jour. Après l'avoir parcouru long -temps, il aperçut Inès au détour d'une allée. Elle doubla le pas pour Févlter, comme à son ordinaire ; mais il Talteignit, et la supplia de Tentendre un moment ; elle s'assit sur un banc, et s'armant de l'air le plus sévère , elle lui demanda ce qu'il vouloit. « Vous faire mes adieux, répondit-il, et vous dire, madame, que j'emporterai celte espérance qt^e vous vouliez molerhier; que j'y sacrifierai

tout — C est une cxlravagance

inouïe......' — Songez , madame ,

qu'on espère lant qu'on aime. — • Songez, monsieur, que je suis engagée depuis mon enfance; que mon cœur et ma raison ont ralifie cet engagement ; que j'y attache la douceur, la tranquillité, le bonheur de ma vie ; non le bonheur tel que vous le concevez, mais celui qui convient à mon caractère.

— Don Alvar, madame, a la bizarrerie de penser comme moi sur le bonheur ; il veut que Thymen soit formé par ce seiitiment que vous dédaignez.... — Eh bien ! monsieur , vous êtes persuadé que j'éprouverai pour vous ce que don Alvar n'a pu m'inspirer! cela est modeste! — Persuadé! Non , mal-

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heureusement , ruaîs — Vous

vous en flatlez ? — Don Alvar n'a pour vous que de l amitié , et je vous aîme passionnément. — Après deux ou trois ans d'absence , il pen^ sera différemment , vous verrez.

— Si vous avez envie de lui tourner la tête , vous en viendrez facilement à bout , je ne le sais que trop.

Le voudrez-vous ? — Mais —

Daignez répondre? — Don Alvar amoureux de moi me paroîtroit ridicule. — Bon ! je lui manderai cela. — Je vous le défends. — Eh quoi! madame , voulez-vous me corrompre ; voulez -vous que je trompe mon ami ? Se taire , est ce tromper?

— Très - souvent. — Si vous me poussez à bout, je prendrai un parti violent; je lui écrirai des lettres pas-

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sîonnees. — Je Ten préviendrai. — La vanîlé Tempêchera de vous croire. — La vanité , dans ce cas, n'abnseroit qu'un fat; avec vous, madame , le cœur seul peut être présomptueux. Des lettres passionnées!

comment pourrîez-vous les écrire ?

Connoissez-vous ce langage ? — Je l'ai vu dans quelques romans. — Croyez qu'on ne le copie point. — Laissons là cette plaisanterie. Je vous déclare très - sérieusement , monsieur, que je veux épouser don Alvar, et que rien au monde ne me fera renoncer à cette irrévocable résolution. — Et moi , madame, je vous déclare que je traverserai ce dessein de tout mon pouvoir , et avec toute la persévérance et toute l'adresse dont Je suis capable. —

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Par celte éfrange conduite^ soyeî:

sûr que vous m y affermirez davantage encore s'il est possible. — Que m'importe ? J'ai tant d'avantages sur vous!...- — Comment?., — L'obstination et le dépit vous feront agir ; mais moi je serai guidé, exalté par la passion. — Le caractère et la raison doivent l'emporter sur la folîe.

" — Vous aurez de la ténacité , qui fatigue beaucoup; j'aurai de la constance sans nul effort. Vous combi^ nerex froidement ; je serai inspiré..»

— Mais il y va de mon repos..».. —

Il y va de ma vie »

Cette réponse troubla Inès. On ^int heureusement dans ce moment la chercher pour lui dire que la comtesse éfoît éveillée ; elle se leva précipitamment , et s'éloigna avec

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promplîlucle , sans oser même regarder Dazell, qu'elle ne laissa point du fout nu désespoir.

Dazcll partit, Inès fut rêveuse et distraite pendant quelques jours 5 Dazell avolt étonné son esprit, touclîé son cœur et blessé sa fierté ; njals , comme elle le lui avoit dit, sa résolution étoit inébranlable; la certitude de faire le malheur de la comtesse en se livrant à son penchant , sa tendre amitié pour don Alvar Femportoient facilement sur une inclination naissante, combattue puissamment encore par Torgueil d'une naissance illustre. Don Alvar étoit Tun des grands seigneurs de TEspagne , et Dazeli n etoit qu\in simple gentilhomme , que les envieux de sa fortune et de sa

f^iveur n'appeloîent qu'un heuredx aventurier. Ses parens éloîenl obscurs : il n'avoît dû son élévation qu'au talent de plane ; ce n^étojt point assez pour Inès : elle auroît cru se rabaisser en formant une telle alliance, et elle aimoit mille fois mieux épouser sans amour le compagnon , l'ami de son enfance , qu elle chérlssoit , et qui lui donneroit , avec le plus beau nom de la cour^ la famille qui lui convenoii le mieux. Toutes ces pensées n'éloient pas romanesques ; elles peuvent même paroître communes : il faut néanmoins convenir que voilà les idées qui , dans les jeunes personnes y préparent les femmes raisonnables et vertueuses. On verra par la suite que cette manière de

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penser, ce goût des convenances j^ s'allloîent dans Inès à une âme sensible et à un très-grand caractère. Inès, pour se distraire, employa un moyen sûr quand Tamour n'est pas encore devenu une passion ; elle s'occupa sans relâche, cultiva plus que jamais ses taleris , ne fil que des lectures solides et sérieuses , ne confia son secret à personne , et évita avec le plus grand soin de parler de Dazell , ou de tout ce qui pouvoit le lui rappeler ; elle parvint ainsi à reprendre peu à peut toute sa sérénité»

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