ÉPILOGUE
contempler de loin, dans celte cage grillée, un prisonnier arbitrairement arrêté comme moi, n’ont qu’à lever les yeux pour admirer et bénir l’auguste auteur de leurs misères.
Le gardien-chef, un Alsacien qui s’est trouvé trop pauvre pour rester Français, me fit monter au premier étage, et, en mettant la clef dans la serrure de mon logis, il me dit avec bonhomie :
— 11 y a déjà un jeune homme dans la chambre ; j’espère que cela ne vous fait rien ?
— Mais cela me fait beaucoup, au contraire Est-ce que je n’ai pas le droit d’être seul? Vous aviez promis de me mettre à la pistole.
— Vous y êtes ; seulement nous n’avons que cette chambre en tout dans la maison, et, par malheur, elle est à demi occupée.
— Arrangez-vous pour m’en trouver une autre.
Si c’est une question d’argent, je donnerai tout ce qu’il faudra.
— Vous m’offririez cent francs par jour au lieu des neuf sous que vous allez payer ici, cela ne rendrait pas la maison plus grande. Nous sommes à l’étroit et nous avons quatre-vingt-quinze détenus.
— Mais encore avec qui me logez- vous ? de quoi est-il accusé, ce jeune homme?
ALSACE
— Affaire de coups et blessures, une querelle de cabaret ; mais ce n’est pas un méchant garçon, vous verrez.
— Allons, 'voyons!
11 ouvrit donc la porte et je fus saisi, dès le seuil, par une vapeur humide et nauséabonde.
On avait lavé le plancher, comme tous les samedis, et l'on s’y était pris si tard que, malgré la fenêtre ouverte, l’odeur du savon gras et du vieux bois mouillé serrait la gorge et soulevait le cœur.
Celle entrée en matière m’avait assez mal disposé, et je me demandais comment, la fenêtre fermée, nous dormirions dans ce cloaque. Ce fut bien pis lorsque mon jeune compagnon m’eut conté sa petite histoire. Il s’était querellé après boire avec un de ses camarades, il l’avait frappé d’un couteau et la blessure avait été suivie de mort. J’ai toujours ouï dire que les prévenus d’un délit de presse, et même les condamnés, obtenaient, en pays civilisé, une prison fort habitable, et je n’ai jamais vu qu’on les mît en ménage avec des meurtriers.
Toutefois, quand j’eus fait plus ample connaissance avec mon voisin de chambrée, je changeai d’avis sur son compte et je ne tardai point à le trouver intéressant. C’était un enfant de di.\-neuf ans, petit et imberbe. Son père, un pauvre garde