‹ Alsace 18711872 E. AboutChapitre 29 sur 38 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

bourg, m’esfvenu visiter dans ma chambre. Il m’a ■ dit, en français, fort poliment, qu’il était disposé à faire, en ma faveur, tout ce que le règlement permettait ; il m’a promis que, dès demain, je serais seul dans ma chambre ; ‘il s’est même informé si j’avais assez d’argent au greffe. Je n’ai pu que le remercier et lui dire que j’étais bien traité par tout le monde et que je ne manquais de rien.

Le lendemain, lundi, les visites se succédèrent dès le matin, et la première de toutes avait une telle importance que j’ai dû la noter dans ses moindres détails.

Un homme très-distingué et digne de toute confiance se présenta à moi avec un message verbal de M. de Clercq :

— Le ministre plénipotentiaire chargé de la liquidation d’Alsace-Lorraine a reçu, me dit-il, de M. de Rémusat, une dépêche qui vous concerne; il est autorisé à faire pour vous tout ce qu’il jugera opportun, et il désire savoir où et comment vous désirez qu’il intervienne. Est-ce à Strasbourg’.' est-ce à Berlin? est-ce par voie officieuse ou par voie officielle?

Je répondis sans hésiter :

— Veuillez dire à M. de Clercq que je le remercie de tout mon cœur, mais que je le supplie de ne rien faire et de me laisser seul en face, de la justice prussienne. L’intervention officieuse d’un

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diplomate français, si elle aboutissait à quebiuc grâce, ferait de moi l’obligé de nos ennemis, et je ne puis envisager cette idée sans horreur. Quant à l’intervention officielle, elle ne servirait qu’à mettre en relief la condition douloureuse de mon pays. Le gouvernement d’une grande nation comme la notre ne doit rien réclamer qu’il ne puisse obtenir par force, et lorsque les Prussiens sont encore à quelques marclies de Paris, le devoir d’un citoyen est de tout endurer plutôt que de susciter la moindre affaire à la France.

Je n’ai pas douté un moment des sympathies de ' la presse française, quoique je m’y connusse, hélas! un certain nombre d’ennemis. Depuis le premier jour de ma prison jusqu’au dernier, si j’ai pu me procurer très-peu de journaux, je les ai lus tous par intuition, et j’ai senti à mes côtés, comme un ferme appui, runanimitô de leur patriotisme.

Je faisais bien la part des circonstances, et je savais que, dés le lendemain de cette épreuve, tous les Yeuillots me feraient payer cher quelques bénédictions forcées; mais je me souciais peu de leurs injures et de leurs calomnies, qui n’ont jamais déconsidéré qu’eux.

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Ce qui m’importait autrement, c’était d’ûteraux ennemis intérieurs de la république toute occasion de tourner mon accident contre elle et d’accuser l’impuissance du gouvei nement. 11 était trop facile de prévoir que les divers partis monarchiques reprocheraient à M. Thiers de laisser un Français, arbitrairement arrêté, entre les griffes de la police allemande. Je me lis donc un devoir d’envoyer, le jour même, à M. de l’iémusat, notre jeune et brillant collaborateur, .M. Paul l.afargue, qui était accouru à Strasbourg pour m’offrir ses bons offices. Il retourna à Paris, vit le ministre des affaires étrangères, et, après lui avoir transmis mes plus vifs remerciements pour scs intentions bienveillantes, il lui dit que je désirais garder ce litige pour moi seul ; que les pouvoirs publics n’ont pas le droit d’assister un homme malgré lui, et que, d’ailleurs, j’étais bien sûr de me tirer d’affaire.

Les amis qui purent m’approcher ce jour-là me fournirent des e.xplications trés-vraUcmblablcs, sinon positives, sur le fait de l’arrestation. Le mandat d’amener, lancé, le 27 octobre 1871, à la suite d’un feuilleton du So'n\ était resté lettre morte jusqu’à notre retour en Alsace. En septembre 1872, un Prussien de Saveriie, sous-préfet ou magistrat, avait annoncé mon arrivée au préfet de Strasbourg, en demandant des ordres. Le préfet en avait référé au gouverneur général du pays annexé, M. de

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Mœller, homme très-circonspeci, qui, selon son habitude, renvoya la question à la chancellerie de Berlin.

Là, rien ne prouve que M. de Bismarck ou quelqu’un des puissants seigneurs qui mirent leurs yeux dans ses boites ait daigné résoudre cette question de mince détail. 11 se peut que l’ordre d’agir soit émané d’un sons-chef à poigne ou d’un intrépide commis principal : ces anonymes qui moisissent dans les bas-fonds officiels de Berlin se croient déjà les maîtres du monde. J’ai grand’peur que nous ne sachions jamais la vraie vérité sur les débuts de cette affaire. Lorsqu’un mauvais coup réussi!, c’est à qui en revendiquera l’honneur ; s’il avorte, on s’en lave les mains ; vous ne rencontrez plus personne.

Mais le procureur impérial qui avait lancé le mandat, M, Staedler, était le même qui soutenait l’accusation, et qui l’a soutenue niordicws, jusqu’à ia dernière heure. No^-seulement nous le tenons, mais nos amis ont pu le faire causer, et parmi ses réponses j’en ai noté deux ou troisqui méritent les applaudissements du monde.

— Prenez garde ! lui disait-on. Si le gouvernement français, usant de représailles, emprisonnait les journalistes prussiens ? Il connaît les correspondants de la Gazette de Cologne^ qui insultent la France à la journée.

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