‹ Altérations dites spontanées des médicaments chimiquesChapitre 13 sur 21 · ET UN ÉLÉMENT CARBONÉ · texte numérisé non relu

ET UN ÉLÉMENT CARBONÉ

Les substances médicamenteuses altérables qui appartiennent à cette catégorie ne sont ni très nombreuses, ni très importantes.

Sels ferriques. — Les sels ferriques à acide organique ne tardent pas à être réduits en sels ferreux lorsqu’on les expose en

solution à la lumière ; une partie de l’acide est en même temps brûlée.'Nous citerons, avec Herschell ', le tartmte etl e citrate de fer ammoniacal. La décomposition n’a été étudiée complètement qu’avec l’oxalate ferrique, qui n’a pas d’emploi pharmaceutique, mais dont on a voulu se servir pour mesurer la force chimique contenue dans la lumière du soleil*. Suivant Dobereiner 3 , le peroxalate de fer exposé aux rayons lumineux se transforme en oxalate ferreux et dégage de l’acide carbonique : Fe 2 0 3 . (C 2 0 3 ) 3 =s 2Fe O. C 2 0 3 + 2C0 2 . Le fer est donc réduit et un équivalent d’acide oxalique est brûlé; l’oxalate ferreux insoluble se précipite.

Le ferricyanure de potassium se conduit, d’après M. Chastaing 4 , comme un mélange de matière organique et métallique. Les solutions s’altèrent à la longue et deviennent aptes à précipiter les persels de fer par suite de la formation de ferrocyanuro. L’oxygène atmosphérique n’est pour rien dans la réaction, qui est duo tout entière à la lumière (Yogel et Kirmayer s ). Les rayons les plus efficaces pour produire cette altération sont les rayons violets; mais, le forrocyanure s'oxydant à mesure qu’il se forme, sous l’action des rayons mêmes qui lui donnent naissance, il semble en définitive que toutes les radiations ont sur le ferricyanure un égal pouvoir réducteur (Ghastaing).

Le nitroprussiate de soude, que nous pouvons rattacher au sel précédent, donne également un précipité de bleu de prusse lorsqu’on expose sa solution à, la lumière (Roussin “).

Sels de mercure. — On n’a constaté que l’altération du tartrate et de l 'acétate mercureux. Ces sels noircissent à la lumière

i Philosoph. Transact. (2), 1842, pag. 181.

3 Marchand, Ann. de Ghim. et de Phys. (4), tom. XXX, pag. 302,

* Sec. Marchand, ioc. cit.; Draper, Pharmac. Journ., 1851.

* Ann. de Chim. et de Phys. (5), tom. XI, pag. 203.

1 N eues Reporter. f.Pharm., XI, pag. 350, 1803.

« Journ. de Pharm. et de Ghim. (3), tom. XLIV, pag. 480, 1863.

sous l’action réductrice exercée par l’acide aux dépens de l’oxygène de la base.

§ II. Mélanges de matières minérales et organiques.

Un certain nombre de sels minéraux, stables par eux-mêmes, se dédoublent au contact des matières organiques qu’on leur associe parfois dans la pratique pharmaceutique ou qui viennent accidentellement à leur contact.

Sels de fer. — On a surtout étudié le perehlorure de fer, seul composé ferrique dont l’emploi soit fréquent. Berzélius avait déjà observé qu’une solution alcoolique de chlorure ferrique se décolore à la lumière, qu’il se dépose de l’oxyde de fer et qu’il se forme du protochlorure. Vogel ‘ constata que le même sel dissous dans l’éther se décolorait bien plus promptement derrière un verre rouge et déposait des cristaux blancs de protochlorure. M. Chastaing a montré en outre que, si d’une part les radiations violettes font passer au minimum le chlorure ferrique, ce sont les rayons rouges qui forment un peu de sesquioxyde de fer.

Ces observations suffisent à expliquer la décoloration de la teinture de Bestuchef exposée à la lumière. En présence du mélange éthéro-alcoolique, le perehlorure est ramené à l’état de protochlorure avec formation d’acide chlorhydrique, dont une partie se transforme aussitôt en éther chlorhydrique.

Le médicament constitue sous cette nouvelle forme les gouttes blanches de Bestuchef. Ces dernières reprennent leur coloration jaune dans l’obscurité par une réaction inverse, l’acide chlorhydrique resté libre dissolvant de nouveau le protochlorure ; mais, comme il n’est plus en quantité suffisante pour reproduire tout le perehlorure détruit, il reste un peu de chlorure ferreux qui

4 Journ. de Pharm., tom, I, pag. 193, 1815.

finit par s’oxyder à l’air et former de l’oxychlorure de fer. On a alors la vraie teinture de Bestuchef des anciens ; sa préparation durait six mois 1 .

Le sirop de perchlorure de fer subit des transformations analogues. Lorsqu’il vient d’être préparé, il a une couleur jaune d’or, une saveur astringente, puis atramentaire; il coagule l’albumine. Après un temps qui varie suivant l’intensité lumineuse, il perd sa couleur, ne précipite plus par le ferrocyanure de potassium et ne coagule pas l’albumine. Il s’est formé du chlorure ferreux ; en même temps le sucre s’est interverti (Duroy a , Gomar 3 ).

Sels de mercure. — Le calomel s’altère sous l’influence seule de la lumière; lorsqu’on l’associe à des matières organiques, sa décomposition est bien plus rapide.

Le chlorure mercurique est très stable dans les conditions ordinaires ; au contact des matières organiques, il passe rapidement à l’état de chlorure mercureux. C’est à une cause de ce genre qu’il faut évidemment rapporter le dépôt de calomel que la solution aqueuse de sublimé présente après une longue conservation : les poussières organiques de l’atmosphère, arrivant peu à peu au contact du liquide, ont joué le rôle d’agents réducteurs.

Une solution de bicblorure additionnée d’acide oxalique ou d’oxalate d’ammoniaque donne à la lumière du protochlorure et de l’acide chlorhydrique ; il se dégage en môme temps de l’acide carbonique 4 . On a proposé d’utiliser cette réaction pour préparer le calomel 5 . D’après Yogel *, le même sel dissous dans

< Guibourt, Pharra. raisonnée, 1834, loin. II, pag. 91 ; Soubeiran et Regnauld, Traité doPharm., 1875, tom. II, pag. G04 ; Bourgoin, Pharmacie galénique, 1880, pag. 323.

1 Journ. de Pharm. et de Chim. (3), tom. XXXVII, pag. 321, 1860.

3 Journ. de Pharm. et de Chim. (3), tom. XXXIX, pag. 287, 1861.

* Becquerel, La Lumière, tom. II, pag. 69, 95, 1870.

5 Uloth, Year book of Pharm., pag. 185, 1871.

« Journ. de Pharm., tom. I, pag. 193, 1815.

l’éther et exposé au soleil derrière un verre bleu, laisse précipiter du calomel et du carbonate mercureux, l’éther ayant été en partie brûlé. Mais il est un médicament dans lequel le bichlorure de mercure est constamment associé à une substance organique : c’est la liqueur de Yan Swieten (solution aqueuse alcoolisée). Cette préparation laisse toujours déposer au bout d’un certain temps d’exposition à la lumière diffuse une quantité de calomel de plus en plus considérable.

Nous placerons à côté de cette altération la transformation en calomel que subit le sublimé introduit dans le sirop de salsepareille simple et dans le sirop de Cuisinier (Boullay ‘). Suivant les observations de Mialhe et de Lepage a , le sucre de canne ne produit pas cette réduction, tandis que le glucose l’opère rapidement. Mais on sait que les solutions de saccharose s’intervertissent à la lumière ; d’ailleurs, les matières extractives contenues dans les deux sirops suffisent sans doute à provoquer l’altération.

Sels d'argent. — L’oxyde d’argent et les sels argentiques se réduisent aisément au contact des substances organiques. Nous signalerons surtout l’altération du nitrate d’argent, qui est le seul de ces composés dont l’usage soit fréquent.

Hermbstadt observa le premier qu’une solution étendue de ce sel devient rouge au bord de la mer, et attribua la cause de cette altération à un principe gazeux contenu dans l’air. Vogel, adoptant d’abord cette opinion, crutqu'il y avait dans l’air des traces de chlorures qui agissaient.

Zimmermann attribua plus tard ce changement à une matière végéto-animaleparticulière, qu’il appela pyrrhine, et qu’il voyait apparaître dans les solutions. Mais Yogel 3 démontra plus tard

1 Journ. de Pharm. et de Chim. (3), tom, VIII, pag. 190, 1845. Le travail antérieur de Boullay y est analysé.

J Journ. de Pharm. et de Chim. (3), tom. VIII, pag. 61, 1845.

8 Journ. de Pharm., tom. XV, pag. 124, 1829.

expérimentalement que toute matière organique a la propriété de décomposer une solution de nitrate d’argent en présence de la lumière.

C’est à l’action des poussières atmosphériques de nature organique que les cristaux et les solutions de nitrate d’argent doivent la propriété do se réduire spontanément et de noircir lorsqu’on les conserve à l’air et à la lumière.

Sels d'or. —Tous les composés auriques, et en particulier le chlorure d’or etde sodium, qui est le plus usité en médecine, se réduisent et déposent de l’or métallique au contact des matières organiques.

Les diverses préparations galéniques de ces composés (sirops, pilules, etc.) perdent très rapidement leur principe actif.

Sous-nitrate de bismuth. — Lorsqu’on prépare ce corps, il faut avoir soin de le dessécher à l’abri de la lumière, car il se réduit et se colore en gris violacé au contact du papier et des matières organiques, sous l’influence de la radiation 1 .

Acide chronique et chromâtes. — L’acide chromique en solution alcoolique étendue se réduit à la température ordinaire et laisse déposer un hydrate de chrome ; l’alcool s’oxyde et donne de l’aldéhyde et de l’acide acétique 2 .

Les bichromates alcalins se décomposent de la môme manière; un papier imprégné de bichromate de potasse se colore en brun 11 .

Des poussières organiques produiraient, à la longue, les mômes effets.

Le permanganate de potasse subit une décomposition semblable dans les mômes conditions.

Arsénites alcalins. — Nous avons vu, dans le Chapitre précé-

1 SouBEiKAwet Rkgnauld, Traité de Pharm., 1875, pag. 651. î Poutou, Biblioth. de Genève, nouv. sér., tom. XXIII, pag, 414; Bmcqueuki., Gompt. rend., tom. X. pag. 469.

dent, que les solutions d’arsénites alcalins renfermaient bientôt de l’arséniate, par suite de l’oxydation du sel. M. Bretet* a étudié l’influence des matières organiques sur ces corps. Il a conservé un an à l'abri de Vair et de la lumière, d’une part une solution d’arsénite dans l’eau distillée et d’autre part de la liqueur de Fowler, qui renferme normalement de l’alcoolat de mélisse. La première est restée inaltérée, la seconde a perdu 3,7 d’acide arsénieux. En exagérant la dose d’alcoolat, la quantité d’arsenic perdu augmente. Au fond du flacon, on trouve un produit solide sous forme de paillettes irisées, dont les réactions se rapportent k l’arsenic. Il y a donc eu réduction du sel. On doit conclure, de cette expérience et de ce que nous avons constaté précédemment, que la solution de Fowler conservée à la lumière et en présence de l’air subit deux influences contraires : l’arsénite tend à s’oxyder par l’action seule de la lumière et de l’air et à se réduire par l’action de la matière organique. Mais, dans les conditions ordinaires, l’action oxydante l’emporte sur l’action réductrice.

1 Journ. de Pharm. et de Chim. (4), tom. XXX, pag. 355, 1879.

Page 1