‹ Altérations et Conservation Des Médicaments Chimiques et GaléniquesChapitre 1 sur 37 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les médicaments ne conservent pas, à l'état immuable, les propriétés qu'ils possèdent au moment de leur préparation. Soumis à une loi générale à laquelle n'échappe aucun corps animé ou inanimé, ils éprouvent, sous. des influences multiples, des modifications de nature très diverse ; en un mot, ils s’altèrent. Plus ou moins rapides, plus ou moins profondes, ces modifications sont parfois pratiquement négligeables ; toutefois, il n’est peut-être pas un seul médicament qui leur échappe, lorsque les influences susceptibles de les produire s’exercent d’une facon suffisamment prolongée. à - On peut donc dire que tout médicament que l’on vient de préparer entre aussitôt en voie d’altération. Beaucoup de ces altérations étaient connues des anciens pharmacologistes, car elles se révèlent par des caractères appréciables à nos sens, par exemple par des modifications de couleur, d’odeur, de saveur, de consistance, par la formation de précipités, par un dégagement de gaz. Par contre, un grand nombre de modifications, ne se traduisant pas par des manifestations extérieures, nettement perceptibles, ont passé longtemps inaperçues, parce qu'on manquait des notions ou des méthodes indispensables à leurappréciation. Pour constater,par exemple, des changements dans l'acidité où dans l’alcalinité d’un produit, il est indispensable dé savoir préalablement ce qu'est un acide ou un alcali, et il faut en outre pouvoir disposer de méthodes appropriées, en vue de la mesure de cette acidité ou de cette alcalinité. On est ainsi amené à penser que, même à l'heure actuelle, il est certaines altérations des médicaments qui doivent nous être encore totalement inconnues.

On n’a eu pendant longtemps que des connaissances tout

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à fait inexactes sur la nature et, à plus forte raison, sur les ‘causes des altérations observées. Comment, en effet, aurait-on pu concevoir d’une manière raisonnable la facon dont l'air détermine des altérations chez divers principes médicamen- . teux, alors qu'on ne connaissait ni la composition, ni la : nature même de l'air? Dans un autre ordre d'idées, alors qu'on avait déjà quelque connaissance des produits fournis par diverses fermentations, par la fermentation alcoolique: par exemple, on se livrait encore, à l’occasion dé ces dernières, à des discussions plus ou moins précises qui aboutissaient à la méconnaissance de leurs véritables causes ; c'est assez dire que les agents des modifications produites dans les médica- : ments par les divers ferments organisés ont été pendant longtemps complètement ignorés:

Quoi qu'il en soit, cette ignorance dela nature ou des causes de certaines di tion de médicaments n'a pas empêché -que, dans bien des cas, les anciens pharmacologistes étaient ‘arrivés néanmoins à prévenir cés altérations ou à y rewédier partiellement. Les méthodes de conservation qu'ils utilisaient n'étaient évidemment pas des méthodes raisonnées, déduites de la nature des causes, comme cela aurait pu être si ces dernières avaient été clairement connues; c'étaient des méthodes établies empiriquement, d’après de bons résultats obtenus antérieurement, dans des circonstances analogues. IT se trouve, aujourd'hui, d’ailleurs, que ces méthodes, -tout à fait appropriées à leur but, ne sont autres que celles que la théorie aurait pu permettre d'établir. C'est ainsi que, depuis plus d'un siècle, pour conserver les sues végétaux, on conseille de les embouteiller immédiatement après leur préparation et de maintenir, pendant un temps donné, les flacons qui les contiennent dans un bain d’eau bouillante. Nous savons maintenant que cette opération a précisément pour résullat de détruire les ferments contenus dans les sucs, et c’est une méthode que le raisonnement nous aurait conduits à élaborer, si elle ne nous était déjà transmise par nos devanciers.

Il est loutefois bien évident que l'ignorance de la nature et de la cause des altérations éprouvées par un médicament est plutôl une circonstance défavorable à l'établissement de

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procédés convenablement appropriés à une bonne conservation de ce médicament.

C'est pourquoi l’on ne saurait séparer l'étude de la conser- ‘vation des médicaments de celle des causes et de la nature de leurs ältérations : la première, dont le but est essentiellement. pralique et utile, ne peut-être abordée d’une manière profitable que sila seconde a déjà fourni ses conclusions. Toute altération d’un ordre déterminé sera prévenue ou atténuée par un mode de conservation spécifique; le remède sera d’autant mieux choisi que la maladie sera mieux connue.

Toutes ces considérations nous font entrevoir l'infinie variété d’une étude qui doit traiter des altérations et de la conservation des médicaments chimiques et galéniques. Si, d'une part, les médicaments sont très nombreux, les causes d’altération sont, d'autre part,.éminemment variées, de telle sorte que l’exposition du sujet est rendue difficile par une pareille diversité. ee

Il semble bien que l'étude des altérations doive être précédée de la connaissance, au moins sommaire, de la nature des divers agents capables de les produire. Dans une première partie de ce travail, on étudiera donc rapidement les divers agents susceptibles d'agir sur les médicaments, et de les modifier plus ou moins profondément.

Dans une deuxième partie, on exposera les altérations et la conservation des médicaments de composition définie, en un mot, des médicaments chimiques.

Dans une troisième partie, on envisagera plus spécialement les médicaments galéniques, à propos desquels beaucoup des notions antérieurement exposées trouveront alors leur application.

Le point de vue pratique ne sera pas négligé : pour chaque médicament ou pour chaque groupe de médicaments, les meilleurs modes de conservation seront indiqués immédiatement après l'étude qui sera faite de leurs altérations possibles. Ce sont, en effet, la cause et la nature de ces dernières qui déterminent le choix du mode de conservalion adopté; le procédé suivi apparaît alors d'autant plus compréhensible qu’on connaît mieux la défectuosité à laquelle il doit remédier.

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On constatera sans doute dans les diverses parties de ce travail quelques empiétements de l’une sur l’autre; iln’'en saurait être autrement, car il faudra, par exemple, dans la première partie, aborder, pour pouvoir être compris, certains sujets qu’on aurait peut-être voulu voir traités dans la deuxième ou la troisième partie. L'important pour le lecteur est qu'il puisse facilement trouver les renseignements cherchés; aussi, m’efforcerai-je de lui rendre la besogne moins pénible, en mettant à sa disposition une table aussi pratiquement utilisable que possible.

Parmi les faits qui seront rapportés, beaucoup sont depuis longtemps connusetuniversellement admis; il n’y aura donc pas lieu de s'attarder longuement à leur exposé. D’autres, au contraire, dont la nature exacte a été plus récemment entrevue, retiendront un peu plus longtemps notre attention, comme il convient que cela soit dans un travail de mise au point. Au lieu de se complaire longuement dans la description d’un passé définitivement acquis, n'est-il pas préférable, en effet, de dégager des recherches récentes ce qui peut con-

duire à quelque profit pour l'avenir?

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