ACTE II, SCÈNE IV
Les temps sont-ils changés, si ton cœur ne l'est pas, SI ta fille ost fidèle à ses vœux, à sa Rloire, Si Zaïiiore est présont encore a sa mi-moire? Tu (iéloiirnes les yeux, tu pleures, lu gémis!
MONTÈZE.
Zamore infortuné!
ZAMORE
Ne suis-je plus ton fils?
Nos tyrans ont flétri ton âme magnanime; Sur le bord de la tombe ils t'ont appris le crime.
MONTÈZE.
Je ne suis point coupable, et tous ces conquérants,
Ainsi (|ut! lu le crois, ne sont point dos tyrans.
Il en est (jue le ciel guida dans cet empire,
Moins i)our nous contjuérir (ju'afin de nous instruire;
Qui nous ont apporté de nouvelles vertus,
Des secrets immortels, cl des arts incoiuius,
La science de l'homme, un grand exemple à suivre;
Enfin l'art d'être heureux, de penser, et de vivre'.
ZAMOIU..
Que dis-tu? quelle horreur ta bouche ose avouer! Alzire est leur esclave, et lu peux les louer!
MONTÈ/E.
Kl le n'est point esclave.
ZAMORE
Ah, Montèze! ah, mon père!
Pardonne à mes malheurs, pardonne .i ma colère; Songe (|u'elli' est i\ moi par d<'s nœuds éternels : Oui, lu me l'as promise aux pieds des innnortels; Ils ont reçu sa foi, son cœur n'est point parjure'.
MOMi:ZE.
N'atteste point ces dieux, enfants de l'imposture. Ces fantômes aiVreux, (|ue je ne cuimais plus; Sons le Dieu que J'adore ils sont tous abattus.
ZAMORE
Quoil ta religion? (juoi I la loi de nos pères?
I Moiilè^o a tait de giaiulrt et rapides progrès k ■on &gel l.% «eicnce de l'Iionime, l'an «le pi-iisi r soril <les expreKsionn surprenaiitcfl uour le lemps, le lieu et le neiMiiiiiasc. Volluire pense à L(»cke, h diiiidilliu'., à la Kruiicc, il oiiMio Moiieic el l'Amérique.
Vuiii iloTiej à '«>n lort unir tout nias motnontk. J« «léftndrol iii<-> (Irnlli fondiii >ur tih ■•rinanu.
Il>«ln*. I/<A<|. Ml. IV, M. «I.
30 ALZIRE
MONTÈZE.
J'ai coiiiui son ni^ant, j'ai quitté ses chimères. Puisse le Dieu des dieux, dans ce monde ignoré, Manifester son ôire à ton cœur éclairé ! Puisses-tu mieux connaître, ô malheureux Zamore, Les vertus de l'Europe, et le Dieu qu'elle adore!
ZAMORE
Quelles vertus! Cruel, les tyrans de ces lieux T'ont fait esclave en tout, t'ont arraché tes dieiix. Tu les as donc trahis pour trahir ta promesse? Alzire a-t-elle encore imité ta faiblesse? Garde-toi...
MONTÈZE.
Va, mon cœur ne se reproche rien :
Je dois bénir mon sort, et pleurer sur le tien.
ZAMORE
Si tu trahis ta foi, tu dois pleurer sans doute.
Prends pitié des tourments que ton crime me coûte.
Prends pitié de ce cœur, enivré tour à tour
De zèle pour mes dieux, de vengeance et d'amour.
Je cherche ici Gusnian, j'y vole pour Alzire ;
Viens; conduis-moi vers elle, et qu'à ses pieds j'expire.
Ne me dérobe point le bonheur de la voir;
Crains de porter ''amore au dernier désespoir;
Reprends un cœur humain, que ta vertu bannie...