‹ Alzire, tragédie;Chapitre 48 sur 50 · ESPAGNOLS · texte numérisé non relu

ESPAGNOLS

ALONZE

On amène à vos yeux votre mallieu'*eux lils; SeiniHMir, entre vos bras il veut quitter la vie. Du jieuple (|ui l'aimait une troupe en furie, S'empressant près de lui, \lenl se r;iss;isier Du sang de son épouse et de son meurtrier.

sci:nk vu.

MAAHKZ, CUSMAN, MOMflZK, ZAMORK, ALZIUE,

AUÉRICAt^S, SOLDATS.

CAMORE.

Cruels! sauvez Alzire, et pressez mon supplice!

ALKIHK.

Non, (|u'unc alTreuse mort tous trois nous réunisse.

64 AÎ.ZIRE

ALVAREZ

Mon fils mourant, mon fils, ô comble de douleur!

ZAMORE, à Gusman.

Tu veux donc jusqu'au bout consommer ta fureur! Viens, vois couler mon sang, puisque tu vis encore; Viens apprendre à mourir en regardant Zamore.

GUSMAN , à Zamore.

11 est d'autres vertus que je veux l'enseigner ' : Je dois un autre exemple, et je viens le donner.

{A Alvarez.) Le ciel, qui veut ma mort, et qui l'a suspendue, Mon père, en ce moment m'amène à votre vue. Mon âme fugitive, et prôte à me quitter, S'arrête devant vous., mais pour vous imiter. Je meurs; le voile tombe; un nouveau jour m'éclaire: Je ne me suis connu qu'au bout de ma carrière; /.^^

J'ai fait, jusqu'au moment qui me plonge au cercueil, " ■"'' Gémir l'humanité du poids de mon orgueil. Le ciel venge la terre : il est juste ; et ma vie Ne peut payer le sang dont ma main s'est rougie. Le bonheur m'aveugla , la mort m'a détrompé. Je pardonne à la main par qui Dieu m'a frappé. J'étais maître en ces lieux . seul j'y commande encore ; Seul je puis faire grâce, et la fais à Zamore. Vis, superbe ennemi , sois libre , et te souvien Quel fut, et le devoir, et la mort d'un chrétien.

(A Montèze, qui se jette à ses pieds.) Montèze , Américains qui fûtes mes victimes. Songez que ma clémence a surpassé mes crimes. Instruisez l'Amérique; apprenez à ses rois Que les chrétiens sont nés pour leur donner des lois.

(A Zamore.) Des dieux que nous servons connais la différence : Les tiens t'ont commandé le meurtre et la vengeance; Et le mien , quand ton bras vient de m'assassiner,

1 « Voltaire a souvent raconté qu'il avait été fort longtemps sans pouvoir trouver un dénnûment pour Alzire , dont il fût content. Tout !e monde, d'ailleurs, trouvait son plan impraticable. Censuré de tous côtés ei ne trouvant point de cinquième acte, il était prêt à se rebuter lorsqu'une nuit l'idée du pardon de Gusman, et celle du changement de religion proposé à Zamore lui vinrent à la fois. Il se leva sur-le champ et ne quitta point l'ouvrage qu'il ne fût achevé, et il l'envoya à Paris, malgré les critiques. » (La Harpe.)

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