‹ AlzireChapitre 31 sur 47 · ALVAREZ, GUSMAN · texte numérisé non relu

ALVAREZ, GUSMAN

ALVAREZ

Méritez donc, mon fils, un si grand avantage. Vous avez triompiié du noml)re et du courage; Et, de tous les vengeurs de ce triste univers. Une moitié n'est plus, et l'autre est dans vos fers. Ah ! n'ensanglantez point le prix de la victoire' ! Mon fils, que la clémence ajoute à votre gloire ! Je vais, sur les vaincus étendant mes secours, Consoler leur misère, et veiller sur leurs jours. Vous, songez cependant qu'un père vous implore; Soyez homme et chrétien : pardonnez à Zamore. Ne pourrai-je adoucir vos inflexibles mœurs? Et n'apprendrez-vous point à conquérir des cœurs ?

GUSMAN

Ah! vous percez le mien''. Demandez-moi ma vie Mais laissez un champ libre à ma juste furie; Ménagez le courroux de mon cœur opprimé. Comment lui pardonner 1 le barbare est aimé.

ALVAREZ

Il en est plus à plaindre.

GUSMAN

A plaindre? lui, mon père!

Ah ! qu'on me plaigne ainsi, la mort me sera chère.

ALVAREZ

Quoi! vous joignez encore à cet ardent courroux

1 11 est évident que le prix de la victoire est là parce que voire victoire n'aurait pas suffi à la rime.

S Ce jeu de mois sur cœur conviendrait à peine dans une comédie. Deux vers plus bas nous voyons ce même cœur opprimé.

La fureur des soupçons, ce tourment des jaloux'?

GUSMAN

Et vous condamneriez jusqu'à ma jalousie? Quoi ! ce juste transport dont mon âme est saisie, Ce triste sentiment, plein de honte et d'horreur, Si légitime en moi, trouve en vous un censeur! Vous voyez sans pitié ma douleur effrénée- !

ALVAREZ

Mêlez moins d'amertume à votre destinée; Alzire a des vertus, et, loin de les aigrir, Par des dehors plus doux vous devez l'attendrir. Son cœur de ces climats conserve la rudesse, H résiste à la force, il cède à la souplesse. Et la douceur peut tout sur notre volonté '.

GUSMAN

Moi, que je flatte encor l'orgueil de sa beauté? Que, sous un front serein déguisant mon outrage, A de nouveaux mépris ma bon" té Tencourage* ? Ne devriez-vous pas, de mon honneur jaloux. Au lieu de le blâmer, partager mon courroux? J'ai déjà trop rougi d'épouser une esclave Qui m'ose dédaigner, qui me hait, qui me brave, Dont un autre à mes yeux possède oncor le rœur\ Et que j'aime, en un mot, pour comble de malheur.

1 Gusman n'en est pas à soupçonner. Tout ce dialogue est bien faible.

2 Douleur effrénée est plus que négligé.

3 Ces trois vers sont mauvais; le rapport du cœur d'Alzire au climat devrait s'étendre au vers suivant et il n'en est rien. La métaphore est brusquement interrompue. SoupUsse esl un mot impropre, et le poëtc ajoute un vers parasite pour introduire celui de douceur, qui est le seul juste.

4 Ces vers reproduisent une idée déjà exprimée par Racine :

AUez, enlai jnrant que votre Slme Tadore, A de nouveauz mépris l'enconrager encore.

Andromaque y act. U, se. v.

5 Ce sentiment si cruel dans l'amour a inspiré des traits touchants à Corneille et à Racine .-

Faible soulagement d'un malheur s.ins remède ! Paalîne '. je verrai qu'un autre vous possède.

Polyeueie, iict II, 50. i..

Et cependant un autre Pouédera ce cOïnr don» j'aHiraia les vœux.

Mithrid., act. II, gc. vi.

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