ACTE IV, SCÈNE IV
Pars , ne perds point de temps ; prends ce soldat pour guide ,
Trompons des meurtriers l'espérance lioniicide;
Tu vois mon désespoir et mon saisissement :
<;'est à toi d'épargner la mort à mon amant,
Vn crime à mon époux, et des larmes au monde.
L'Aniéricpie t'appelle, et la nuit te seconde ;
Prends pitié de ton sort, et laisse-moi le mica.
ZAMORE
Esclave d'un barbare, épouse d'un chrétien, Toi qui m'as tant aimé, tu m'ordonnes de vivre! Eh bien ! j'obéirai. Mais oses-tu me suivre ? Sans trône, sans secours, au comble du malheur. Je n'ai plus à t'offrir qu'un désert et mon cœur. Autrefois à tes pieds j'ai mis un diadème.
AI.ZIHE.
Ah? qu'était-il sans toi? qu'ai-je aimé que toi-même? Et qu'est-ce auprès de toi que ce vil univers? Mon âme va te suivre au fond de tes déserts. Je vais seule en ces lieux, où l'horreur me consume , Languir dans les regrets, sécher dans l'amertume. Mourir dans le remords d'avoir trahi ma foi. D'être au pouvoir d'un autre, et de brûler pour toi. Pars , emporte avec toi mon bonheur et ma vie ; Laisse-moi les horreurs du devoir qui me lie. J'ai mon amant ensemble et ma gloire à sauver '. Tous deux me sont sacrés ; je les veux conserver.
ZAMORE
Ta gloire ! Quelle est doue cette gloire inconnue ?
moment. Ce n'est pas tout: Gusman vient de quitter Alzire. Od est-il dans cet instant? que fait-il? on ne doit pas l'ignorer. Comment, après tout ce qui s'est passé, laisse- t-il à sa femme la liberté d'être seule dans la nuit et d'entretenir son amant? Cette conduite est bien étrange, et un vers de h pièce la rend encore plus inexplicable. Dans le récit que fait plus loin la suivante d'Al- 7.ire de ce qui vient de se passer entre Zamore et le soldat, se trouve ce vers .-
Au palais de Gusman je le vois qui 8*avaiice.
Oii est donc le lieu de la scène, si ce n'est pas dans ce même palais de Gusman et d'Alvarez, dans le palais du gouverneur? Supposons encore qu'on ait mis palais au lieu d'appartement, qui était le iiKil propre, mais alors comment Ahiro, au milieu de la nuit, n'estelle pas dans rapparicment de son éiioux:* » Jm //ar;j«.) 1 J'ai votre ûllo enaernblo et ma gloiic ii ditfcndrc.
Racine, Iphiféim, «et. IV, sa. vi.
Quel fantôme d'Europe a fasciné ta vue ?
Quoi : ces affreux serments qu'on vient de te dicter.
Quoi ! ce temple clirétieii que tu dois détester.
Ce Dieu , ce destructeur des dieux de mes ancêtres ,
T'arrachent à Zamore , et te donnent des maîtres?
J'ai promis ; il suffit : il n'importe à quel dieu.
ZAMORF..
Ta promesse est un crime , elle est ma perte ; adieu. Périssent tes serments, et ton Dieu que jabhorre !
Arrête : quels adieux! arrête, cher Zamore '
ZAMORE
Gusman est ton époux !
Plains-moi , sans ni'oulrager.
Songe à nos premiers noeuds.
Je songe à ton danger.
ZAMORE
Non , tu trahis , cruelle , un feu si légitime.
Non , je t'aime à jamais ; et c'est un nouveau crime. Laisse-moi mourir seule : ôte-toi de ces lieux. Quel désespoir horrible étincelle en tes yeux? Zamore...
ZAMORE
C'en est fait.
Où vas-tu?
ZAMORE
Mon courage De celte liberté va faire un digne usage '.
Tu n'en saurais douter, je péris si tu meurs.
ZAMORE
Peux-tu mêler l'amour à ces moments d'horreurs?
1 « Cette sortie de Zamore laisse le spectateur dans une grande impatience de savoir ce qu'il aura fait. Le récit d'Ernire, et ensuite la scène où l'on vient arrêter Alzire , augmentent encore l'incertitude et la terreur. » (ia Harpe.)