‹ AlzireChapitre 40 sur 47 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

MONTÈZE, ALZIRE.

Ah ] mon père !

MONTÈZE.

Ma fdle , où nous as-tu réduits ?

i •• Flotter l'incertitude dam Vhorrsur de l'inquiétude est une surabondance de mois qui même ne voni pas bien ensemble. » (La Harjie.)

2 Voltaire se copie après avoir copié Racine. Il a dit dans Zaïre, act. IV, se. 1 :

Ah! que fait Orosmare ? U ne s'informe pu Si j'auends loin de lai la vie ou le trépas.

Et Racine l'avait devancé dans Andromaque, act. V, se. I :

n ne s'informe pas Si l'on souh»ile ailleurs sa Tie ou son trépas.

AI.ZIRE, ACTE V, SCENK il. 57

Voilà de ton amour les exécrables fruits. Hélas! nous demandions la t];iâce de Zamore; Alvarez avec moi daignait parler encore : Un soldat à l'instant se présente à nos yeux ; C'était Zamore même , égaré, furieux; Par ce déguisement la vue était trompée. A peine entre ses mains j'aperçois une épée : Entrer, voler vers nous , s'élancer sur Gusman , L'attaquer, le frapper, n'est pour lui qu'un moment. Le sang de ton époux rejaillit sur ton père' : Zamore, au même instant déjjouillant sa colère , Tombe aux pieds d'Alvarez , et . tranquille et soumis , Lui présentant ce fer teint du sang de son fils : « J'ai fait ce que j'ai dû , j'ai vengé mon injure ; « Fais ton devoir, dit-il , et venge la nature. » Alors il se prosterne , attendant le trépas. Le père toutsanglant se jette entre mes bras; Tout se réveille , on court , on s'avance , on s'écrie, On vole à ton époux , on rappelle sa vie ; On arrête son sang , on presse le secours De cet art inventé pour conserver nos jours-. Tout le peuple à grands cris demande ton supplice. Du meurtre de son maître il te croit la complice ;

Vous pourriez...

MONTÈZE.

Non , mon cœur ne t'en soupçonne pas ; Non , le tien n'est pas fait pour de tels attentats ; Capable d'une erreur, il ne l'est point d'un crime ; Tes yeux s'étaient fermés sur le bord de l'abîme. Je le souhaite ainsi, je le crois : cependant

I Ainsi le père d'Alzire était dans la chambre de Gusman et Alzire n'y était pas. C'est à n'y rien eumprendre. Quoique Voltaire cherclie à voiler ces invraisemblances en faisant dire plus haut à Moiitèze :

on voit trop que le moment est mal choisi pour une délibération ; qu'il n'y a pas urj<eiM-e à prononcer immédiatement sur le sort de Zamore dont on n'a rien à ciaindrc, cl que puur tout dire personne are moment n'est où il devrait êire.

2 Périphrase pour désigner la médecine, qui oublie quelquefois pourquoi elle a été inventée.

Ton époux va mourir des coups de Ion amant. On va te condamner ; tu vas perdre la vie Dans l'iiorreur du supplice et dans l'ignominie ; El je retourne enfin , par un dernier cflorl , Demander au conseil et ta grâce et ma mort.

ALZmE.

Ma grâce ! à mes tyrans? les prier ! vous , mon père.

Osez vivre et m'aimer, c'est ma seule prière.

Je plains Gusman ; son sort a trop de cruauté ;

Et je le plains surtout de l'avoir mérité.

Pour Zamore , il n'a fait que venger son outrage;

Je ne puis e-xcuser ni blâmer son courage.

J'ai voulu le sauver, je ne m'en défends pas.

Il mourra... Gardez-vous d'empêcher mon trépas.

MONTÈZE.

0 ciel ! inspire-moi , j'implore ta clémence !

( Il son. )

Page 1