‹ Amador de LatourChapitre 11 sur 50 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

LES MÊMES, plus GLARNON et LAFLECHE.

Glarnon sort et revient à l'instant, suivi de Laflètlie, un courrier.

LAFLÈCHE

Mon maître de Champlain nia donné cette lettre. Tel qu'ordonné, je dois à vous seul la remettre.

DE LATOITR.

Vous me semblez, mon brave, uu courrier de sang-

[froid.

J'attache à mon service un tel gaillard adroit.

(Il déplie et lit le message.)

DUBOSQ.

Des Indiens, chez vous?

LAFLÈCHE

Oh! très peu, rien ne bouge:

Champlain a su donner la leçon au Peau-Eouge.

Ici, vous fourmillez de ces sales traînards. Deux fois je suis tombé, pris à leurs traquenards; A l'anse du Cibou, j'ai flambé, sans mégarde. Un chef qui prétendait me tenir sous sa garde. J'ai pris ce tomahawk en souvenir de lui.

(Montrant un tomahawk à sa ceintvu-e.) DUBOSQ, riant.

Peut-être voulait-il vous prêter son appui?

LAFLÈCHE

Ventregris!. . . je suis d'âge à savoir me conduire.

Vous le montrez.

LAFLÈCHE

Hier soir, ils étaient à me cuire.

Au poteau garrotté, j'insultais ces méchants. Aiguisant sous mes yeux leurs horribles tranchants, Lorsque soudain un blanc. . .

DUBOSQ.

Un blanc, est-ce possible?...

LAFLÈCHE

S'avance au-devant d'eux, — chose incompréhensible, —On tranche mes liens, on me laisse courir.

DUBOSQ.

Le reconnaîtrez-vous?. . .

LAFLÈCHE

Je le puis découvrir Entre mille : son front portait deux ligatures.

DUBOSQ, à la cantonade.

Mes soupçons prennent corps . . .

LAFLÈCHE

Malgré ces aventures, Me voici sain et sauf à l'abri du rempart ; Nous tâcherons demain de tailler large part.

DUBOSQ.

Gare aux Anglais!

DE LATOUR, qui a fini de lire le message.

Messieurs, pleurons sur un désastre.

De ce jeune pays, déjà s'assombrit Tastre. . .

Québec est aux Anglais. . .

DUBOSQ.

Québec!

GLABNON,

Nos agresseurs. . .

DE LATOVR.

Conduits par Louis Kertk, en sont les possesseurs.

DUBOSQ.

Louis Kertk, un Français?

BE LATOLK.

Hélas! un frère d'armes, Qu'Albion a séduit de ses odieux charmes, L^n soldat égaré, traître à nos étendards. Qui vient nous transpercer le coeur de mortels dards.

DUBOSQ.

Mais Eoquemont chargé de porter assistance?

DE LATOVR.

Battu, coulé malgré sa noble résistance, Et mon père est captif. . .

Votre père captif!

DE LATOIR.

Ce message m'apprend qu'il était sur l'Actif: Il accourait donner au drapeau de la France Le secours précieux d'un cœur plein d'espérance. — " Mon rêve, disait-il, dans son dernier envoi, Est de verser mon sang au service du Eoi.

LE BENABD.

Xous répandrons le nôtre.

Et j'accepte mon frère, Piiisqii'à mes. vœux le Ciel se déclare contraire, Sur votre bras J'ai foi pour défendre ces lieux; Dussions-nous y trouver un trépas glorieux.

DUBOSQ, tristement.

Mon vieux maître captif!... oh! quand le rever-

[ rai- je?

A Londres, je le vois enchaîné, mort. . . que sais-je?

DE LATOITK.

Consolons-nous, Dubosq, de si noble grandeur Que ce vaillant exemple anime notre ardeur! A nous de le venger et marcher sur sa trace. Mon être frémissant vibre sous la cuirasse.

DUBOSQ, avec regret.

S'il était avec nous. . .

Combien plus soucieux Je défendrais ces murs combattant sous ses yeux! Oh!. . . Je rêve un projet qui pourra vous paraître Insensé, mais j'y veux consacrer tout mon être. Cet amiral anglais qui croit tenir mon fort. Je le voudrais captif, je l'aurai vif ou mort. Pour acquitter en roi la rançon de mon père. Nous saurons le convaincre à quitter son repaire, A nous livrer l'assaut et, s'il passe les mers. Mon père y reviendra les bras libres de fers. Vous m'aiderez, Dubosq, à réussir peut-être.

DUBOSQ.

Vous aider?... tout mon sang pour racheter mon

[maître Et le revoir demain combattre à nos côtés!

Oui, ses jours d'exilé seront bientôt comptés. A notre France il faut des âmes généreuses Pour passer sans fléchir ces heures malheureuses. Frères, nous combattrons de Charles l'amiral Pour garder à Louis ce puissant littoral. Le sang qui doit couler fera germer les braves, Vos enfants qui jamais ne subiront d'entraves. J'entrevois sur ce sol nos pas victorieux. Le drapeau fleur de lis y flotter glorieux; J'écoute l'hosanna des sauvages peuplades, Je les vois se donner de franches accolades A l'ombre de la croix. Sur ce sol, vierge encor, J'entrevois les cités prendre un soudain essor, J'entends l'hymne de paix couvrir les chants de

[haine.

Le progrès brisera du mal la lourde chaîne, Eendant les cœurs unis et les hommes plus mûrs. Et vous aurez, soldats — architectes obscurs — D'avenirs radieux façonné l'édifice, Inscrivant au portail l'amour du sacrifice. La voilà votre tâche!. . .

DUBOSQ, enthousiasmé.

Amador, décrétez:

Vaincre nos oppresseurs ou mourir indomptés.

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