M. L'ABBÉ SYLVIO CORBEIL
Mon ancien professeur de Bkétorique,
M. L'ABBê JOSEPH VERSCHELDEN,
Mon confrère de classe.
A VOUS chers amis, je dédie ces quelques pages, discrètes fleurs cueillies le long des routes de la vie, par le soleil et la pluie, depuis ma sortie de Ste-Thérèse.
Elle est sans prétention, cette petite gerbe littéraire; conservant en elle un peu du parfum des choses d'autrefois, de cette saveur du collège que nos poitrines aiment à respirer au milieu des odeurs délétères du monde.
Ces pages vous rappelleront à la classe aimée, aux enseignements déjà lointains et qui toujours savent produire de solides fruits, d'inestimables trésors.
Heureux amis, vous y êtes encore en ces murs bénis du Séminaire. Pour moi, désertant un matin ce colombier, protecteur de notre gaie adolescence, j'ai parcouru bien des routes arides, heurté beaucoup d'obstacles, et d'étapes en étapes, vu s'envoler ces chères illusions de finissant, que la brusque réalité des choses nous arrache sitôt.
Oh oui, j'avais besoin d'évoquer vos noms, de revenir à ces seuils de l'amitié, vers cette solitude aimée du Séminaire, pour quelques heures vivre avec la famille térésienne, goûter votre repos, respirer vos brises vivifiantes, et sortir des vieilles poussières tout un monde de souvenirs exquis et caressés.
N'ai-je pas douce souvenance de cet ancien maître de rhétorique, cachant sous un aspect austère, l'exquise bonté d'une âme aimante et dévouée, nous initiant, sans heurt et sans friction, à ses doctes enseignements, source féconde de science et de vertu?
Sympathique, cœur aimant, érudit, il fut tout cela pour nous. A son commerce, nous aimions davantage l'étude, nous attachant de jour en jour à ces pierres aimées^ qui ont pour nom l'Àlma Mater.
Et que dire du confrère de la même classe, du même banc, dissipé au possible, nous enlevant en se" jouant les prix et les palmes, franc toujours comme l'épée de Eoland?
Ces joutes amicales, son agréable compagnonnage de huit courtes années, n'ont fait que resserrer davantage l'amitié du Séminaire ; cette amitié " œre perennius."
Il me plaît d'évoquer en ce moment ces quelques vers, adressés un jour à un de nos frères aînés, Mgr Emard, de passage à Ste Thérèse:
T'en souvient-il des joyeux ris, De ces jours pleins d'exubérance,
Paisibles instants Ecoulés dans l'insouciance D'un heureux printemps?
Te souvient-il des seuils bruyants :
Théâtre de joutes lointaines, Oii se retrouvaient assaillants, Eivaux sans aigreur et sans haines,
Elèves mutins.
Faisant des luttes inhumaines.
Aux grands mots latins?
Te souvient-il du rendez-vous Sous les arceaux de la chapelle, De la prière à deux genoux.
Heures calmes que l'âme appelle.
Doux épanchements, Où plus fort, le cœur renouvelle Ses premiers serments.
Cette dédicace, je vous la donne donc, chers amis, en souvenir de nos jours d'antan, ces heures ensoleillées de l'amitié!
Puisse ce petit volume vous rappeler un nom ami. Conservez ces quelques fleurs sauvages dans la serre chaude du souvenir, et je serai trop heureux.
Ahthue Geoffrion.