LA REVANCHE
.4. M. Pierre Vébert, Mailing (Almrr).
Pour le Madagascar, le bataillon est là.
Drapeaux flottants, qui passe, aux clameurs : " Les
[voilà! " Acclame-les, ces fils, ô ma France héroïque, Qui s'embarquent demain pour les déserts d'Afrique. Ils partent pour venger l'insulte à ton drapeau, Et sertir à ton sceptre un radieux joyau!. . . Ce soir d'Avril, un vieux regardait la phalange, Et songeait quand viendra l'heure où l'on se revenge ; Le souvenir de ceux écrasés dans Sedan, Sous Metz, des cœurs français n'auraient-ils plus
[l'élan, Et les reitres germains, pillards de la Moselle, Xous fouleraient encor, sans qu'enfin l'étincelle Du feu vengeur s'embrase?. . .
Et je vis, douloureux. Deux pleurs mouiller sa barbe et ses habits graisseux. Il songeait aux jours loin au franc-tireur d'Alsace, Il fauchait du Germain la cohorte rapace; Voici ce qu'il conta ce soir au cabaret, 0\i je l'avais conduit vider un gobelet.
En ces jours-là. Monsieur, je n'étais pas cet homme. Prolétaire sans toit, chassé, bête de somme Qui gîte sous les ponts.
Jadis, dans un réseau Du Jura verdoyant, libre comme l'oiseau. J'étais meunier heureux et par tout le village. Quand mon moulin joyeux jetait son babillage,
En broyant l'épi mûr, je remerciais Dieu De son soleil tâchant de l'aimer quelque peu. Mon épouse, cœur d'or, me rendait l'existence Bien douce, et mon Jeannot évoquait mon enfance Lorsque sur grand'maman jouait le cher bambin, Ses blonds cheveux cadrant son front de chérubin. Sous mon chaume rustique, on aidait la détresse Et mon enfant, toujours, avait une caresse, Pour le pauvre, un baiser.
La vendange approchait, A fabriquer les crus le hameau s'apprêtait. Oh! quel plaisir exquis de voir notre jeunesse, Brisant la grappe d'or, rivaliser d'adresse Et les lourds chariots rouler devant les seuils. Au bruit des gais lieds! ...
Qu'ils étaient loin ces [deuils, Ces douleurs d'aujourd'hui, les souvenirs funèbres!... Tout souriait alors.
Un soir dans les ténèbres; Du côté de Longwy, nous vîmes de grands feux; Le village flambait dans un vent furieux : Nous distinguions des corps s'affaler dans les
[flammes Des cris montaient vers nous, cris d'enfants, voix
[de femmes ; Et dans ce guet-apens, des hordes d'ennemis Frappaient les villageois presque tous endormis. Encor les Bavarois, ils traînaient un des nôtres. D'insultes abreuvant le meilleur des apôtres, Notre pasteur aimé, le curé du hameau!
Près de moi, réunis, contemplant ce tableau,
Se trouvaient tous les gars de la lande voisine, Pâles, l'âme vibrant:
" Frères, on assassine " Les nôtres, m'écriai-Je, aux armes les vaillants! "
Et tous courent s'armer de gourdins, de taillants, De fusils et des faux."
L'œil en pleurs, mon épouse Me disait " N'y va pas! "et moi je la repousse. Dans son petit berceau je presse mon Jeannot, Le cher ange sourit, tandis que d'un sanglot Ma poitrine se fend; ma mère, sur la porte, Me barre le passage, à demeurer m'exhorte. J'allais céder vaincu, quand des cris délirants Déchirent les échos, des appels de mourants; Je passe comme un fou, sur la route mes frères M'attendent, nous courons écraser les vipères. Dans le tas nous tombons, nos coups portent précis. Quel carnage on en fait! nous frappons sans mercis; Leur chef, un Bavarois, aux yeux glauques de bête. Arme son pistolet, je lui casse la tête. Ivre de sang, je tue, et les bandits criblés Se sauvent en hurlant comme des chiens cinglés. Après la boucherie, en pansant nos blessures. Des larmes s'épanchaient sur nos rudes figures, Eevoyant ce hameau, naguère plein d'ardeur, N'être plus qu'un amas de cendre et de hideur. Nous reprîmes contraints la route des mansardes. Où veillaient nos enfants, nos épouses sans gardes. Je sentais du malaise, un sinistre penser Persistant, plein d'effroi, qui venait m'oppresser. " Si les brigands là-haut "... et des frissons d'an-
[goisse Me faisaient tressaillir.
Soudain, de la paroisse,
De nos foyers déserts partent des cris affreux. Serait-ce les maudits?. . . Nul doute, ce sont eux Qui sèment, en fuyant, le meurtre et l'incendie. Oh! voyez ce tableau, horrible tragédie! Les nôtres qu'on égorge. . . et, quand dans ma mai-
[son Enfin je pénétrai, j'aperçus mon garçon, Jeannot, au mur cloué d'un coup de baïonnette, Eâlant, les bras en croix, et dans une chambrette, Mon épouse et ma mère, anges de la maison. Criblés de trous sanglants.
Si ma pauvre raison, Ce jour, ne sombra point, Dieu voulut un miracle; Car ivre de douleur, dans l'horrible débâcle. Je maudis l'existence et ce Dieu qui permit De si grandes horreurs!. . . Déclouant le petit. Mes martyrs, je pleurai les pressant sur mon âme; Ma joie était finie avec ce drame infâme, Mon bonheur s'écroulait!. . .
J'enterrai les chers morts.
Jurant de les venger, d'occire sans remords Les ignobles bandits qui commirent le drame. J'ai tenu mes serments! Voyez-vous cette lame?. . . Le vieillard m'exhibait un poignard catalan — Je l'ai plongé vingt fois au cœur de l'Allemand, Leur imprimant ma marque, un " v " sur la poitrine. Vengeance, " v " sanglant.
La troupe vipérine Connut la peur, la mort; la nuit, j'allais, vaillant, Vers le camp bavarois et, d'un coup de taillant. J'abattais un dormeur, le clouant sur sa couche. La dette fut payée et ma haine farouche.
Les miens furent vengés!
Puis, je vins à Paris, Ne voulant plus jamais revoir ces lieux maudits; Mais c'est plus fort que moi, chaque an, je m'aeiie-
[mine Vers le moulin sauvage et la vieille chaumine. Les masures sont là, gardant leurs souvenirs. Sombres, sans fleurs ; un tertre indique mes martyrs. Mes amours envolés, puis à genoux je tombe. Et toujours une voix s'échappe de la tombe: ^" Père, ne pleure pas, car nous nous reverrons ! " Et le vieux ajouta:
" Si demain les clairons Sonnaient pour nos soldats l'heure de la revanche. J'irais encor rougir mon couteau jusqu'au manche."
Et voilà le récit que j'écoutai ce soir,
Deux brocks remplis de vin traînaient sur un dres-
[soir.
Je bus aux morts chéris, au vieillard sans entrave, Qui me serrant la main, me dit:
Merci mon brave! "
Pièces arrangées par J. G. W. McGown.— («Sw/c)
JEAN LE -MAUDIT, drame en 3 actes et un prologue, par
Marquil, Delbès et X ; 69 pages, 14 persouna,'' s 50 ci s LES AVENTURES DE ]\L\NDRIN, mélodrame en 4 actes
et 5 tableaux, par Alphonse Ariiault ei Louis Judicis;
76 pages, 16 personnages 50cts.
CARTOUCHE, drame en trois Rct' s, par MM. T. Nezel et
Armand Overnay ; 76 pages, 16 personnages 50 cts.
LE SIÈGE DE COLCHESTER, drame en un acte, par A. B.;
27 pages, 7 pLM'sonnages 25 cts.
HABIT, VESTE ET CULOTTE, comédie en 4 actes, par MM. Varin et Boyer ; 48 pages, 9 personnages 40 cts.
LES PIASTRES ROUGES, drame espagnol en trois actes, par Ch. Le Roy-Villars ; 92 pages, 12 personnai;es.25 cts.
UN DUEL A POUDRE, comédie en trois actes, par E. Fontaine; 31 pages, 10 personnages 25 cts.
CHICOT, comédie en un acte, par A. V. Braseau; 39 pages, 3 personnages 25 cts
STANISLAS DE KOSTKA, pièce en trois actes; 58 pages, 6 personnages 25 cts.
LE MAL DU JOUR DE L'AN, ou scènes de la vie êcolière, par Joannès lovhanné; 54 pages, 7 personnages.. .25 cts.
RfEL, Iragédie en quatre actes, par le Dr Elzéar Paquin ; 143 pages 25 cts.
L.V QUEUE D'UN fHAT, sorcellerie en un acte, par Marosehal-Duplessis; 14 pages, 5 personnages 15 cts.
LES PIONNIERS DU LAC NOMININGUE, drame en trois actes, par Joannès lovbanné ; 18 personnages 20 cts.
LES ANCIENS CANADIENS, drame en trois actes, tiré du roman populaire de P. A. de Gaspé, 11 pers 40 cts.
CONSULTATIONS GRATUITES, farce en un acte (3 personnages), suivie du dialogue-bouffe : Le Sourd (2 personnages) par Régis Roy 25 cts.
NOUS DIVORÇONS, comédie en un acte, par Régis Roy, (2 hommes, 2 femmes) 25 cts.
LES COUSINS DU DÉPUTÉ, comédie de mœurs canadiennes en quatre actes, compilée et adaptée par E,-Z. Massicotte, (11 personnages et figuration) 50 cts.
VILD.\C, comédie eu trois actes, par Levèque, auteur de la ^ra!êc/ictio7ï, le Proscrit, etc. (8 personnages). . .30 cts
LA M.MjÉDIC'TION, drame-vaudeville en trois actes, par L vêque. (14 personnages et figuration).. ., 30 cts.
LA TOUR DU NORD, drame en trois actes, par le P. H. Fîiure, S. J. (7 personnages et figuration) 30 cts.
LA GOUTTE DE SANG, drame chrétien en un acte, par II. Bajn. (6 personnage.?) 25 cts.
L'HONNEUR EST SATISFAIT, comédie en un acte, par If. Baju. (5 personnages) 2octs.