SCENE PREMIERE
Mm« GIRAUD, LE MARQUIS.
le marquis, un peu défait, comme un homme qui a pensé la nuit au jeu.
Comment, madame Giraud!... neuf heures viennent de sonner au couvent de l'Oratoire, le temple de Flore est ouvert, et la déesse n'y est pas.
Mme GIRADD.
Mais vous, monsieur le marquis, il me semble que vous voilà de bonne heure dans le quartier!
LE MARQUIS
Je vais me coucher. Sais-tu que je suis levé* depuis hier matin? Nous avons passé la nuit chez Laudel, joué un jeu d'enfer. .. Je suis encore as se
heureux au lansquenet, à lhombre ; mais le biribi me fait donner au diable!... et notre sauvage Amandine, prospcre-t-elle toujours?
Mme GIRAUD.
Je vous en réponds... Qui aurait jamais deviné qu'on faisait fortune avec des marguerites, des boutons d'or? En voilà un commerce florissant!
LE MARQUIS
Elle a la vogue ; ce qu'il y a de mieux au faubourg Saint-Germain vient se fournir chez la bouquetière du Palais-Royal.
Mme GIRAUD.
Air : Voulant par se* ttwres complètes*
Oui; mais vous conviendrez, j'espère, Que, pour avoir un tel succès,
MAGASIN THEATRAL
Les beaux yeux de la Louqueliorc Ne font point d' tort à ses bouquets.
LE MARQUIS
C'est une excellente recette I ...
Les trois quarts de nos amateurs Ne viennent marchander ses fleurs Que pour mieux lui conter fleurette.
Mme giraud, sévèrement.
Oui; mais Amandine est sage.
le marquis, gaîment.
Dis-moi, madame Giraud, en mettrais- tu la main au feu ?
Mme giraud.
Oui, monsieur le marquis, la gauche, parce que la droite on en a toujours besoin.
LE MARQUIS
Parmi les visiteurs... il y a certain jeune Allemand!...
Mme GIRAUD.
Ahl bien, vous êtes joliment dans l'erreur!...
LE MARQUIS, SOliriailt.
Peut-être.
Mme giraud, haussant les épaules.
Il est d'un gauche, d'un timide ! Il reste quelquefois des heures entières à regarder M1,e Amandine sans desserrer les dents, et il profite du moment où il y a beaucoup de monde pour disparaître sans dire adieu à personne.
LE MARQUIS
Ces originaux-là plaisent quelquefois aux femmes... ils forcent de penser à eux, de s'occuper d'eux... Au surplus, celui-ci ne sera pas longtemps à craindre.
Mme GIRAUD.
Il n'y a pas à craindre pour elle.
LE MARQUIS
J'ai vu Amandine le regarder avec des yeux...
Mme GIRAUD.
Vous savez qu'elle n'a pas l'œil méchant.
LE MARQUIS
C'est égal, il est temps qu'il retourne dans son pays.
Mme GIRAUD.
Quand il aura fini ses affaires. Du reste, elles n'avancent guère; je ne sais pas comment il s'y prend... voilà toute une semaine qu'il se présente chez ce M. laBostrie, l'ami de son père, sans avoir pu le rencontrer une seule fois... Enfin il a pris le parti de lui écrire !
LE marquis , à part, regardant une petite lettre qui est dans sa veste.
Je le sais.
Mmc GIRAUD.
Faut croire qu'il lui répondra.
LE MARQUIS, à part.
C'est fait! {A Mme Giraud. ) Tantôt, en venant faire ma cour à la belle Amandine, je lui adresserai mes adieux.
Mme GIRAUD.
Yous partez ?
LE MARQUIS
Non, c'est lui.
Mme GIRAUD.
Lui! Et comment le savez-vous?
LE MARQUIS
C'est mon secret. Quand je rencontre dans mon chemin un obstacle, petit ou grand, je le brise. Mme GIRAUD, avec bonhomie.
Mon Dieu ! le seul obstacle, c'est la volonté d'Amandine, et celui-là, vous ne le briserez pas.
LE MARQUIS
C'est ce que nous verrons plus tard, maman Giraud.
En s'en allant, il chante sur l'air : Rien ne plaît tant aux yeux des belles.
J'en ai vaincu de plus cruelles.
// sort.
Mme giraud, seule.
Chante, chante... si tu savais tout ce que cette pauvre Amandine pense de toi, tu ne serais pas si gai, mon cher marquis.
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