‹ Amandine, vaudeville en deux actesChapitre 40 sur 45 · AMANDINE, LUDOVIC · texte numérisé non relu

AMANDINE, LUDOVIC

Restez, je vous en prie, je le veux. t. je le veut.

(A part.) Pauvre Amandine... ton rêve est fini. {A Ludovic.) Vous... comte?

LUDOVIC

Toujours Ludovic pour vous, Amandine!

Ah! maintenant ce n'est plus possible.

LUDOVIC

Qu'est-ce que vous dites donc?

J'avais formé de beaux projets... un seul mot a tout détruit.

LUDOVIC

Qu'entends-je ! vous m'aimez!

Assez pour ne pas vous épouser.

LUDOVIC

Vous refuseriez ma main?

C'est tout simple, puisque je vous aime.

LUDOVIC

Vous l'avez dit en blâmant la sévérité de mon aïeul : quand on se marie c'est pour soi.

Si j'étais assez folle pour vous épouser en dépit de la volonté de vos parens, j'entrerais dans votre famille malgré elle! Dieu sait la belle réception qu'on m'y ménagerait, le concert de louanges qui pleuvrait sur moi! Il me semble entendre dire vos duchesses, vos marquis... (Les sinrjeant.) Concevez-vous, marquis, qu'il ait épousé une fille du peuple? — lïlle est assez gentille, mais cela n'a ni grâce ni dignité! — Est-ce que vous la saluerez, duchesse? — Moi, fi donc! — Est-ce que vous irez la voir, comtesse? — Je ne me compromettrai pas à ce point-là! — Vous n'entendrez pas ces choses-là de sang-froid, vous prendrez mon parti, et je serai cause que vous vous brouillerez avec toute votre famille.

LUDOVIC

Chère Amandine, mes parens sont des gens sensés, raisonnables, qui veulent avant tout mon bonheur.

Je vous l'accorde: vos parens sontles meilleures gens du monde; ils ont été faits tout exprès pour moi, qu'ils n'ont jamais vue ni connue; mais moi aussi j'ai des parens, et je reponds bien que ceuxlà n'ont pas été faits tout exprès pour vous... leur langage vous ferait monter vingt fois le rouge au visage.

Air : Mais, Frédéric, vous F ignorez peut-être.

Non, non, je connais ma famille,

Jamais vous ne l'adopteriez ;

Quand vous épouseriez la fille,

De la mère vous rougiriez...

Vous êtes noble, et je suis roturière , Dans de tels nœuds je ne puis m'engager...

Monsieur le Comte, la bouquetière

Est trop fière pour déroger.

LUDOVIC

Mais madame votre mère quitterait son commerce.

Son commerce! c'est sa santé, c'est sa vie! Ma mère, c'est la reine de la halle; c'est devant elle qu'on porte toutes les disputes de ces dames; c'est elle qui juge en dernier ressort, et quand elle a prononcé, c'est pis qu'au parlement; ces arrêts-là ne se cassent pas.

LUDOVIC

Eh bien ! nous l'emmènerons en Allemagne avec nous.

Et vous la ferez servir dans sa chambre, et quand nous aurons du monde, la porte du salon lui sera fermée; c'est tout simple, la pauvre femme ne pourrait pas s'empêcher de parler', et vous trembleriez chaque fois qu'elle ouvrirait la bouche... Mais est-ce que ce serait là une existence pour elle? pour nous? non. Tout nous sépare, monsieur le oomte, l'éducation, le rang, les convenances; ce n'est pas ma faute : s'il avait été possible de se choisir son père, j'aurais pris le mien parmi vos grands seigneurs; car je sens là que j'ai tout ce qu'il faut pour faire une grande dame.

Eh bien! je serai heureux et fier de déposer à vos pieds un titre qui deviendrait un obstacle à notre bonheur; un titre qui jusqu'à présent a été la cause des persécutions de ma famille. Comte, je ne le suis plus... je n'appartiens plus à une caste qui me séparerait de vous, qui consacrerait mon malheur et le votre. Et maintenant, Amandine, vous vous rendrez à mes désirs, vous céderez à mes prières.

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