SEUL, JE VAIS ME MARIER
la plaie était belle. Il n'y avait pas à craindre de gangrène, c'est-à-dire de rancune, de vengeance, de rage, tout ce bas cortège des vilaines séparations.
CLAUDINE. — C était véritablement un devoir qui nous a séparés, et c'est une forte consolation... je crois bien que c'est la seule. {Un temjis.) Eh bien, moi r.ussi, je vous annonce mon mariage.
vÉTHEUiL. — Vraiment?
CLAUDINE. — Oui : figurez-vous qu'il s'est passé une foule d'événements pendant votre absence.
VÉTHEUIL. — Je pense bien.
CLAUDINE. — La comtesse de Ruyseux est partie, il y a quelques semaines, avec un officier.
VÉTHEUIL. — Non ?
CLAUDINE. — Absolument! Alors Ruyseux s'est considéré comme libre ; il divorce, et il m'a demandé si je voulais être sa femme. J'ai refusé d'abord, j'ai beaucoup hésité, finalement j'ai accepté. Nous allons à la campagne, dans nos terres, loin des villes, loin du bruit ; nous ne reviendrons sans doute à Paris que lorsque Denise aura dix-huit ans.
VÉTHEUIL. — En somme, c'est une jolie pièce : ça finit par deux mariages.
CLAUDINE. — Oui, mais serons-nous heureux?
VÉTHEUIL. — Ça, c'est une autre pièce.
Pourtant, puisque nous allons vivre au milieu des prairies et des forêts, dans la nature reposante et bonne conseillère, oui, noiis serons heureux. Ah! si nous restions ici, dans cette ville pleine de troubles et de suggestions, nous qui sommes des êtres de passion, avant que toute flamme s'éteigne en nous, nous aurions peut-être le désir d'une aventure. Vers quarante ans, vous aimeriez un trop jeune homme qui vous ferait souffrir et qui vous briserait définitivement le cœur...
CLAUDINE. — Ah! taisez-vous, ne dites pas ça !
VÉTHEUIL. — Moi, vers cinquai'te ans, j'aimerais une beaxxcoup trop jeune pcr sonne qui se moquerait de moi, et qui me ferait voir du pays .
CLAUDINE. — Nous en avons vu assez î
VÉTHEUIL. — Oui. et puis, quand on a vécu, quand on a observé, on arrive à la vraie philosophie, et l'on se dit qu'au- fond de tout ça, le bonheur, ou du moins ce qui en approche le plus, c'est encore de...
En ce moment, et sans hii laisser finir la phrase, une farandole échevelée entre dans le petit salon et, dans sa folie, entraîne Claudine et Vétheuil.
Et c'est ainsi que finit le cinquième acte.