LUBIN, ARDAN, CORMIER, CRESSON
LUBIN. — Tiens! voici Cormier, le plus joli divorcé de l'année, qui cause avec Ardan, il fait semblant de ne pas me voir... Attends, mon vieoix, tu n'y coupes pas. (// s'avance vers Cormier et Je salue avec affertafion.) Bonjour, mon cher monsieur du Cormier... vous prenez une glace, à ce que je vois... framboise et café, j'imagine?
La Douloureuse
CORMIER, fcts rassuré chi tant. — Non, nou... fraise et café.
LUBiN. — Ah ! ah ! fraise... Je vous fais mille excuses.
CORMIER. — Il n'y a pas de quoi...
Il descend avec Ardan, Lubin le poursuit.
LUBIN. — Je ne vous avais pas vu depuis tous ces événemcvnts, mais ça vous réussit à merveille, le divorce... Vous avez une mine superbe! nous disions justement que vous étiez le plus joli divorcé de l'année.
CORMIER. — Ne plaisantez pas, allez, ça boulevei-S'© une existence, ces machineslà !
LUBIN. — Voyons, mon cher monsieur Cormier, vous savez bien que toutes les sympathies sont allées vers vous, et d'ailleurs vous avez obtenu ce que vous vouliez : le divorce a été prononcé en votre faveur, avec des attendus auxquels vous ne vous attendiez même pas.
CORMIER. — Sans doiite, sans doute.
LUBIN. — Et comme vous aviez eu la précaution de faire pincer votre femme en flagi-ant délit, tous les hommes de cœur vous ont donné raison. C'est quelque chose d'avoir pour soi les honnêtes gens ! Sans compter qu'à l'audience les personnes qui étaient là ont su que votre femme voue trompait à la journée. Eh bien ! ça se répète ces choses-là, ça fait la traînée df poudre : tout le monde le sait à présent. Vous avez le beau rôle, croyez-moi.
CORMIER. — Sans doute, sans doute...
Vous êtes bien gentil d© me dire ça !
LUBIN. — Mais pas du tout... restez donc couvert... Et à part ça, vous êtes content des affaires?
CORMIER. — Oui, assez content.
LUBIN. — Allons, tant mieux, car tout le monde se plaint... il es vrai que, dans la confection, ça suit toujours son petit coui"ant... Il faut bien qu'on s'habille, pas vrai? Au revoir, mon cher monsieur CormieT ; enchanté de vous avoir serré la main. (Criant.) Accolade! Un pantalon 15 60, un gilet 8 80, un veston 33 francs!
CRESSON. — C'est tout !... Ardan est furieux, mon cher!
ARDAN, revenant près d'eux. — Tu vas trop loin, Lubin, tu vas trop loin '. ir y a des plaisanteries qu'on ne fait pas.
LUBIN. — Ah ! voyons, tu nous as invités parce que nous oommes rigolos...
CRESSON. — Pour amuser la société...
LUBIN. — Faudrait s'entendre !
ARDAN. — Oui, mais voilà deux hommes, Bladru et Cormier, qui sont très mécontents... ils ne reviendront plus jamais, et je peux avoir besoin d'eux.
CRESSON. — Tiens 1 veux-tu que je te dise? tu n'es jamais content! On se met en quatre pour te faire plaisir... Viens, Lu.bin, allons au bar... viens prendre un verre, mon vieux, ça vaudra mieux...
Ils sortent.