ÉPILOGUE
A peine délivré du souci que lui causait une navigation désagréable, Mehemet Riza Beg s'était montré charmant. Il avait tenu à annoncer luimême au régent sa présence à Copenhague dans une lettre où il rendait hommage au zèle et au mérite de M. de Marolles et de son état-major.
« Très illustre, très puissant, très magnifique « et très excellent prince régent du vaste empire « du grand empereur de France, couronné du « soleil », écrivait -il au duc d'Orléans, « je pré- « sente mes très humbles respects à Votre Altesse « royale en lui demandant devant toutes cho- « ses l'état de sa santé, que Dieu la lui conserve « en prospérité dans le gouvernement de sa ré- « gence et que les liens de l'amitié soient toujours « stables et se fortifient toujours de plus en plus. « Si elle souhaite savoir l'état de ma santé, Dieu « aidant, j'ai la vie. Le gentilhomme M. de Marol- « les, commandant le vaisseau qu'elle a ordonné « pour me transporter àPétersbourg,m'ont,lui et « ses officiers, le capitaine en second, M. Degand, « M. Jamin, premier lieutenant, M. Deblois, lieu- « tenant en second, M. de Maisonneuve officier, « M. Tassin, écrivain, le chirurgien en chef, les « deux gardes de marine et l'aumônier, rendu « tous les services imaginables. Je suis très « content et très satisfait d'eux. Ils ont voulu « exécuter le commandement de Votre Altesse « royale mais la grande incommodité que j'ai eue
« sur la mer et ne pouvant pas supporter davan- « tage les fatigues, j'ai demandé, de ma libérale « arbitre, que l'on me débarquât à Copenhague, « ville capitale de Sa Majesté danoise, avec l'es- « pérance de continuer mon voyage par terre. Je « supplie Votre Altesse royale que la prunelle de « ses yeux soit sur M. de Marolles et sur les « officiers ci- dessus nommés \ »
Quelques jours plus tard, la transformation était complète. Mehemet Riza Beg était redevenu l'atrabilaire maniaque et le coléreux personnage qui avait scandalisé la Gourde France. Ayant été honoré, sans raison, de la visite du gouverneur de Copenhague, il s'obstina à ne pas rendre la politesse, et se refusa à se présenter chez le premier ministre. Padéry fit vainement tous ses efforts pour l'y décider en essayant de lui faire comprendre qu'il n'était rien en Danemark, qu'il y était incognito. « Soutenant sa fierté ordinaire », Tex-ambassadeur ne voulut rien entendre, et la conséquence de son opiniâtreté fut que les ministres danois, piqués d'un sans-gêne et d'un manque d'usages trop manifestes, se déclarèrent sans ordres pour assurer la continuation du voyage vers la Moscovie. Avec sa violence et son incohérence accoutumées Mehemet Riza Beg s'en prit à l'innocent Padéry et, dans sa fureur, il adressa au