ÉPILOGUE
« si c'était là la reconnaissance de mes bontés et
« des bienfaits dont je l'avais comblé : de quoi
« il est demeuré sans pouvoir parler, sinon pour
« me demander pardon et se jeter à mes genoux,
« me donnant pour excuse que c'était sa maladie
« qui lui avait tourné la tête, et que celui par qui
« il les avait fait écrire, n'en ayant pas la force,
« avait ajouté tout ce qu'il y avait de mauvais,
« ce que j'ai fait semblant de croire. Il a écrit à
« M. le gouverneur de Gopenbague et lui amande
« que le roi lui avait ordonné à la Cour de me
« suivre en Perse, mais comme il était parti de
« France auparavant que le consul qui était chargé
« de ses ordres et de son argent fût arrivé au
« Havre où je me suis embarqué, il se trouvait
« fort embarrassé sur ce qu'il devait faire, parce
« que je le voulais emmener, et qu'il le priait ins-
« tamment de lui faire savoir ce qu'il jugeait à
« propos, ou qu'il me suivît, ou qu'il restât à
« Copenhague jusqu'à ce que ses ordres fussent
«. arrivés. M. le gouverneur lui a répondu que
« j'étais un ambassadeur de Perse, que le roi de
« France et le roi de Perse étaient amis, et puis-
« qu'on lui avait ordonné de me suivre pour me
« servir d interprète, cela ne serait pas comme il
« faut de me laisser dans l'embarras pour traver-
« ser des pays dont je n'entends pas la langue, et
« qu'il serait fort mal encore de rester à Copen-
« hague. Qu'après cela il fit tout ce qu'il voudrait,
« qu'il ne lui conseillait rien. M. le gouverneur « m'a fait l'honneur de venir me rendre visite et « m'a dit ce que Padéry lui avait mandé et qu'il « lui avait fait cette réponse. Je supplie Votre « Altesse royale de faire attention s'il est juste « qu'un homme comme moi, qui a été honoré de « la part de mon roi de la commission de venir « pour renouveler l'amitié entre le grand empe- « reur de France et lui, à quoi il a paru que j'ai « réussi par les honneurs infinis et les satisfac- « tions dont on m'a comblé en France, sans faire « mention de la diflérence qu'il y a entre un in- « terprète et une personne comme moi, s'il est « juste, dis-je, que j'en sois le jouet. Je laisse à « Votre Altesse royale et à sa justice ma ven- « geance, espérant qu'elle me satisfera. J'aurai « l'honneur de continuer à lui dire que j'ai été « obligé de donner à nouveau à cet interprète « 1.500 francs en pur don et 900 francs pour « s'acheter un équipage pour me suivre, dont à « peine il est content, puisqu'il a eu encore Fin- « solence, après avoir reçu l'argent, de me dire « qu'il ne partirait que cinq jours après moi pourvu « qu'il se portât mieux. Lajoue, à la fin, s'est re- « trouvé après que Padéry a eu reçu de l'argent, « car il a été assez hardi pour exiger de moi de « lui donner et qu'après cela Lajoue viendrait. « Quand j'ai interrogé Lajoue sur ce qu'il se ca- « chait, il m'a répondu qu'il était fort content de