‹ Ambassade persane sous Louis XIV, d'après des documents inédits, avec treize planches hors texteChapitre 26 sur 135 · A. E. Perse, t. 3, f · texte numérisé non relu

A. E. Perse, t. 3, f

les lui fit parvenir à Montargis ou à Nemours, sinon, « il serait obligé de s'enfuir et d'abandonner tout. » — « L'ambassadeur, ajoutait-il, est « un homme furieux venu de Perse pour faire de « la dépense. Il a eu à Lyon cinq cents livres « de voitures par jour outre les quatre cents « qu'on lui donne pour la nourriture. »

Prodigue et emporté, Mehemet Riz a Beg était aussi curieux et cruel. Ayant aperçu, à un quart de lieue de Moulins, le cadavre d'un malheureux qu'on avait roué vif depuis peu, il se détourna de son chemin pour aller le considérer de plus près. Lorsqu'il fut arrivé dans la ville il demanda aussitôt qu'on fit une semblable exécution afin d'avoir le divertissement d'un tel spectacle.

Comme on lui objectait qu'il n'y avait plus en prison un criminel méritant un châtiment aussi sévère, l'ambassadeur ne s'embarrassa pas de ce détail. Il offrit un de ses gens. On dut lui expliquer, sans qu'il le comprit bien, que la justice et l'équité ne permettaient pas aux chrétiens de faire mourir des hommes de la sorte, et que ce genre de mort était réservé aux voleurs, aux assassins de grand chemin, ou aux autres individus coupables de crimes atroces. Ce refus excita naturellement le courroux de Mehemet Riza Beg qui se déclara peu après atteint de colique. Certaines personnes bienveillantes attribuèrent cette indisposition « aux bains que le Persan prenait

assez souvent sans se préoccuper du climat de la France moins chaud surtout au mois de janvier que celui de la Perse. » Morel, plus méfiant, estima au contraire que l'ambassadeur était peu pressé d'arriver au terme de sa course. N'avaitil pas intérêt à toucher le plus longtemps possible ses quatre cents livres quotidiennes, sans préjudice des bénéfices qu'il tirait de la vente des provisions en nature offertes par les municipalités ? La véritable explication du retard fût donnée au marquis de Torcy, par Saint-Olon, dès l'arrivée à Nevers (19 janvier). Mehemet Riza Beg s'était mis en tête, à Moulins, de donner — aux frais du roi — un repas somptueux suivi de bal, en l'honneur des dames bourgeoises et des grisettes de la ville. Son caprice dut être satisfait l.

Entré à Nevers à deux heures de l'après-midi *, l'ambassadeur fut conduit près du collège, chez M. de Bèze du Chollet, conseiller au parlement de Paris, où son logement était préparé. Saint- Olon descendit au « Lion d'Or » et y reçut aussitôt la visite du maire et des échevins qui désiraient s'enquérir des honneurs à rendre à l'envoyé du grand sophy. Revêtus de leur robe rouge de cérémonie et accompagnés des huissiers de la

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