‹ Ambassade persane sous Louis XIV, d'après des documents inédits, avec treize planches hors texteChapitre 28 sur 135 · A. E. Perse, t. 3, fos 371 sqq · texte numérisé non relu

A. E. Perse, t. 3, fos 371 sqq

« Très illustre et magnifique seigneur, disait « le marquis de Torcy, lorsque l'abbé Richard « m'a remis la lettre que Votre Excellence m'a « écrite, j'ai ressenti une véritable joie d'appren- « dre par elle-même que les ordres de l'empereur « mon maître ayant été fidèlement exécutés, Votre « Excellence avait lieu de se louer des honneurs « qu'elle a reçus depuis son entrée dans l'empire « heureux de Sa Majesté. Elle veutque ses sujets <( honorent le ministre choisi par l'invincible em- « pereur de Perse et qu'ils connaissent l'estime « qu'Elle faitde l'amitié de ce magnanime monar- « que. Car enfin la distance des lieux n'empêche « pas l'union entre les grands princes et leur « gloire est portée aux climats les plus reculés. « Ce que Votre Excellence n'a pu connaître de « celle de l'empereur mon maître qu'imparfaite- « ment par les relations même les plus fidèles, « sera bientôt découvert à ses yeux pénétrants, « et les lumières de son esprit sublime l'instrui- « ront de la vérité que l'on ne peut que faible- « ment dépeindre. Ce sera un jour heureux que « celui où elle s'avancera jusqu'au trône d'un « monarque aussi redoutable à ses ennemis qu'il « est affable à ses amis et chéri de ceux qui ont « le bonheur d'en approcher. Je félicite Votre « Excellence de cette fortune que le choix éclairé « de l'empereur son maître lui avait réservée. Je « partage aussi la félicité de Votre Excellence

« puisque j'aurai celle de lui offrir et de lui ren- « dre les services dus à son caractère. Dieu veuille « qu'en m'en acquittant, suivant le devoir de mon « ministère, je puisse répondre parfaitement aux « intentions de l'empereur mon maître, porté « d'affection pour Votre Excellence, lui faire « oublier les fatigues, les peines et les dangers « d'un long voyage, mériter son amitié que doi- « vent désirer tous ceux qui ont ouï parler de ses « vertus, persuader enfin Votre Excellence que « je suis son ami et son serviteur. »

Mehemet Riza Beg fut charmé de cette lettre. « Gomme les approches du soleil dissipent ordi- « nairement les nuages, ceux de l'ambassadeur « se ressentent du même effet aux approches de « la Cour. » En donnant cette agréable nouvelle à Versailles l, Saint-Olon ajoutait : « Il paraît « plus gracieux et plus tranquille. Il fait grand « étalage de son mérite, de ses pouvoirs et ins- « tructions, et il exagère les jalousies que le traité « qu'il vient faire doit causer à toutes les puis- « sances. »

C'est, en apparence du moins, animé d'un si excellent esprit que l'envoyé du grand sophy parvint à Gharenton le 20 janvier 1715.

Quelques difficultés qu'il eût rencontrées depuis Erivan, Mehemet Riza Beg pouvait désormais s'ac-

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