‹ Ambassade persane sous Louis XIV, d'après des documents inédits, avec treize planches hors texteChapitre 54 sur 135 · Chardin {op. cit.), t. 5, p · texte numérisé non relu

Chardin {op. cit.), t. 5, p

l'ambassadeur persan a paris 191

« était huit jours sans aller au bain, il serait « rongé de démangeaisons causées par ces « vapeurs qui ne sauraient sortir autrement. Pour « ce qui est de la netteté du corps on voit Lien « que les humeurs s'habituant à sortir par les « pores, le corps se salit plus vite que dans les « pays où on n'évapore et ne sue pas tant. »

L'explication de Fauteur du Voyage en Perse ne manque ni de pittoresque ni d'une certaine exactitude. Elle aurait dû inspirer, surtout aux gens de la Cour et aux esprits éclairés, le désir d'imiter Riza Beg. L'ambassadeur, au contraire, grâce à ses fréquentes baignades, avait passé à Marseille pour un être extraordinaire. Au cours de son voyage en France, il n'avait pas manqué de rester fidèle à ses habitudes dans la mesure où les mœurs françaises du xvnr siècle le lui avaient permis. Aussitôt entré à Paris, il s'était enquis d'un établissement de bains. On le conduisit, dès le 10 février, chez le sieur du Buisson, baigneur, mais on trouva excessif de payer chaque fois 100 livres. Le désir de Son Excellence de trouver dans son hôtel même les commodités dont elle avait besoin, parut donc réalisable et moins dispendieux. Le baron de Breteuil s'entendit à cet effet avec de Coste, intendant des bâtiments, et les travaux commencèrent dans les premiers jours du mois de mars. Il en coûta environ 10.000 francs au roi car il fallut établir

une conduite d'eau de fontaine dans l'hôtel et la brancher sur les tuyaux amenant à Paris l'eau d'Arcueil. Le public s'intéressant à cet aménagement, d'une salle de bains, le sieur Landry, éditeur rue Saint-Jacques, mit en vente une estampe représentant Mehemet Riza Beg dans sa baignoire. On y voit la tète de Son Excellence émergeant d'une sorte de caisse oblongue couverte, et deux domestiques, l'un tenant une serviette pour essuyer son maître au sortir de l'eau, et l'autre portant la veste, le turban et les babouches. On n'a eu garde d'oublier la fameuse pipe et le café si chers à l'ambassadeur. La légende de l'estampe n'est pas moins curieuse : « Mehemet Riza Beg, « ambassadeur de Perse, y est-il inscrit, se bai- « gne souvent et dans de l'eau très chaude : il y « demeure six heures. Il s'y met nu et en sort de « même à la réserve d'un petit caleçon; il y est « tête nue. On lui bâtit actuellement des bains « dans l'hôtel des ambassadeurs. »

Des indications analogues se lisent sur d'autres estampes gravées en l'honneur du Persan : il y a lieu d'en conclure que Mehemet Riza Beg stupéfia les Parisiens par son besoin de propreté.

Sa voracité apparente les surprit presque davantage. Le roi fournit chaque jour pour la maison de Mehemet Riza Beg, est-il affirmé encore par une estampe et aussi par un document officiel l,

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