Tôkyô Keizai Zasshi, 20 octobre
3. Shirikororij septembre 1905. Le Littoral occidental des États- Unis est en train de se japoniser, par M. Sbinowara Yuho.
Trois idées sont essentielles à la civilisation américaine : le standard ofliving, Tassimilation des races, l'égalité démocratique. La présence des Japonais en Californie les menace toutes trois. Dans ce conflit entre Jaunes et Blancs, il n'est pas question de supériorité absolue d'une civilisation, il s'agit, non pas de savoir si les Japonais ont ou n'ont pas une culture plus réelle que les Américains, mais bien si l'écart entre les salaires et les besoins des Japonais et des ouvriers yankees ne menace pas de manière permanente le standard of living des Américains, si la différence de race ne met pas en échec l'idée d'assimilation, et si le nationalisme japonais et ses prétentions à fonder un Nouveau Japon sur territoire américain n'est pas un défi à l'idée démocratique. Le territoire qui va de l'Atlantique au Pacifique, ce sont des Blancs qui l'ont découvert, exploré, mis en valeur. Derrière cette côte du Pacifique mal peuplée, il y a 75 millions d'hommes qui pensent qu'une libre issue sur le Pacifique est nécessaire à la vie de la nation et qui veulent que cette façade qui donne toute sa valeur à l'arrière-pays reste une terre de Blancs et de
civilisation anglo-saxonne. Il y a un quart de siècle, la nation décida « to build up the Pacific states on a basis of white labor », d'organiser les États du Pacifique sur une base de travail blanc, — et de cette décision, on ne saurait dévier, « from that décision there will be no turning away * ».
En regard des exigences des Japonais aux États- Unis, il est curieux d'énumérer les restrictions qu'ils mettent chez eux au libre séjour des étrangers, de voir comment ils appliquent le dernier paragraphe de l'article II de leur traité de 1894 avec les États-Unis, qui laisse à chacun des deux pays la faculté de régler chez soi le commerce, l'immigration, la police et la sécurité publique? Au Japon, les Américains ne sont pas admis dans les écoles publiques; ils n'ont pas la permission de posséder des terrains ou de s'engager dans des affaires de mines. Les étrangers peuvent posséder des bâtiments, mais les terrains sur quoi s'élèvent ces bâtiments, ils ne peuvent que les louer ou les mettre au nom d'un sujet japonais. Lors des traités qui supprimèrent leurs privilèges de juridiction consulaire, les Puissances étrangères stipulèrent que les baux perpétuels en faveur de leurs nationaux dans les ports ouverts « seraient confirmés, sans subir d'autres taxes ou charges que suivant la lettre expresse des baux en question ». Or, pendant la guerre russo-japonaise, le gouvernement japonais, pour faire payer plus d'impôts aux étrangers, essaya de glisser une distinction entre les terrains, francs de taxe, et les constructions soumises au droit commun. La question fut portée devant le tribunal de La Haye qui donna tort aux
1. Formule qui revient souvent dans les journaux et les revues.
Japonais. Le travailleur américain au Japon n'a pas la permission de travailler sans une licence de la préfecture du district où il réside. Cette licence ne lui serait probablement pas accordée, si la place qu'il recherche était souhaitée par un Japonais. La revision des tarifs, mise en vigueur en octobre 1906, établit un taux de 40 à 45 p. 100 sur les articles d'alimentation que consomment les étrangers, un droit très élevé sur les articles de luxe, — rubrique qui comprend de nombreux articles de première nécessité pour les étrangers. Aussitôt qu'il lui a été possible, le gouvernement japonais a converti les emprunts conclus pendant la guerre russo-japonaise, désireux de faire disparaître la clause, blessante pour Tamour-propre national, qui donnait à ces emprunts étrangers la garantie des droits de douanes.
La grande affaire de la diplomatie japonaise, depuis vingt ans, a été de regagner l'influence et les privilèges d'exterritorialité qu'elle avait été obligée de reconnaître aux Blancs dans les treaiy ports; en affaires, le Japonais travaille à reprendre aux intermédiaires européens la part prépondérante qu'ils avaient dans les importations et surtout les exportations japonaises. Les settlements étrangers, formant un État dans l'État, étaient insupportables à l'opinion japonaise et pourtant il ne s'agissait que de quelques centaines de commerçants, qui restaient en dehors de la politique, ne prenaient pas racine sur la terre japonaise et que leurs gouvernements respectifs, faute d'entente, soutenaient assez mal. Les États-Unis furent les premiers à renoncer aux privilèges d'une « Nouvelle Amérique » sur terre japonaise. Comment les Japonais ne comprennent-ils pas que leur Shin
Nihon, leur Nouveau Japon, aux Hawaï et en Californie inquiète les Américains? Et il s'agit de 150000 travailleurs vigoureux et ambitieux prenant possession du sol, s'organisant en groupe national I
En Chine, la diplomatie japonaise a toujours été opposée à la politique des sphères d'influence, à Faccaparement économique et politique d'une région par une puissance d'Europe. N'est-ce pas une sphère d'influence aux États-Unis que les Japonais ont en tête, quand ils parlent d'un Shin Nihont Ne pensentils pas à recommencer sur cette façade américaine ce ' qu'ils ont réussi aux Hawaï? Les Blancs délogés de leurs métiers et emplois, quittant les îles ; de nouveaux immigrants blancs impossibles à recruter dans le monde entier ; planteurs et ouvriers blancs versant par orgueil de race dans l'aristocratie et l'oligarchie et ne se souciant que d'être la tête blanche qui mène des bras jaunes. Les Américains ne veulent pas en Californie d'une question de races comme dans le sud des États-Unis. Par leur seule présence, en détournant du sud pendant plus d'un demi-siècle les immigrants qui débarquaient aux États-Unis, les Nègres ont délimité une sphère où leur influence a longtemps arrêté le développement de la région et continue de troubler la vie des Blancs.
L'immigration très abondante des Slaves et des peuples les plus arriérés d'Europe, depuis quelques années, menace aussi les États-Unis^ quoique moins immédiatement et moins sûrement, d'une sphère d'influence slave dans la région New- York, Massachussetts Pennsylvanie, Ohio, Virginie Occidentale *.
1. Dans son rapport sur Ti m migration en 1906-1907, le commis-
Faut-il escompter que Ton aura une sphère d'influence nègre, une sphère d'influence japonaise, peut-être une sphère d'influence slave, trois dépôts de limon noir, jaune et blanc formés par les flots d'émigrants, partis des trois continents, Afrique noire, Asie jaune, Europe blanche et que des frontières abruptes s'élèveront entre les habitudes, les mœurs, les langues de ces trois races qui n'auraient plus rien de commun? L'opinion des 75 millions de Blancs qui vivent actuellement aux États-Unis est unanime à refuser cet avenir et à penser que « l'exclusion du travail asiatique est aussi importante et aussi justifiée que leur adhésion à la doctrine de Monroe ^ ».
saire général, M. Sargent constate que 386 000 immigrants sont restés dans TÉtatde New- York, 230 000 en Pennsylvanie, 85 000 dans le Massachussetts, etc. L^afflux de ces immigrants à New- York, Philadelphie, etc., constitue, selon lui, un « gros danger ». Ils y forment des colonies, réfractaires à l'américanisme.
1. Hon. Ant. Michalek (of lUinois), House of Représentatives, iS février 1907.