Tôkyô Keizai Zasshi, 20 octobre
5. Os(Uca SMmpo. Les nouveaux Territoires de TAmérique du Sud, 15 mars 1907.
parle espagnol dans l'Amérique du Sud et c'est là un inconvénient pour les Japohais. Il faut attribuer à leur ignorance de la langue les difficidtés qui se sont élevées naguère entre nos émigrants et les Péruviens. En admettant que ce soit chose difficile pour les travailleurs d'apprendre l'espagnol, il faudrait au moins que les inspecteurs le sussent un peu ^ »
Aux commerçants, on recommande de bien faire attention que les droits de douane dans l'Amérique du Sud sont fort élevés : « Les marchandises sont taxées d'après leur prix de revient. Il faut bien distinguer le poids de la boîte et le poids des marchandises. De plus, sur certaines marchandises, on prélève des droits d'après la longueur évaluée en centimètres : aussi doit-on l'indiquer en espagnol sur les caisses... Il convient d'envoyer quelqu'un de sûr en Amérique du Sud et qui sache l'espagnol. Il convient d'emballer les marchandises de telle sorte que l'humidité ne les dégrade pas. Dans les lettres, les prospectus, les listes de prix, employer l'espagnol. Adopter, comme les Français, les Anglais, les Allemands, la méthode des paiements à longues échéances ; fabriquer des marchandises qui puissent convenir aux habitants de ces pays *. »
C'est au Pérou que sont allés les premiers émigrants :
9. Osaka Shimpo. Les nouveaux Territoires de TAmérique du Sud, 15 mars 1907.
2. Tôkyô Keizai Zasshi, 9 février 1907. Les Émigrants pour l'Amérique du Sud et les marchandises japonaises.
Le Pérou est Tune des plus riches de toutes les terres voisines du Pacique. La première fois que des émigrants japonais sont partis en Amérique du Sud, ce fut dans la trente-deuxième année de Meiji (1899). Le 28 février, 800 émigrants quittèrent Kobé et le 3 avril ils arrivèrent à Gallao. La deuxième fois, plus de 1 100 Japonais quittèrent Kobé, en juin de la trente-sixième année (1903). Ils furent employés dans des plantations de sucre, pas loin de la mer. Par jour le salaire était de 1 sol. Le coût de la vie par mois s'élevait à 7 ou 10 sols, aussi pouvaient-ils mettre de côté chaque mois 15 ou 18 yen... Le 16 octobre 1906 (trente-neuvième année du Meiji), la compagnie d'émigration de la ville de Morioka a fait partir 800 émigrants qui s'embarquèrent à Yokohama : ce fut la troisième fournée. En janvier 1907, 200 autres émigrants prirent passage à bord du Kasado Maru de la Toyo Kisen Kaisha, Par le même paquebot, la compagnie Meiji Shokumin envoya 270 ou 280 émigrants, munis de contrats pour cultiver le caoutchouc *.
Le Pérou, avec son désir de grands travaux et de rapide développement, est un bon champ d'entreprises :
Gomme les bras y manquent encore plus que dans les autres républiques, les salaires sont plus élevés. Les travailleurs agricoles peuvent gagner par jour de 70 sous à 1 sol 20 sous. C'est de cette catégorie d'ouvriers qu'on a surtout besoin. Les mécaniciens, forgerons, ouvriers d'art, peuvent gagner facilement de 2 à 4 sols par jour. Sur le littoral, on récolte le sucre, le coton, le riz, le tabac, le café, le blé, le maïs, les olives, des fruits, des légumes, etc. Les produits principaux sont le café, le sucre, le coton. A l'intérieur du pays, on trouve des bois de construction, des herbes médicinales, des herbes pour la parfumerie, des fibres d'arbres, du caoutchouc, mais le sucre est la
f . Toyo KeUai Shimpo, 25 mars 1907.
principale ressource du littoral. Sa culture couvre plus de 200000 acres de terrain, pour moitié seulement bien soignés. En 1903, on a exporté 125 662 tonnes de sucre. La culture du café a été entreprise par la Peruvian Corporation. Le gouvernement lui a concédé 2 750 000 acres. Toutefois, faute de travailleurs et de communications, la moitié de cette terre n'est pas cultivée. L'industrie du chanvre jaune, de l'agave se développe. Avec les fibres on tissera des étoffes, des sacs, cordes, filets, nattes. De la canne à sucre dérivera le raflSnage et la distillerie. Outre les cotonnades, on peut encore fabriquer là-bas du papier, du panama, des chaussures, des bougies, du tabac, des allumettes, des savons, des selles de cavalier, des huiles, des engrais... Les marchandises japonaises et chinoises sont vendues à Lima par de nombreux Chinois. Ils gagnent gros à ce commerce. Ces marchandises sont très appréciées par les Péruviens et seront bien vite à la mode. Les Japonais qui ont des magasins à Lima sont MM. Tachibana, Tani, Morimura et Kawamura^... Les objets japonais n^étant pas coûteux se vendront à merveille dans l'Amérique du Sud. Nous y écoulons actuellement des porcelaines, des laques, des bambous, des crêpes de coton, des mouchoirs de soie, des nattes, des stores. Si les articles japonais ne jouissent pas encore d'une grande vogue, c'est que nous n'envoyons pas jusqu'à présent les objets de premier choix. Exportons des marchandises solides et bon marché : elles se vendront certainement '.
Cette arrivée des Japonais et de la camelote japonaise à Callao rappelle les échanges du début du XVII* siècle : Callao et Acapulco au Mexique furent les premiers ports de l'hémisphère ouest avec qui les Espagnols de Manille, puis les Japonais commer-
1. Toyo Keizai Shimpo, La Situation présente de rémigration au Pérou, 5 novembre 1906.
2. Tôkyô Keizai Zasshif 9 février 1907. Les Émigrants par l'Amérique du Sud et les marchandises japonaises.
cèrent. Les marchandises qu'ils envoyaient alors sont les mômes qu'aujourd'hui, « des épices, des drogues, des porcelaines chinoises ou japonaises, des calicots, des soies ». Les Japonais espèrent que leurs produits auront sur la concurrence européenne, le même avantage qu'autrefois ils eurent sur la concurrence espagnole :
Les articles de T Extrême-Orient sont non seulement mieux accommodés au climat chaud, et plus plaisants que ceux de l'Europe, mais ils peuvent être vendus à plus bas prix; et les profits qu'on en tire sont si considérables qpi'ils enrichissent ceux qui les apportent de Manille et ceux qui les vendent en Nouvelle Espagne... Quand la flotte arrive d'Europe à Vera-Cruz, elle trouve souvent les besoins du peuple déjà pourvus par des articles meilleur marché et préférables *.
L'exode des Japonais vers Cailao depuis 1899 n'est donc que la reprise d'un mouvement esquissé il y a près de trois siècles. Ils reviennent en nombre au Mexique et au Pérou comme jadis. Et ils y viennent, maintenant que leur pays s'est haussé au rang de grande puissance, avec des ambitions d'influence : « D'après ce que j'ai appris des ministres et des capitalistes du Pérou, si les émigrants japonais s'établissent à perpétuité dans le pays, ils seront les bienvenus... Mais s'ils y viennent en grand nombre et que, pour des riens, ils provoquent des désordres, on ne peut pas dire que l'antijaponisme ne s'y développera pas. C'est un point à surveiller. Il ne faut donc pas que ces émigrants se sauvent au Japon aussitôt
1. Cité par Murdoch et Yamagata. A history of Japon daring ihe eentury of early foreign intercourse {i5U2-i65i). Robe, p. 601.
fortune faite ; il faut qu'ils demeurent au Pérou afin d'y créer un Shin Nihon^ ».
Il est à penser que ces Japonais du Pérou, même naturalisés, même fixés dans le pays depuis longtemps ne rompront jamais les liens qui les rattachent à leur terre japonaise, à leur Mikado : telle est bien la pensée du journal, qui leur enseigne déjà comment envoyer au Japon leurs économies : « Il faut s'adresser à la Compagnie W. R. Grâce, de Lima, qui transmet l'argent à son agence de San Francisco. Là, il est remis à l'agence de la Yokohama Specie Bank qui l'expédie au Japon *. »
« Au Chili, — disait, le 15 mars 1907, M. Shiraishi Motojiro ^, administrateur de la Toyo Kisen Kaiska, après un voyage dans l'Amérique du Sud, — il n'existe pas un seul émigrant japonais ; les Chiliens ignorent si nos émigrants sont bons ou mauvais. Voici ce que m*ont dit les ministres : « Nous désirons vivement des « émigrants, mais s'ils étaient d'humeur aussi vive que « le sont, dit-on, vos Japonais, des désagréments et