‹ Américains et JaponaisChapitre 6 sur 99 · Commercial Japan, p. 2016, Washington · texte numérisé non relu

Commercial Japan, p. 2016, Washington

2. Les Américains se plaignent souvent que les Japonais, par solidarité de race, essayent de supprimer la liberté du commerce. En octobre 1007, presque tous les fabricants de soie aux États- Unis boycottèrent un trust qui avait été formé par les marchands japonais de soie brute. Ceux-ci, en août, au lieu de continuer à vendre leur soie brute à Tétranger par Tintermédiaire de la Yokohama-Sench-Boyekisho, la vendirent directement à trois maisons japonaises faisant des affaires aux États-Unis. Le plan était de leur épargner la commission habituelle et de leur garantir toute la soie dont elles pourraient avoir besoin avant de servir les marchands américains. Les Américains refusèrent de prendre livraison dans ces maisons de la soie qui restait après que les besoins des marchands japonais aux États-Unis eussent été satisfaits. Les stocks s*accumulèrent; les Japonais baissèrent leurs prix, mais en vain : les Américains refusaient d^acheter. Les Japonais furent obligés de capituler en novembre.

3S AMiRIGAINS ET JAPOMAIS

sable patience à solliciter, à s'insinuer. Le Japonais n'attaque pas avec des allures de grand capitaliste qui, par force, veut imposer ses méthodes et ses produits; mais, sous le contrôle de TÉtat, les intérêts japonais organisés et disciplinés ont une force ipconr testable de pénétration et de conquête.

Les Américains, jusqu'ici, ne pensaient, sur les marchés orientaux, qu'à vaincre la concurrence européenne, et voici que monte la concurrence des Japonais. Mais elle ne fait que commencer et ce n^est pas l'optimisme et la confiance en soi qui manquent au Yankee. Il se moque des alarmistes à l'imagination échauffée qui annoncent que les Japonais, par tous les moyens et même par les armes, veulent conquérir la maîtrise du Pacifique, aux dépens des États-Unis. Le Pacifique est grand, grandes aussi les terres qu'il baigne. Dominer le Pacifique, c'est plus difficile que de surveiller un détroit. Le Yankee sait de reste, en homme entraîné aux luttes économiques, que la suprématie commerciale sur les marchés du Pacifique dépendra non pas d'une surprise d'escadres mais d'un avantage permanent dans les coûts de production et de transport. Au surplus, le développement industriel du Japon profite directement aux Américains. Le commerce total entre le Japon et les États-Unis pour 1905 a été de 512 millions de francs environ ^ Les importations du Japon ont plus que

1. Les exportations japonaises aux États-Unis ont passé de 242543400 francs en 1005 & 324088200 francs en 1006 (grosse augmentation des exportations de soies grèges et de babutai ou pongées), tandis que les exportations américaines au Japon ont diminué : 260050200 francs en 1005, 180467600 en 1006 (diminution sur le coton brut, le fer et les macbines).

quadruplé depuis. 1894, et les Étals-Unis ont largement profité de ce progrès : ils envoyaient au Japon^ en 1894, 9,4 p. 100 de ses importations, en 1904, 15,7 p. 100; en 1905 leur part était de 21 p. 100. Réciproquement, les États-Unis sont le plus gros client du Japon qui leur fournit ce qu'ils ne produisent pas : soie brute et manufacturée, thé, nattes, camphre, etc. Même dans la Chine du jnord où le commerce américain et le commerce japonais sont rivaux, leurs intérêts ont été solidaires. La guerre que le Japon fit à la Russie pour maintenir la « porte ouverte », ne fut si populaire aux États-Unis que parce qu'elle favorisait leurs desseins d'expansion commerciale. Et, malgré leur retard à ouvrir cette porte, l'Amérique croit encore que les Japonais tiendront parole.

Le respect de l'amitié traditionnelle qui lie les États-Unis à la Chine et au Japon est un principe de la diplomatie américaine. Avant la guerre, par sa note sur la Chine « entité administrative », puis de nouveau en janvier 1905, le secrétaire d'État John Hay se posa en défenseur de l'intégrité chinoise.

Les États-Unis s'intéressent activement aux principales réformes que la Chine paraît disposée à introduire dans le système des châtiments, l'organisation du gouvernement, l'éducation et la monnaie ^ Le professeur Jenks a entrepris une grande enquête officielle sur l'organisation monétaire de la Chine et conseillé des changements. M. Bailey Willis et un

1. Pour le détail de ces réformes, cf. Foreign Relations of the United States, 1905, pp. 176-204, Washington, 1906,

groupe de savants américains ont fait en Chine une belle exploration géologique et géographique de quelques régions du Nord, de TOuest et du Sud *. Les missionnaires américains travaillent à développer et à satisfaire Tappétit du « nouveau savoir », et le surintendant des écoles du Tchili, la province du vice-roi Yyan-Chi-Kaï, la plus avancée en matière d'éducation, est un Américain, le D' C. D. Tenney. A maintes reprises, le prince Tch'eng assura le secrétaire d'État de la reconnaissance chinoise pour cette politique protectrice et libérale des États-Unis *. Miss Roosevelt fut reçue comme une fille de souverain par l'Impératrice et l'Empereur dans le palais de Pékin. J'ai dit ailleurs les raisons historiques, sentimentales, économiques de la sincère sympathie que l'opinion américaine témoigna presque unanimement pour la cause du Japon contre la Russie '. Depuis, les rapports diplomatiques n'avaient pas cessé d'être excellents : médiation entre la Russie et le Japon dans leurs querelles à propos de violations de la neutralité chinoise, souscription d'emprunts japonais, intervention personnelle du président Roosevelt pour préparer la conférence de Portsmouth et pour assurer la paix, hâte que le secrétaire d'État mit à accepter le transfert à Tôkyô des affaires diplomatiques entre les États-Unis et la Corée, et le retrait du ministre américain de Séoul *. Cette hâte fut

1. Research in China; 1 atlas de cartes géographiques et géologiques ; et pour le texte 3 volumes déjà parus. Cette mission et cette publication ont été exécutées avec des fonds fournis par le Carnegie InstUute,

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