ACTE II, SCENE IF
sur le front, et comme elle devoit mettre son voile sur ses cheveux, et, par dessus le voile encore, les rieurs qu'elle avoit dedans son giron ; et souvent prenoit tantost une fleur de troesne, et puis une rose, et, les approchant de sa blanche et délicate gorge ou de ses vermeilles joues, faisoil comparaison des couleurs ; et puis, comme joyeuse et contente de cognoistre l'avantage de son coste', tout à coup s'esclattoit de rire de si bonne grâce qu'il sembloit qu'elle dist a ces fleurs : « Je l'emporte par dessus vous, et ne vous porte point pour parade, mais seulement pour vous faire servir de lustre, et afin que l'onvoye combien vous m'estes inférieures. Mais , comme elle prenoit plaisir à se mirer et à se parer ainsi, d'avanture elle va tourner les yeux à l'endroit où j'estois, et, s'appercevant bien que j'avois tout veu, la couleur luy monta au visage, et, se levant promptement, laissa tomber toutes ses fleurs. Et ce pendant, plus je riois de sa rougeur, plus elle rougissoit de me veoir rire ; mais, parce qu'une partie de ses cheveux estoit agencée et l'autre encore éparpillée, deux ou trois fois ses