‹ AminteChapitre 81 sur 90 · C TE IV. SC EXE I · texte numérisé non relu

C TE IV. SC EXE I

avec ce masque, il se coule au dedans sans qu'elles s'en apperçoivent.

DAFNÉ.

Ce sont vrayement larmes d'amour, car elles continuent. Tu ne dis mot, Silvie; estu maintenant amoureuse? Tu l'es, mais il n'est plus temps. O puissance d'amour, que ceste-cy est bien punie selon ses mérites ! Et toy, misérable Aminte, tu as faict comme l'abeille qui meurt en picquant, et laisse la vie dedans la playe qu'elle a faite. Ainsi finalement par ta mort tu as percé ce cœur que tu n'euz jamais le pouvoir de piquer durant ta vie. Or, si tu es maintenant un esprit errant icy alentour, comme je croy, et despouillé de tes membres, contemple ces larmes, et te console, en les regardant, d'avoir esté amoureux en ta vie, et aymé après ta mort. Que si ton destin estoit tel que tu fusses aymé en ta mort, et que ceste-cy te deust vendre si chèrement son amour, tu as donné le pris qu'elle en a demandé, achetant son amour par la perte de ta vie.

ASSEMBLÉE

Le pris est bien grand pour celuy qui

98 AMIXTE

l'a donné, et bien inutile et encore plus infâme à celle qui l'a receu.

SILVIE

Plust à Dieu que je peusse racheter sa vie par mon amour, voire sa vie par la mienne propre, s'il est ainsi qu'il soit mort !

DAFNÉ.

Ha! qu'il est bien tardd'estre sage et pitoiable, Silvie, puis que l'un ny l'autre ne servent plus de rien!

Page 1