DE FÉLICITÉ DIDOT
Au Ciiotjen
S' Pierre auleur des
Eludes de la nature à
Vinlendance du jardin des Plantes,
Es-tu malade mon ami, pourquoi as-tu précisément manqué de venir le jour que ton épouse future avait
1. Sans indication de lieu, ni de date, mais proi^ablcment postérieure à mai 1793; — sifrnée; — porte une adresse; — ohiitérée; — publiée ilans la Uevuc des Deux Modules avec le n" 21. — Celle lettre a le n° 37 dans la collection Gélis-Didot.
le plus besoin * de toi. J'ai passé la plus malheureuse journée qu'il soit possible, j'en suis encore toute troublée, à peine sais -je ce que j'écris....
J'ai vu aujourd'hui ce qui peut m'arriver de plus malheureux après la perte de ton amitié que je mets au-dessus de tout, j'ai vu la dissension parmi mes frères, moi qui mettais toute ma joie à les voir bien ensemble; mon père hors de lui de voir une pareille scène, et maman par le même sujet dans l'état le plus pitoyable où les attaques de nerfs l'aient jamais mise ; moi seule, hélas, avais conservé assez de sang-froid pour sentir toute l'horreur d'une pareille scène; certainement en pareil cas un long évanouissement m'eût été plus heureux. Bon dieu mon ami que l'homme est effroyable et méprisable dans les excès d'emportement, et combien peu alors nos larmes et nos prières sont écoutées.
Je te révèle là des choses dont je ne devrais pas t'importuner et que je devrais môme cacher pour l'honneur de mes frères, mais tu es tout pour moi, après Dieu tu es toute ma consolation; tu es- plus pour moi que père, mère et frères. C'est toi qui réunis mes affections les plus tendres, c'est de toi que je voudrais des conseils, car je sens toute l'horreur du procédé de mes frères sans pouvoir la leur faire partager, et cependant tout mon désir serait de les voir