‹ Amour de philosopheChapitre 103 sur 194 · DE BERNARDIN DE SAINT-PIERRE · texte numérisé non relu

DE BERNARDIN DE SAINT-PIERRE

J"ai écrit au Ministre de la guerre une lettre en faveur de ton frère. J'y ai passé une partie de ma matinée. Je voulais en écrire une autre à ton frère S' Léger sur l'événement dont tu me fais part, mais j'ai cru que ce serait te compromettre car il pensera que tu m'en as instruit. Je trouve plus convenable que tu lui en écrives toi-même avec cette douceur qui est le fond de ton caractère et qui étant un jour développée doit faire ton bonheur et celui de tout ce qui t'environne.

Engage-le donc par ce qu'il doit à son père de lui écrire sur les reproches qu'il a à se faire par rapport à

1. Sans indication de lieu, ni de date; mais postérieure à la précédente, à laquelle elle répond; — pas signée; — sans adresse; — pas oblitérée; — inédite. — Cette lettre se trouve à la Bibliothèque du Havre (dossier li4, p. 27 et 28).

son frère. Dis-lui ce que t'inspirera Ion cœur et tu le persuaderas, peins-lui l'état de ta mère, le tien'. Rappelle-lui que son père est l'arbitre de son bonheur et que son retour vers son frère ramènera son père à lui. Voilà, ma chère amie, une œuvre digne de toi : une femme doit être un ministre de paix parmi des hommes furieux *. C'est pour calmer " les passions violentes des hommes, que la nature a donné pour armes aux femmes, des traits * doux, une voix touchante et des larmes.

Ne te glorifie donc point avec moi de la force de tes bras, tu ne peux triompher que par ta faiblesse.

Tu sentiras de jour en jour, ma tendre amie, le prix du bonheur de l'intimité et de la solitude. Les événements d'hier t'en ont dit plus que ma lettre. La tienne m'a touché. Plus je te connais plus je te trouve digne de mon amour et de mon estime. Exerce-toi donc à de douces vertus, comme sœur et comme fille, non que je veuille les mettre jamais à l'épreuve mais afin que je t'en puisse donner la récompense un jour comme ton époux. Puissé-je un jour te faire trouver en moi ainsi que tu le dis, père, mère, frère. Un mari doit être tout cela et encore quelque chose de plus. Je t'embrasse comme tu mérites d'être embrassée. Adieu,

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