DE BERNARDIN DE SAINT-PIERRE
A la Citoyenne De Saint-Pierre
auprès du Passage de la Nacelle
a Essonnes. — Boute de fontainebleau.
Je reçois avec grand - plaisir, ma bonne amie, des marques de ton souvenir. J'ai un grand empressement de te revoir. Je compte vendredi avoir le plaisir de t'embrasser, ainsi que notre chère enfant ; mais n'oublie pas le chapitre des événements, quoique je n"en prévoie aucun qui puisse retarder mon départ. Je sais que ton inquiétude est égale à ta sensibilité; il faut conserver ta philosophie que souvent une bagatelle peut troubler si elle est imprévue; en pensant à mon oranger, je me suis dit plus d'une fois, il est sujet à la gelée, et à mon jardin, les mauvaises herbes croîtront avec les bonnes. Nous nous ferons un amusement de remédier à ces petits maux, ou une petite vertu de les supporter ^ A Dieu ne plaise qu'une chenille ou un brouillard ne trouble ta tranquillité. Je vais m'occuper des nouvelles commissions que tu me
1. De Paris; — datée du 23 floréal an III, c'esl-à-dire : 12 mai 1795 (mardi); — signée; — porte une adresse; — oblitérée; — entièrement publiée par Martin. — Cette lettre porte le n° n dans la Correspondance imprimée, et le n" 16 dans la collection Gélis-Didot.