DE BERNARDIN DE SAINT-PIERRE
A la Citoyenne Didot Mère ■près la papeterie
à Essonnes.
Je ne peux parler, en aucune manière, des affaires de la succession à ma femme dont les vapeurs ne font qu'augmenter. Elle s'est mise dans la tête d'avoir la disposition de mon argent, ou une pension particulière ou de divorcer. Elle me laisse le choix : je lui
au-dessus de la ligne. Aimé Martin a imprimé : du moins pour les filles, sera ma famille.
1. De Paris; — du G ventôse an VII, c'est-à-dire du 2i févriern99 (dimanche); — signée; — pas oblitérée; — adressée, non pas à l'élicilé, comme toutes celles que nous avons publiées, mais à Mme Didot, mère de la femme de bernardin ; nous l'imprimons ici, parce qu'elle est fort intéressante : il y est question du divorce; — publiée par nous dans la Revue des Deux Mondes avec le n" II. — Celle lellre n'esl pas numérotée dans la collection Gélis-Didot.
ai représenté, qu'elle n'avait jamais manqué de rien avec moi; que lorsqu'elle me demandait 40 ou
50 pour solder la cuisinière, je lui donnais
3 louis, ainsi de tous les comptes, sans lui demander ce qu'elle faisait du surplus ; que je lui soldais ainsi toutes les dépenses dont elle était seule chargée; que je l'invitais depuis longtemps à acheter du linge dont elle se plaignait de manquer; à tout cela elle répond qu'il est humiliant pour elle de me demander de l'argent toutes les fois qu'elle en a besoin, et elle me donne l'alternative ou dune pension qu'elle fera régler ou du divorce. Toutes ces altercations sont mêlées de larmes, qui font couler celles de Virginie. Heureusement ces scènes n'arrivent pas tous les jours, car je n'y tiendrais pas. Je la mène de temps en temps au spectacle pour la dissiper; elle se croit d'ailleurs poitrinaire décidée. Je désire bien que votre retour la ramène à de meilleurs sentiments; j'en serais inconsolable si je ne les attribuais à sa maladie. Plaignez votre fille et pour le moins autant
Votre fils De Saixt-Pierre.
Paris ce 6 ventôse an 7,
BERNARDIN DE SAINT-PIERRE ET FÉLICITE DIDOT. 219 69. — DE BERNARDIN DE SAINT-PIERRE *.
A la Citoyenne De Saint Pierre chès La Citoyenne Didot Mère, en sa maison près la papeterie
a Essonnes.
Je suis bien inquiet, ma bonne amie, de ne pas recevoir de tes nouvelles. Je comptais en aller chercher moi-même le 24 de ce mois, mais j'ai un rendezvous pour les affaires de la succession. En partant le 25 il me faut être de retour ici le 27. J'aime mieux différer jusqu'au 28 afin de passer plusieurs jours de suite auprès de toi. Fais-moi donc en attendant un petit mot de réponse.
Embrasse pour moi ta bonne mère dont je partage bien toutes les sollicitudes. Je n'ai pas besoin de te recommander nos enfants. Notre Virginie est-elle bien obéissante? Je lui apporterai une poupée qui m'a été donnée pour elle. Je la lui remettrai si elle a été sage. Mais comment ne le .serait-elle pas? elle sent qu'elle est maintenant pour toi une de tes plus chères consolations.
1. De Paris; — du 21 fructidor an Vil, ccsl-à-dire du 1 septembre 1799 (samedi), et non de l'an VIII, comme l'a imprimé Aime Martin (ce qui ferait septembre 1800, or Félicité était morte en décembre 1"9'J); — signée; — porte une adresse; — oblitérée; — pas entièrement publiée par Aimé Martin. — Cette lettre porte le n° .31 dans la Correopondance imprimée et dans la collection Gélis-Didot.
Henriette va s'occuper du soin de te préparer des] haricots pour l'hiver.
[Les papiers ci-joints sont destinés pour l'agent de| la commune d'Essonnes, auquel je te prie de les faire remettre sur-le-champ. Si le Cif^" Robin pou-1 vait s'en charger ou seulement les recommander, lej succès en serait plus assuré, mais la maladie de sonj enfant lui donne assez d'embarras.] ^
Ma chère amie, mets toute ta confiance en Dieu. II j est le grand médecin de la vie puisque c'est lui qui nous la donne. Il aura pitié des souffrances d'une' aussi bonne mère que toi, si nécessaire à tes enfants' que tu élèves avec tant de soin. Il aura pitié de moi, ' ma tendre compagne, la couronne de roses de mes cheveux gris. Il te conservera pour de meilleurs jours. Tout le monde ici prend part à ta santé. La bonne Henriette me prie de te présenter ses respects. Sois bien tranquille du côté de l'esprit. Le corps s'en ^ porte mieux quand l'âme est en repos. Je t'embrasse de tout mon cœur, ma chère et tendre amie; je suis pour toujours, ton tendre et fidèle mari,
De Saint-Pierre.
A Paris, ce 21 fructidor an 7.
i. Après : les, le mol : lui, a été rayé.