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Probablement au Jardin des Plantes

BERNARDIN DE SAINT-PIERRE ET FÉLICITÉ DIDOT. 63 4. — DE FÉLICITÉ DIDOT*.

A Monsieur

Monsieur de Saint Pierre

Auteur des Études de la Nature

Rue de la Reine Blanche

A Paris.

^Quelle obligation ne vous ai-je point, ô le plus indulgent des hommes, de ne point avoir dédaigné répondre à ma lettre et de m'encourager avec tant de bonté à continuer. Il est impossible de vous peindre le plaisir que m'a causé la vôtre dans les temps où nous sommes. J'ai déjà bien versé des larmes de tristesse, et vous m'en faites répandre de joie,] ce sera désormais une de mes grandes consolations, en lisant votre lettre je me trouverai moins à plaindre et au contraire fort heureuse....

Je suis pourtant ici beaucoup plus tranquille qu'à Paris : la campagne est bien faite pour inspirer le calme; la seule chose qui me fâche est de n'y point voir maman -, car je suis persuadée qu'elle est tou-

1. Dllssonnos, le 2laoûl 1792; — signée; — porte une adresse; — oblitérée ; — ne figure pas dans laCorrespondance imprimée ; porte le n° 2 dans la publication de la lîpvue des Deux Mondes ; avant nous, M. Maury en avait cité deux courts fragments, rais entre crochets; — en haut de la lettre, écrits à l'encre, sans doute par Aimé Martin, ces mots : • lettre qui prouve qu'il ne l'a pas séduite. » C'ittc lettre a le n" 33 dans la collection Gélis-Didot.

2. Les mots : voir maman ont été oubliés et écrits au-dessus de la ligne.

jours aussi prompte à s'affliger. Je désirais aussi y posséder une autre personne ^ également chère à mon cœur; mais j'attendrai du temps cette aimable société....

Je n'ai point d'autre livre présentement qu'un abrégé de l'histoire moderne par l'abbé de Condillac ; je n'ai pu encore en lire beaucoup ayant eu plus de monde que je n'aurais désiré, mais le peu que j'ai lu m'intéresse : en voyant de tout temps des révolutions, les unes fortes, les autres moindres, je prends du courage pour attendre la fin de la nôtre....

Ne pensez-vous donc plus à votre petite île - en me chargeant de vous chercher une chaumière, puisque vous êtes décidé à y mettre le prix; j'espère bien que nous aurons le bonheur de vous y voir; pour moi c'est l'endroit que je vous souhaite le plus étant fort agréable et le plus voisin de chez nous....

Vous voyez que je ne tarde pas à profiter de la permission que vous me donnez, et que je ne suis pas non plus très laconique ; d'ailleurs c'est une chose qui me paraît impossible en vous écrivant, [je dis toujours moins que je ne voudrais dire et ma plume est bien mauvaise interprète de mes sentiments] ; adieu, mon ami; puisque vous voulez l'expression de mon cœur, voilà le nom qu'il vous avait choisi, et en vous le

1. Après : personne^ il y a, dans le texte, un mot rayé, illisible.

2. Après : île, il y a, clans le texte, deux mois rayés, illisibles.

donnant, il en connaissait, je vous jure, tout le prix; vous finissez par m'embrasser, moi je voudrais le faire.

FÉLICITÉ

le 24 août 1792.

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