PAULINE, ERNEST
brnest, s'asseyant près de la table et se dispo sont à écrire.
Voyons, puisqu'ils le veulent, écrivons à mon père.
PAULINE
Et... qu'est-ce que vous allez lui écrire, mon ami?
ERNEST
Damt je vais lui demander ces deux cents
francs si je sais sous quel prétexte, par
exemple...
Vous n’auriez pas besoin de prétexte si vous ne demandiez rien, mon ami.
ERNEST
Sans doute.
PAULINE
Et puis, tromper ses parents... Il me semble que s’il est toujours mal de faire des mensonges, il est encore plus mal d'en écrire.
ERNEST
Mais songe donc que j’ai promis...
PAULINE
Oui, en efTet, vous avez promis de demander de l’argent à votre père.
Air du Banquet du bal.
Mais cet argent qu'il croira nécessaire A vos travaux, vos besoins sérieux,
Ne doit servir, soyez sincère,
Qu’à des plaisirs frivoles et coûteux.
Oui, la parole est chose vénérée,
Mais cette fois est-elle bien sacrée I Non, quelque chose me dit là Que vous u’ccrirez pas cela.
Ah 1 quelque chose me dit là :
11 ne peut écrire cela !
Je ne dis pas... mais qu'est-ce que je vais donc écrire alors ?
PAULINE
C’est tout simple... voulez-vous que je dicte?
ERNEST
Oui , c’est cela, dicte-moi... (Il écrit.) « Mon » cher père .. » Après?
MAGASIN THEATRAL
Pauline, t'appuyant «ur «on épaule .
« C’est dans huit jours que je dois passer mou » dernier examen : bientôt, je l’espère, vous re- ] » cevrez le prix de tous vos sacrifices, bientôt je ' » serai avocat. »
ernest, souriant.
Oh! oh! quelle assurance!
Pauline, dictant.
« Le travail, 4qui me paraissait un peu rude » dans les commencements, est devenu pour moi ! p un plaisir. »
ERNEST
C’est vrai, mais grâce à toi!... tu venais passer tes journées près de moi, tu égayais ma solitude et me rendais l’étude moins aride.
Il va pour l'embrasser.
Pauline, le repoussant doucement.
Achevons notre lettre. « Et aujourd’hui môme | p des amis viennent de m’inviter à une partie de p plaisir; mais comme cela m’empôcherait d’aller » au cours, j’ai préféré refuser...»
br.nest, posant la plume .
Ah! par exemple, je l’arrête là...
PAULINE
Pourquoi donc?
ERNEST
Et votre morale, mademoiselle... S’il est mal de faire des mensonges, il me semble qu’il est plus mal encore d’en écrire.
PAULINE
Eh bien ?
ERNEST
Tu veux que je dise que je ne vais pas avec eux ?...
PAULINE
Cette phrase rendra votre père si heureux!
ERNEST
C’est vrai, mais c’est un mensonge.
PAULINE
Mais si vous refusiez ce dîner, ce n’en serait plus un.
ERNEST
Je te comprends... Eh bien, oui , je leur dirai que je n'irai avec eux que demain.
PAULINE
Demain vous avez votre conférence...
ERNEST
C’est juste... eh bien, après-demain...
PAULINE
Soit!... Ah! mais j’y songe... après-demain c’est jeudi, jour où nous avons l'habitude d’aller ensemble porter quelques secours à cette pauvre mère Bernard, qui est malade à l'Hôtel -Dieu... elle est si heureuse quand elle nous voit, et une bonne action, ça vaut toujours mieux qu'un plaisir...
ERNEST
Mais alors comment faire?.,, car à moins de ne pas y aller du tout...
PAULINE
Mon Dieu, oui, ce serait le seul moyen... mais vous vous ennuieriez peut-être trop avec moi.&
FRNEST.
M’ennuyer... allons donc!
Même air .
C'est en vain que ton cœur m’accuse,
Près de toi je me sens heureux ;
C'est donc décidé, je refuse,
Et je n’irai point avec eux.
Pauline, sautant de joie.
Ah! que vous êtes gentil !
ERNEST, finissant sa lettre.
Et c’est toujours ainsi; mademoiselle me fait faire tout ce qu’elle veut.
PAL'LINE
Vous n'avez pas de regrets je l’espère?
F.RKKST.
Non, car je songe au bonheur de mon père,
Et quelque chose me dit là :
J'ai bien fait d’écrire cela.