‹ Amour et amourette drame en cinq actes, mêlé de chantChapitre 18 sur 57 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

PAULINE , puit OSCAR et SOSTHÈNE.

PAULINE

Ah ! que je suis contente! que je suis joyeuse d’avoir réussi!... Ce bon Ernest, il est un peu faible de caractère, il sc laisserait entraîner comme les autres... comme son cousin... heureusement, je suis là pour le retenir, le conseiller.

oscar, entrant précipitamment .

Vous êtes seule?... Bravo!

PAULINE

Monsieur Oscar!... Qui vous ramène?...

OSCAR

Oui, c’est moi ; j’ai laissé les amis au café où ils m’attendent, et je viens vous demander une explication.

PAULINE

Une explication !

sosthène, paraissant tout à coup.

Une explication!... part à deux!... j’en suis!

OSCAR

Comment ! te voilà aussi... Tu quoque l

Moi quoque !... j’accours pour le même objet.

PAULINE

Enfin celte explication...

OSCAR

Voilà!... sous le frivole prétexte d’étudier son droit, Ernest se sépare de nous...

SOSTUÈNB.

Aussi, nous venons vous aider à vous insurger et à vous venger!...

PAULINE

Me venger!

OSCAR

Air : Jadis Daniel aimait Jenny (Lady MeWil). Quand nous allons danser Valser.

En fourmilière,

A la Chaumière,

Lui, sortant du rang,

Nous lâchant d'un cran,

Vous laisse en plan,

Le tyran 1

PAULINE

C’est vrai !

SOSTBF.NE.

Quand du logis nous fuyons tous Pour Romainville,

Ou 1' pèr’ Laluile,

* Oscar, Pauline.

" Oscar, Pauline, Sosthène.

14 MAGASIN THEATRAL

Il reste avec vous,

Et sous les verroux Vous tient loin de nous,

Le jaloux !

PAULINE

C’est encore vrai !

Tout bas, messieurs, je dois le dire,

Ici l’un de nous deux A l’autre impose son empire Comme uu tyran affreux I

OSCAR

J’en étais sur...

PAULINE

Mais ce tyran qui sous sa loi Opprime, îlélaK 1 sa victime.

Et cause tant d’effroi,

Sur ma foi I Messieurs, c'est moi !

OSCAR

Vous..* ah! bah! c’est une plaisanterie.

SOSTHÈNB.

Et le motif?

PAULINE

Le motif, je vais vous le confier pour justifier Ernest.

OSCAR et SOSTHÈNB.

Voyons!

PAULINE

Quelque temps après le jour où je fis au spectacle la connaissance d’Ernest, quand déjà je commençais à partager cet amour qu’il éprouvait pour moi, j’étais à travailler dans ma petite chambre du boulevard Mont-Parnasse, lorsqu’un commissionnaire frappa à ma porte et me remit une lettre. Ne connaissant personne à Paris, d’abord je crus qu’il se trompait, mais il y avait bien dessus : «Pour mademoiselle Pauline Canlel. » Je l’ouvris donc, et jugez de ma surprise, elle était siguée Antoine Duvivier...

SOSTH&NE.

Antoine Duvivier!

OSCAR

Le père d’Ernest !

Oui, messieurs, c’était son père qui m’écrivait cette lettre, je l’ai religieusement conservée... la voici, écoutez-la.

Elle la tire de son sein.

OSCAR et SOSTHÈNB.

C’est singulier!

Pauline, lisant.

a Mademoiselle, je vais quitter Paris en y lais- » sant un fils privé des conseils et de l’appui pa- » ternels. Ernest a de bons penchants, un cœur ■ ■ noble et généreux ; mais toutes ces excellentes p qualités pourraient se flétrir et se perdre par de » mauvaises fréquentations et des exemples perni- » eieui. Je sais qu’il vous connaît, qu’il vous aime;

» mais je sais aussi que vous êtes une honnête ) f fille, et je vous le confie, mademoiselle... Quel-

p que étrange que puisse vous paraître cette dé- » marche d’un père, c'est un dépôt sacré que je » remets entre vos mains. Ne détournez jamais mon p fils de ses devoirs; ne l'entraînez pas à de folles p dépenses, a de vaines dissipations; c’est à vous p qu’un jour je demanderai compte de sa conp duite... et si elle a été telle que je l’espère, si p grâce à vous, à vos conseils, il était devenu un » homme distingué... je ne m’explique pas, ma- » demoiselle, mais vous verriez jusqu’où peutal- » 1er la reconnaissance d’un père. » J’étais heureuse de celtedéniarehe qu'il faisait auprès de moi, j’étais ficrc de cette confiance qu’il me témoignait; je me suis promis d’en être digne... Et quand Ernest me proposait de me conduire à la campagne, au spectacle ou au bal, le cœur me battait bien fort; plus d'une fois j'ai été sur le point de céder; mais alors je relisais cette lettre pour y puiser un nouveau courage, j’essuyais une larme de regret, je reprenais mon ouvrage, et nous restions a travailler ensemble !

Oh! c'est bien, c’est très-bien... et quoique ça n’enlre guère dans mes mœurs à moi, puisqu'il y a dix-neuf ans que je fais mon droit, je déclare que c’est sublime.

SOSTHÈNB.

Ah ça, mais cette récompense qu’il vous promet, qu’est-ce que ça peut être ?

PAULINE

Comment! vous n’avez pas compris!... ( Relisant la dernière phrase.) « Vous verrez jusqu’où » peut aller la reconnaissance d’un père. » Quelle récompense puis-je espérer... quelle récompense peut-il m’offrir?...

OSCAR

Parbleu ! un bon mariage; elle est un peu digne de lui.

SOSTHÈNB.

Un mariage avec sa maîtresse!

PAULINE

Sa maîtresse ! mais je ne le suis pas, je ne l’a* jamais été.

oscar.

Jamais été !

SOSTHÈNE

Est-il possible!

Ai R de Téniers.

En exauçant ses vœux et sa tendresse,

C’était d’Ernest préparer les regrets ;

Il me devra la gloire et la richesse.

Il me devra son rang et ses succès.

On le destine à l’ouvrière obscure,

Et j'ai voulu, veillant sur son honneur,

Que sa femme fût chaste et pure,

Pour qu’il me doive encore son bonheur.

sosTHÈNE, à part.

Ça me fait plaisir d’apprendre ça!

oscar, riant.

Comment! ce pauvre Eruest... lia! lia! lia!...

Au fait, j’ai tort de rire... Mais s’il allait ne plus tous aimer I

PAULINE

Lui ! s'il ne m’aimait plus ! je renverrais à son père la lettre qu’il m’a écrite... je me dirais, ma tâche est finie ici bas... j’irais encore prier une fois à Notre-Dame des Champs, et une heure après je serais sur la route de Metz.

Pauline, vous êtes uue brave fille! Je vous aimais déjà... maintenant je vous vénère... oui, je vous vénère... et je cours au café rejoindre les autres qui s’impatientent.

PAULINE

J’ai à reporter de l'ouvrage, je descends avec vous.

SOSTHÈNE

Et moi aussi.

OSCAR

Du tout. On sait que tu as eu des idées sur elle, il ne faut pas qu’on vous voie ensemble; lu sortiras tout à l’heure*. Mademoiselle Pauline, voici mon bras. AhI sacrebleu 1 qu’on m'en montre une pareille dans le quartier Latin, et je paye des cerises.

ENSEMBLE

Air

Sortons tous deux ;

De cette manière,

Ma chère,

Tout est au mieux,

Nous narguons les propos fâcheux.

PAULINE

Sortons tous deux ;

De cette manière,

J’espèro,

Nul envieux

Ne tiendra do propos fâcheux.

SUSTIIÈNR.

Sortez tous deux ;

De cette manière,

Ma chère.

Tout est au mieux,

Vous narguez les propos fâcheux.

Oscar et Pauline sortent.

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