ABANDON
Me voilà seul cncor. — La fraîcheur de Tannée* Son parfum passe en vain sur ma tête inclinée.
0 parfum, 6 fiaîcheur, Laissez-moi : — je n'ai plus ma jeune fiancée. Et rien n'arrachera celle pierre jjlacéc
Qui pèse sur mon cœui*.
Rien ne me distraira, pas même sur la branche Cet oiseau gracieux, cette colombe blanche
Qui fuyait les hivers; Pas même le soupir descendu des ramées, Et pas même ces fleurs, étoiles parsemées
Au bord des gazons verts.
Seul encor. — Ah ! ce mot redouble ma tristesse : Si mes lèvres sentaient quelque goutte d'ivresse.
Ce mot viendrait l'aigrir. — Que faire quand le cœur perd son reste de flamme, Quand le mal a touché les racines de l'àme.
Et qu'on se sent mourir ?
Seul encor. — Si du moins j'obtenais en échange De tant de pleurs versés, le bonheur de cet ange
Que j'ai vu dans l'effroi !
Mais, non; — mon triste adieu ne l'aura point calmée, Hélas ! et je sais trop qu'elle est tout alarmée
Quand elle songe à moi.
AMOLR ET FOI. 143
0 Vicr|];e, cndormcz-Ia; consolez-la, Marie; Fermez jusqu'au matin sa paupière tarie,
Sa paupière sans pleurs, Endormez-la; — cette âme a besoin de prestige; Ne laissez pas les vents secouer sur sa ti(T;e La plus frêle des fleurs.
Semez devant son œil fatigué de la terre Ces visions d'en haut qu'aucun voile n'altère
Et qu'on ignore ici; Montrez-lui dans les cieux sa brillante couronne, Montrez-lui dans les cieux sa place qui rayonne
Auprès d'Adonaï.
Et quand l'aube revient peupler l'horizon vide , 0 Vierge, recueillez sa prière limpide
Comme un reflet de jour; Et le soir, laissez-la, cette abeille si pure. Rapporter pour trésor dans sa cellule obscure
L'espérance et l'amour;
L'espérance du cœur qui soutient et console, L'espérance qui place au fond d'une parole
Un miel délicieux; L'espérance et l'amour, l'amour, ce divin rêve. Le plus puissant de tous, le seul qui nous élève
A la hauteur des ci^ux 1