DMtÛMtloa de la iMBUM
XXXV. •— Le problême paraît donc insoluble : qui rachètera la femme, si elle ne peut se racheter par Tidéal ? Et si la femme n'est rachetée, si elle doit rester serve, que deviennent l'homme et la société? Le pacte conjugal déclaré impossible, la Justice reste sans organe ; elle retombe à Tetat de simple notion; toute moralité, toute liberté expire : la création est absurde. Femme tu ne peux être ni mon associée ni mon épouse, et je ne te veux pas
Î^our courtisane. Eh bien, malédiction sur la nature, et que e monde finisse : ie t'écrase...
Encore un effort, et la vérité nous apparaîtra çeut-être. Ce problème désespéré ne serait-il pas résolu précisément parce que nous venons de dire, et dont le langage humain, forcément analytique, nous déguise le sens? Uondensons nos idées, et tâchons d'en dégager la formule.
La poésie primitive eut pour caractère particrolier de personnifier les facultés humaines ; ce fut l'origine de la mythologie ;
Minerve est la sagesse, et Ténus la beauté.
Ce n'est plus la vapeur qui forme le tonnerre s C'est Jupiter armé pour effrajer la terre...
Or, ce que la poésie râve^ la nature lo réalise : qu*est-ce que la femme?
La femme est la conscience de l'homme personnifiée. C^est l'incarnation de sa jeunesse, de sa raison et de sa Justice, de ce qu'il y a en lui de plus pur, de plus intime, de plus sublime, et dont Timage vivante, parlante et agissante lui est offerte, pour le réconfonter, le conseiller, l'aimer sans fin et sans mesure. Elle naquit de ce triple rayon qui, partant du visage, du cerveau et du cœur de Thomme^ et devenant corpS| espritet conscience, prodoisiti
f f^ AMOUR ^ T MARIAGE
^0f6 merreilleuse, est pour rhomme Timiqua remède» poH pfur la honte qu'elle lui inspire lorsqu'elle se refuse, •oit qu'elle le fasse repentir de son indiscrétion en se livrant et s'enlaidïssant. La litanie redouble ici d'insistance: J/a^er jnM^'^jiN4if Mater castùsima^ Mater inviolata,^ Mater inU- €iM^ieto, Virço pradicanda.
De quelque côté qu'il la regarde, elle est la forteresee c|ê ia conscience, la splendeur de son âme, le principe de sa félicité, Pétoile de sa vie, la fleur de son ê^e : Turris ebuff^ea^ JÙomus aurea^ Janna, cœli^ SteUa matutina^ Eo$a f/iyiiica. Quelle puissance dans ses regards 1 Firgo wtctu. (Quelle est délicieuse, appuyée sur le oras de son nancél Qua est ista qum ascendit de deserto^ deliciie c^ueue^ itwÙHi iuper dilecium suum? Quelle est imposante dans sa déinCEFcbe et radieuse! Et comme il est ému auprès d'elle 1 QuaH aurora eomurgens^pulchra utluna^ eïeeta ut eol^ terri" iilû ut eaetrorum acies ordinata! Que lui fait Téloge de 8ee pareils ? La femme seule peut l'honorer et le réjouir : Vas hûnoraiile^ Causa nostre lœtitiœ. Seule elle peut lui dire : Je te récompenserai au delà de tes mérites, £!go ero merces tua ^nagna nimis. Vaincu, coupable, c'est encore dans le sein de la il mme qu il trouve la consolation et le pardon ; elle seule l'Cut lui tenir com|>tc' de Tintention et du bon vouloir, découvrir dans sc^s passions de motifs d'excuse, chose que néglige la Justice ('es homines : Rcfugium peccatorum, Consolati'ix oDUctonun. Elle seule enfin, dans la persécution, ia ven^e^:.eo et la liaine, sollicitera pour fui sans abaisser sa lierlé, fei-a valoir son repentir, et ses douleurs, et sa constance : Rcf/ina mariymm^ Regim coycssorwm.,. Jamais je n'ai pu enteidro chanter ces litanies sans un frisson de volu;,i6, et je regarde comme un bonheur que la jeunesse, qui d'ailleurs ne s'en soucie guère, n'y comprenne rien. pia! lenigna! regina! C'est à devenir fou d^amour, et l'amour, mémo inspiré par la religion, même sanctionné par la justice, je ne l'estime qu'autant qu'il m'est une élévation de cœur, une excitation à bien faire : l'amour en lui-même, je ne l'aime pas.
Vous le voyez, MonseigLeur, c'est le christianisme, c'est l'Eglise, c'est vous-même, qui, sans le savoir,m'allezfoiuTur la théorie du mariage. Acceptez-en l'hommage, et puisse ,tef§uiine .(Revenir la n: ici ia tri ce de notre réconciliation!
AMOUR ET MAHUGE M
M» WénùaMion du pacte conjugal : premier degré de JoridîoUoto
XXXVI. — L'homme et la femme se sont vus : ils s^aiment. LHdéal les exalte et les enivre, leurs cœurs battent à Tunis- 86n;la Justice vient de naître dans leur commune con* ■oienoe. Toute la création, qui de la mousse au mammifère A préparé, par la distinction des sexes, l'ineffable mystère, applaudit au mariage.
• Rendons-nous compte de ce pacte, le premier de ceux que l'homme aura à former, sans lequel les autres seraient comiûe de plein droit résiliés, et qui n'aura jamais son pareil.
Quel est ici l'apport des parties? En autres termes, qu'est-ce qui fait la matière du contrat? Ce ne sont pas les services : de l'homme à la femme l'échange de services se conçoit sans doute et peut exister; de là le contrat de domesticité. Mais la servante n'est pas Fépouse, ceci n'a pas besoin de discussion. Le concubinat même et la maternité, joints au service du ménage, ne suffiraient pas à faire passer la femme du rang de domestique à celui de matrone : tout cela peut se liquider en argent, tandis que les honoraires de l'épouse ne peuvent s'estimer ni en marchandise ni en espèces. Ce n'est pas, enfin, le plaisir non plus qui fait l'objet du mariage : nous l'avons prouvé à satiété par l'analyse de l'amour et de ses œuvres.
Le mariage est l'union des deux éléments hétérogènes, la puissance et la çrâce : le premier représenté par l'homme, producteur, inventeur, savant, guerrier, administrateur, magistrat; le second, représenté par la femme, dont la seule chose qu'on puisse dire e^t qu'elle est, par nature et destination, l'idéalité réalisée, vivante, de tout ce dont rhomme possède en lui, à un degré supérieur, la faculté, dans les trois ordres du travail, du sr^voir et du droit. Voilà pourquoi la femme veut l'homme fort, vaillant, ingénieux : elle le méconnaît, s'il n'est que gentil et mignon ; pourquoi lui, de son^côté, la '«■^eut belle, gracieuse, bien disante, discrète et chaste.
Quelle étincelle va jaillir de ce couple?
C'est un principe fondamcnt.il en théologie, principe que
tu AMOm ET MIRIAU
nous avons fait nôtre par la mani&re dont nous ayons mdn compte du progrès, ou pour mieux dire de Porigine du péché, que Thomme ne fait rien sans le secours de la grâce, en langue philosophique, sans idéal ; que sans cette
nourrit le courage de Thomme, qui développe son génie, fortifie sa conscieuce. Par cette grâce divine il connaît la honte et le remords : il se rend industrieux, philosophe, poète ; il devient un néros et un juste juge, il sort de 1 animalité et s'élève au sublime.
Telle est donc la série d'idées qui a décidé la création de la femme et fixé son rôle.
Sans une faculté positive et prédominante de Justice, point de société; sans un sentiment prof ond de la dignité personnelle, point de Justice ; sans idésd, point de dignité; sans la femme et Tamour qu'elle inspire, point d'idéal : pour mieux dire, l'idéal reste impuissant; la grâce est inefficace, elle avorte. Nous avons vu ce que seraitla femme sans ce trésor de sentiment et d'idées que la puissance virile verse en son cœur, et que sa seule peine est d'idéaliser ; l'homme à son tour, sans la grâce féminine, ne serait pas sorti de la brutalité du premier âge : il violerait aa femelle, étoufferait ses petits, ferait la chasse à ses pareils pour les dévorer.
Il suit de là que l'union de l'homme et de la femme ne constitue pas un pacte synallagmatique, dans le sens et les conditions ordinaires du contrat de mutualité, un tel pacte supposant les contractants ou échangistes respectivement complets dans leur être, semblables dans leur constitution, éclairés d'ailleurs par la Justice, au nom de laquelle ils s'associent ou traitent delà permutation de leurs services et produits. L'homme et la femme forment, au moral comme au physique, un tout organique, dont les parties sont complémentaires l'une de Tautre ; c'est une personne composée de deux personnes, une âme douée de deux intelligences et de deux volontés. Et cet organisme a pour but dô créer, la Justice en donnant l'impulsion à la conscience, et de rendre possible le perfectionnement de l'humanité par elle-même, c'est à dire la civilisation et toutes ses mer-
AMOUR rr MAmAGÎ' f i|
veilles. Commeni s^accomplit cette justification?' Par l'excitation de l'idéal, ce que les théologiens nomment grâce,
lui-même peu à peu obéit à d'autres influences ; mais une fois trempé par la Justice il ne rétrograde plus ; et c*est un fait (}ue la corruption des sociétés ne commence pas par les générations (yii ont aimé, elle commence par celles qui n'ont pas aime encore, ou chez qui la volupté a pris la place de l'amour. Otez à la jeunesse la pudeur et l'amour, donnez-lui en échange la luxure ; elle perdra bientôt jusqu'au* sens moral : ce sera une race vouée à la servitude et à l'infamie.
Cependant, rapprochés par la grâce, la poésie et l'amour, l'homme et la femme n'en restent pas moins soumis aux conditions économiq^ues de l'existence : il faut travailler, pourvoir, se diriger a travers les difiicultés de la vie. Comment vont se régler les conditions de leur alliance, puisque en définitive il iry a pas seulement entre eux pacte d'amour, mais constitution de droit ?
L'homme et la femme s'épousent sous la promesse et la loi d'un dèvoûment réciproque absolu. L époux se doit tout entier à son épouse, réponse se doit tout entière à son éi>oux, et telle est la nature de cette réciprocité qu'elle n'a pas cour objet un avantage positif, matériel, comme l'exige la loi de toute société civile ou commerciale : dans le mariage, les avantages matériels ne sont qu'un accessoire, je dirais presque un accident, dont le partage est loin de pouvoir être regardé par les époux comme une compensation de ce qu'ils se donnent, rour prix des travaux, des combats, des meurtrissures que l'honneur de la communauté et la gloire de sa femme lui commandent, l'homme recueillera, quoi? un sourire; la femme à son tour, pour prix de ses soins, de sa tendresse, de sa vertu, aura, quoi? un baiser. Des deux parts, sacrifice complet de la personne, abnégation entière du moi, la mise en jeu de la vie et de l'être pour une récompense idéale : voilà le sacrement de Justice, voilà le mariage.
L'honune et la femme sont-ils faits égaux par cette union? — En sésuLTAT, au point de vue de la oignité et
de U fOfeHét dans I0 «aeret de 1» diittibro nuptiale el dans leur for intérieur, oui, ils sont ^aux ; le mariage, fondé sur un dévoûment réciproque, absolu, implique communauté de fortune et d^honneur. Devant la sodété ei dans la pratique esfiérieurê^ dans tout ce qui conc^^me les travaux et la direction de la vie, Tadministration et la défense de la république, cette égalité n'existe pas, ne peut pas exister. Pour mieux dire, la femme ne compte plus, elle est absorbée par son mari. Et pourquoi? D un côté, la femme ne peut soutenir, pour la puissance des faculté», la comparaison avec Thomme, ni dans Tordre économique et industrie, ni dans Tordre philosophique et Httéraîref ni dans Tordre juridique : or, ces trois ordres de mttiife«* tations, correspondant aux catégories de Tutile, du vrai et du juste, embrassent lee trois quarts de la vie sociale. Sous ce rapi^rt, la société, en refusant à la femme Tiao» nomie, ne lui fait aucun tort : elle la traite selon ses aptitudes et prérogatives. DansTordre politique et économique la femme n'a véritablement rien à faire : son rôle ne commence qu'au delà. — Elle reprend, direz^vous, Tavaa* tage par la grâce et la beauté, et par Tinfluence qui en résulte. — (m^ mais encore une fois cet avantage ce n'est pas à la société, militaire, industrielle, gouvernementale, philosophe, juridique, à en faire la compensation. L'Etat, ou la société, comme on voudra, ne connaît point, ne peut
{)as connaître des choses de Tidéal et de l'amour. C'est & 'époux, représentant de la société vis-à-vis de la femme, à rembourser son épouse : ce qu'il fera, mais hors du mar* ché, et en une autre monnaie, qui est le sacrifice de tout lui-même, en autres termes, par Tamour conjugal. Sortez de ce système, vous changez Tordre de la nature; vous rendez Thomme misérable, sans rendre la femme plus digne ni plus heureuse. L'égalité des droits civils et poUtiques supposant une assimilation des prérogatives de grâce dont la nature a doué la femme avec les facultés utilitaires de Thomme, il en résulterait que la femme, au lieu de s'élever par ce mercantilisme, serait dénaturés, avilie. Par l'idéalité de son être, la femme est, pour ainsi dire, hors de prix. Elle atteint plus haut que Thomme, mais à condition d'être portée par lui. Pour qu'elle con*
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AMOim ET MARTaGE fiS{
faculté proâncfricé, tme Tuteur échangeable, mais une qualité transcendante, il faut qu'elle accepte la loi di» 1* puissance maritale : Tégalité au for extérieur, la rendant a l'homme odieuse et laide, serait la dissolution du tta^ riafçe, la mort de Tamour, la perte du genre humain. Tel est le mariage théorique, mariage qui sd réâliso de
S oint ea point dans la collectivité sociale, par Fensemble es rapports qui soutiennent entre eux les deux sexe», «t compensation faite des anomalies de détail et des grjûH individuels, mais dont on ne manquera pas de dire qa% est encore, pour Timmense majorité des sujets de Pun et de l'autre sexe, une utopie. Ceci nous conduit à uM Mil» yelle foce de la question.