‹ Amoureux d'artChapitre 2 sur 29 · I. Non. Quelle porte ouverte aux neutres · texte numérisé non relu

I. Non. Quelle porte ouverte aux neutres

Avoir une œuvre d'art à bon marché, se dire : (( Cela m'a coûté 1,000 francs, cela vaut bien davantage. » (Ce n'est pas par intérêt, c'est par orgueil.) Penser à cela, se sourire. Je me souris.

Chaplin flatte ma gourmandise.

Un artiste, un peintre, s'il juge un autre peintre, un peintre vivant, par un patient eff'ort paraît péniblement chercher les mots. Je le crois très habile.

Les silencieux, certains d'entre eux, donnent un regret et attirent sur eux un intérêt : on croit à des vérités détenues.

Des peintres à l'enterrement d'un sculpteur.

d'un ami : Un peintre montrait l'horizon du bout de la canne : « Mais voyez donc cela ! » On quittait le rang. Un autre peintre disait : (( Et l'on va bien loin ! »

Bien avant le mort, l'ami du mort est refroidi.

De peintre a sculpteur :

Jundt : Falguière, c'est le plus grand sculpteur du quartier.

Si vous refusez, madame, ne le dites pas ; si vous cédez, je me tairai.

Je rencontre assez souvent un pauvre acteur, glorieux cependant ; il me dit un jour : « Un rôle où j'avais du plaisir, le rôle de Louis XIII. C'est peut-être parce que c'est un rôle de roi. » Sa bouche^ d'un petit dessin, se déformait légèrement. J'y lisais : « — Moi aussi, — comme vm autre, — moi-même, — oui, par instant. —

Curieux, hein ? — » Il y avait un peu de tristesse, une demande d'indulgence, l'humiliation de se sentir faible et l'orgueil de bravement affronter la honte de l'aveu.

Tableau :

Chei M, Leconte de Vlsle. Un cil est dans l'œil de Mme J. G. Émotion générale, contenue, proportionnée. Inquiétude des personnes présentes : M. H. de B., M. L. D., M. R. deB., M. H. H., M. J. D. xM. Leconte de l'Isle tient la lampe : « Dans quel œil ? » Demi-silence : « Ne frottez pas ! » M. Leconte de l'Isle déposant la lampe : « Je ne vois rien. ))

Dans ma rue :

Un beau...

Du tartre de ses dents poinniadait sa moustache.

Dans ma rue :

Je viens de voir passer Hérodiade !

lO

Le plus souvent les bêtises se disent à pleine voix.

Devant un tableau sans art d'un peintre renommé, il me vient aux lèvres quelques-uns des mots que les cochers se disent entre eux.

Tassaert, chez un marchand de vin par les soirs d'été restait à une table à la porte. Alors que serait venu pour tout autre client l'obligation de se mettre à l'écart, Tassaert faisait virer sa chaise et sans se lever, paresseusement, il faisait face au mur.

C'est là qu'il s'est décidé.

Ce sont toujours les mêmes gens qui tiennent.

Façons d'exprimer :

C'est odieux — c'est honnête — c'est joli, joli.

Mes lectures :

« Jean-Baptiste et Abraham Breughel qui, à en juger par les savoureux tableaux de fruits veloutés conservés dans le Pinacothèque de Turin, méritent d'être classés parmi les plus brillants adorateurs de Pomone. » Charles Blanc,

J'ai rencontré un peintre prix de Rome, décoré, triste. Les bonheurs légitimes ne sont-ils jamais complets ?

Façons d'exprimer :

C'est assez bien, pas très bien, mieux que Vibert.

Un très petit peintre que je ne nommerai pas est un admirable critique d'art. On oserait

presque dire : « Il ne se trompe jamais. » Ah ! ses souffrances !

Mon dédain va vers celui qui n'a pas les mérites qui me manquent.

Dans ma rue :

Mon voisin Amand Bonjour me dit : « Je suis né le 24 juin 1848 ; nous demeurions rue Charlemagne. En revenant avec la sage-femme, mon père avait rapporté un pot-au-feu. Il y avait deux balles dedans. »

Je voudrais lire un texte de loi — une profession de foi — un discours politique — une proclamation à l'armée, dans la langue de MM. de Concourt.

Titre : La parade des gens sans malice.

Un tableau n'est du maître que s'il est digne de lui. Les profils de femme d'Henner que l'on voit rue Laffitte ne sont pas d'Henner; les petites natures mortes de VoUon que l'on voit rue Laffitte ne sont pas de Vollon.

Un jour que j'avais bu un demi-verre de trop. . . Façons d'exprimer :

C'est d'un peintre... — ce n'est pas d'un peintre.

J'ai le goût des notations d'harmonie. J'aime à noter les affinités et les réfractions.

Peu de personnes pleurent seules. On pleure en racontant.

Un peintre m'aborde en me disant : « Vous qui n'aimez pas ma peinture... )) Je ne l'avais jamais dit. Je ne le démens pas.

J'avoue. Un marchand m'offrait un tableau rare. « Il est bien — dis-je — mais c'est de la religion. Le sujet ne m'importe pas et je n'attaque pas l'œuvre. C'est bien. Le sujet peut ne pas être agréable à tout autre ; il ne m'est pas désagréable. Il est ce qu'il est — et il est bien. » J'ai eu le tableau à bien meilleur compte.

Une certaine critique d'art, — chimiste analysant des parfums.

Un peintre :

Le rubis est la quintessence des lanternes rouges.

Façons d'exprimer :

Pour la première fois cette veuve avait mis des pois blancs dans sa robe de deuil.

« Peintre à ses heures. » Horrible !

Dans ma rue :

Deux enseignes : "Boulano^erie du Progrès — Brasserie de l'Espérance. Quartiers pauvres.

Dans ma rue :

Un petit peintre chauve tonsuré par la dèche. Je me rappelle son nom : L. . . On le rencontre :

— Content ?

— Pas mécontent.

Les hommes de mon âge ne sont plus des jeunes gens et ils en montrent de l'ennui. A leur ennui, je reste indifférent.

Après avoir été unis, nous vivons séparés ; mais, toutes mes caresses la visent et tous ses coups me frappent.

Formes expressives :

L'haleine surette des filles anémiques,

Titre : Les frimes.

On voudrait écrire ce titre : Pensées profondes. On n'ose pas.

Un homme que je connais, un peu inquiet, fait des exercices de mémoire pour se rassurer : « Pépin le Bref avait trois filles : Rosalide — Brunehelt — Fornillia... Pépin le Bref avait trois fiiUes : Rosalide — Fornillia... » Je viens de le voir : « Pépin le Bref avait trois filles... trois filles... » Les vieux experts sont ainsi et les jeunes ne savent rien.

A voir à distance, le romantisme n'est plus qu'un décor éclatant.

Je ne sais si Puvis de Chavannes vivra dans le temps et l'espace. Je le crois. Je ne sais s'il prendra place au festin des dieux, mais son couvert est mis.

Dans ma rue :

Lui, jaloux. — Reste donc à ton comptoir ! Elle, très belle. — Mais je n'ai rien à y faire.

Lui. — Rince les verres.

Elle. — Moi ?

Lui. — Toi !

Elle parlait, je ne Técoutais pas. Je la regardais et je voyais que ses cheveux noirs sans luisants faisaient une tache curieuse sur la robe rose pâle.

Pourquoi je ne suis pas peintre ? Le peintre ne voit qu'en soi. Il est bien que parmi ceux qui regardent, plusieurs regardent et voient.

« Lazare, lève-toi. » Nos artistes sont des fainéants qui ne répondent pas au premier appel. Élevons la voix*.

Tout créateur a la faculté de sentir. Je ne

Page 1