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CONFÉRENCES ARTISTIQUES

^4U MUSÉE TfU LOUV%,E

(3 décembre 1882) PREMIÈRE CONFÉRENCE

ujourd'hui, 3 décembre, à neuf heures du matin, par un temps de neige, vous êtes venus nombreux, et je vous en remercie.

Quoique souffrant, je n'ai pas voulu manquer au rendez-vous qui m'était donné aujourd'hui. Si ma voix est faible, si vous m'entendez mal, eh tant mieux! vous vous approcherez, je vous verrai de plus près. Ce qui m'est un bon conseil, c'est que plusieurs d'entre vous sont debout;

cela m'est un avertissement sérieux : le phraseur aura à se surveiller, il se surveillera. Mais que ces feuillets nombreux ne vous effraient point; j'ai jeté là quelques notes rapides, je ne les épuiserai pas aujourd'hui.

Plusieurs d'entre vous sont des jeunes gens, de tout jeunes gens, tant mieux; vraiment c'est ma vocation de faire la classe des petits (pardon). Je suis mal portant, mais je ne sentirai ma fatigue que si vous me montrez votre lassitude. Je vous regarde, il m'est utile de vous regarder avant de parler; il faut que je sache bien à qui je m'adresse, il est sincère de dire que je suis ici bien plus pour étudier que pour enseigner.

Vous avez appris, plusieurs d'entre vous ont appris, que Tart hollandais est devenu plus profondément distinct de l'art flamand et de l'art allemand au commencement du xvii^ siècle. Vous savez aussi que les petits peintres originaux de la Hollande sont presque tous nés de 1605 à 1620 et qu'ils étaient ainsi en pleine production au commencement du règne de Louis XIV.

De 1605 à 1620 naissent Adrien VanOstade,

Gabriel Metzu, Gérard Terburg, Pierre de Hooch, Vander Meer de Delft. Je cite mes grands favoris.

Et au début, pour que vous puissiez m'entendre, il faut que vous me connaissiez bien. Si je parle à cette place, croyez que j'ai quelque chose à dire, quelque chose qui ne serait pas dit si je ne parlais pas. Je vous dirai mon goût particulier, je ferai connaître mes préférences, mais je ne dirai pas que cela. J'ai l'honneur d'être l'ami de quelques-uns de nos plus grands artistes français; comme ce mot français me plaît et comme malgré moi si je le prononce, je donne à ma voix toute sa sonorité, toute la sonorité possible.

Et ces artistes, les premiers, savent qu'ils peuvent se livrer à moi sans crainte de trahison. Il est fâcheux de n'avoir pas grand mérite, il est heureux, vous le voyez, d'être... d'être un brave homme. Ces artistes savent que si j'apporte jusqu'à vous la quintessence de leur savoir, de leurs études, de leurs réflexions, je ne les nommerai pas mal à propos. Ces jugements précieux vous donneront à réfléchir, seront

pour vous un sérieux enseignement, ils ne vous seraient pas connus si je me taisais. Un peintre, un sculpteur, un producteur, n'est pas tout à fait libre ; s'il s'exprime librement en public, on penserait mal de lui, on pourrait chercher en dehors de l'art les raisons d'une opinion sévère, sincère.

Vous voyez bien qu'il est utile que je parle. Tout à l'heure je vous ai dit qu'il était bien que je me fisse connaître de vous : mon côté individuel, c'est la sensibilité. Oui, je suis sensible — ne souriez pas — impressionnable, non pas aisément cependant, et ma visée, que je confesse, est de vous amener à cet état particuUer, douloureux parfois, parfois aussi plein de charme. Seulement, Messieurs, il faut conquérir la faculté d'être ému, j'entends d'être ému à propos. Arrivez à une sensibilité qui ne s'éveille que chez les gens délicats, à la distinction, cette chose rare dans les œuvres d'art et chez les gens ; il y a bien une assez commune forme de la distinction chez ceux-ci, mais ce n'est que de l'impertinence soutenue. Ne confondez pas. Vos professeurs vous feront passer intelligemment de l'étude du

cadre à l'étude de la bosse, et de l'étude de la bosse à l'étude de la nature. Je connais ce chemin, je l'ai parcouru. Assez rapidement, vous arriverez à mettre une figure d'ensemble, mais le reste... le reste !... il peut dépendre de vous de l'acquérir peut-être. Soyez sensible, je vous l'ai dit; je ne veux pas tenter prématurément de faire devons des savants. Oh ! non, je veux, je veux... tant pis, je me risque, je veux faire de vous des amoureux.

Une croyance me guide dans mon choix, je l'ai dit : le style est l'état innocent de Vesprit,

Les artistes qui me frappent le plus vivement, qui me retiennent le plus fortement sont dans cet état innocent de l'esprit. Pour moi, c'est la qualité maîtresse, c'est le don rare ; qui le possède, m'enchante ! Quand j'entre dans notre Louvre, je vais tout droit à Adrien Van Ostade; si je suis dans le salon carré, je vais à Vécole d'Ostade ; si j'entre par cette galerie, à la famille d'Ostade qui est là tout près. N'allez pas partir sans la voir encore. Un peintre me disait : (( Téniers est charmant, c'est un joH chiqueur. Ostade est plus grand que Téniers. »

Un chiqueur, vous le savez, dans le langage du peintre, c'est l'artiste qui peint de pratique, de mémoire.

Il est un autre petit peintre hollandais que j'aime, — oui, que j'aime, — c'est Adrien Brauwer. Je sais bien, on le raconte, qu'il se plaisait au cabaret ! C'était par amour de l'art ! N'avait-il point à montrer ces belles querelles de galants et d'ivrognes ? Eh oui, le peintre trinquait avec ses modèles. Ah oui, je sais cela, Bourguignons, Bordelais, Parisiens, Normands, et vous, mes amis du « Jura », allons-nous nous montrer sévères pour lui. Oui, c'est par passion artistique qu'il recherchait les joyeuses enseignes aux belles promesses. S'il avait eu le goût de peindre des moines, vraiment, je le crois, il eût pris le cilice. Ah ! cet Adrien Brauwer, il faut avoir le cœur solide pour l'aimer toujours. Il y a, chez un grand amateur d'Amsterdam, un tableau qui représente des gens à table; l'un d'eux, — c'est très difficile à dire, — l'un d'eux pèse sur une narine, gonfle l'autre, et

c'est délicieux ! Un artiste français s'est

écrié devant moi : Quand on peint une

narine comme ça ! » Une narine, rien que cela ? — Oui, rien que cela. » Le même artiste me disait : « Celui qui copierait toute une année l'Antonello de Messine, du salon carré, celui-là ne perdrait pas son temps, il saurait enchâsser un œil. » Quoi, rien que cela ? direz-vous. — Oui, rien que cela. — Ne partez pas sans revoir cet Antonello de Messine, dans le salon carré, près de l'Holbein. Ce n'est pas un tableau hollandais et je n'ai pas à vous en parler, je vous en parle. Écoutez ce jugement d'artiste : « Franz Hais peint un peu dans l'huile, mais c'est fort. Je n'aime pas Wouvermans, c'est rond. Paul Poter est fort, mais je ne ferai pas un pas de plus pour revoir le Taureau qui est à La Haye. Il y a cependant des pâtes étonnantes... » Qui a dit cela ? Ribot. Et Vollon m'a dit, lui : « Quand je vois un Ribot, je rentre à l'atelier et je pioche. » C'est bien cela, Vollon !

Je vous l'ai dit, j'y reviens, j'aime les œuvres naïves, innocentes, les beaux gestes courts, directs, qui font que la main va simplement vers l'objet qu'elle a à prendre; tenez, ainsi, c'est le geste des gens qui ne se savent pas regardés,

qui n'ont pas à prendre une attitude, à tenir la pose; c'est le geste des gens saisis dans leur état innocent d'esprit. J'y reviens, c'est cette théorie même que j'exposais chez cet artiste qui fouille puissamment dans les matières dures, M. Leconte de Lisle et en présence de M. Jules Breton, le peintre des belles filles aux gestes arrondis. En parlant, je m'observe et je vous examine. Le pauvre modèle pour un peintre qu'un conférencier ! Je le sens, j'ai une certaine gêne dans les mouvements, cette gêne de celui qui se sent regardé. Je fais celui qui est à l'aise, je ne le suis pas. Je joue la tranquillité, quel apprêt dans cette bonhomie feinte ! J'ai des airs de tête étudiés. J'avoue, duel fâcheux modèle pour un peintre...

Vous qui m'écoutez, que vous seriez pour un peintre des modèles de choix ! Quelle Hberté dans les gestes, et quelle variété ! Quel beau modèle, le vrai modèle, le modèle qui bouge... Quelques-uns d'entre vous écoutent, écoutent bravement. Quelques autres ont la mine résignée, qu'ils ne s'en défendent pas. Un peu plus, et je céderais au désir de prendre un crayon,

de dessiner et de me taire; je ferais bien, peutêtre...

Le paiement de mes efforts, je l'ai trouvé dans cette parole d'un sculpteur qui m'écoute, qui me fait l'honneur de m'écouter. Il a dit de moi : « Ce qui me plaît en Jean Dolent, il n'a pas seulement l'air d'aimer, il aime. » Il disait vrai. Aimer, c'est la forme supérieure du savoir. Je ne parle pas seulement des gens qui ont cette profession d'être savant; non, il n'est pas qu'une façon d'avoir quelque science : ils savent mieux que moi ce que coûte un tableau ; je sais un peu mieux qu'eux ce qu'il vaut.

Le plus lourdaud assourdit le bruit de son pas en parcourant les merveilleuses salles de ce fastueux chez nous, le Louvre.

En ces questions artistiques, souvent un différend s'élève, mais on ne va pas jusqu'au démenti. Un peintre me disait : « Les Hollandais ont tout pris aux Italiens ; Rembrandt et le Corrège, c'est la même chose. » L'artiste qui parlait ainsi est prix de Rome; il a fait trois fois le voyage de Hollande. Et tenez, je le nomme, c'est le peintre Maillart. Vous l'entendrez quelque

jour et il mérite d'être entendu, je le reconnais, je le reconnais un peu malgré moi et pour l'amour de la justice.

Avoir un goût raffiné donne de la tristesse. Entendre ceci : « Qu'il y a donc de personnages ! Ah! c'est sur bois, comme c'est fin. » Et c'est tout. Et penser que celui qui parle ainsi est un monsieur instruit, un avocat, un médecin. Vous appelez son attention sur un portrait de Michel Mirevelt, par exemple, et il s'écrie : « Qu'il est laid ! » Je parle de souvenir. Je me rappelle avoir montré cette femme de Vandermeer de Delft, qui est là tout près, et il m'a été dit : « C'est bien dans ce que c'est. »

En raison de circonstances cruelles, il serait bon, peut-être, de déverser un peu de gloire sur ces malheureux amateurs d'art si souvent éprouvés. Non que je me plaigne de ma part de célébrité ; je ne suis pas tout à fait inconnu, je ne passe pas inaperçu. Ainsi, pour ma petite voisine, haute comme ça, je suis « ce monsieur qui a un grand jardin où il veut bien qu'on marche. » N'est-ce rien 1

Le jour où ces personnes insensibles aux

choses d'art reçoivent les gens, on cause, on regarde les photographies. C'est effrayant !

Tout à l'heure je vous parlais des mauvais instants des amateurs d'art, qu'ils ont d'heureux moments aussi. J'avais été montrer un dessin ancien à M. Edmond de Concourt, un dessin historique représentant une fête donnée à l'occasion de la naissance d'un enfant royal. Aussitôt, M. de Concourt prit une brochure dans la bibliothèque et me lut la description complète, détaillée, de mon dessin. Si vous aviez vu dans ma mine, qui voulait être modeste, je ne sais quoi qui pourrait bien être de la fierté. Je fus toujours glorieux.

Et, peu de jours après, je recevais une lettre de M. Charles Ephrussi qui me demandait s'il serait indiscret à lui et à M. le marquis de Chennevières de venir voir chez moi ce curieux dessin.

Indiscret...

Je répondis : (( Je vous attends. »

Ces messieurs arrivent en hâte, en hâte, — vous m'entendez bien, — et je demeure loin; qui songe à cela ! Et tous les trois nous traduisons la légende. M. de Chennevières prend des notes.

M. de Chennevières et M. Charles Ephrussi me demandent de leur prêter ce dessin pour une Exposition. Je dis oui, et ils partent charmés...

Parmi les gens qui aiment les bons tableaux, il en est qui ont la douce manie de chercher à gâter leur plaisir. Ils veulent savoir comment l'artiste obtient tel effet, s'il y a des bottes secrètes. Je suis en situation de renseigner ces hommes curieux. Ainsi, j'ai su d'un modèle que François Millet à ses couleurs mêlait du guttapercha. Je parle sérieusement — toujours! — je donne généreusement ce renseignement précieux. Je sais aussi, et le sais d'un élève du maître, qu'Eugène Delacroix, avec de grandes martes, étalait ses pâtes molles et qu'il revenait avec de petites martes dures, une sorte de ciselure. Et voilà le grand secret dévoilé! Quant à Roybet, les tableaux qu'il vient de terminer sont émaillés comme des tableaux anciens. Je sais aussi pourquoi. Henner disait, il y a peu de jours, à l'un de mes amis : « Venez donc me voir un matin, je vous montrerai comment je fais ça. » La vérité est, Messieurs, que le mystère n'est pas là, le grand mystère!...

Nous, les amateurs d'art, ne sommes pas plus que des spectateurs du premier rang, pas moins.

Les vrais connaisseurs sont rares , il est vrai, les vrais artistes aussi ! Il est des artistes qui disent la vérité sur leurs confrères et sur euxmêmes.

Interrogé devant moi sur une « Marine » qu'il avait à l'Exposition universelle, M. Jules Breton a répondu : (( J'en ai relusé de pareilles comme membre du jury. »

Il y a aussi des peintres dont la vocation a été contrariée, je veux dire que leur vocation était sans doute d'être dans les affaires. Il y a aussi des peintres qui supportent l'éloge d'un confrère ; on peut louer devant eux l' avant-dernier tableau . . .

D'un grand paysagiste ils disent : Il sait son arbre. »

Cédant à un mouvement généreux compatissant, ils vont jusqu'à dire spontanément d'un peintre : « Il a eu du talent. »

Le peintre n'aime pas les amateurs d'art, il sait que nous connaissons la source d'un emprunt

déguisé; Tétude des maîtres, les lectures, les voyages nous ont mis en garde contre les apparences. L'amateur d'art assiste souvent à l'inutile effort d'un sot et il n'a pas de dédain. Je comprends cette animosité sourde ; moi-même, je supporte impatiemment la critique. Un journaliste écrit que dans une page de moi il y a deux fautes de langue... le vilain homme!... « deux fautes. » J'ai relu, il y en avait quatre.

Ces peintres ne sont pas des hommes méchants; ils ne sont pas bons non plus, ils sont artistes. Un exemple : D'une civière pendait une main de jeune femme, une main amaigrie. La main dans la main de la malade, une petite fille marchait, courait presque pour suivre les porteurs. Un peintre, qui racontait cela, dit : « C'était très bien. » Il songeait au tableau à faire.

Le sérieux savoir ne sauve pas d'une parole amère. Un peintre a jugé devant moi ainsi un peintre instruit : « Il sait beaucoup de noms de peintres. »

Il faut entendre Henri de Beaulieu dire devant un tableau d'une coloration aigre : « Ça claque ! » Il fallait entendre Delacroix dire des

tableaux noyés dans le jus : « C'est jaunet ! »

Il faut faire un public pour nos expositions. Et il n'y a pas que les morts, il y a les vivants. Un peintre, depuis longtemps déjà dans le mouvement, m'a dit : « On cherche des choses dont nous ne nous occupions pas. » Oui, il y a des vivants parmi nos peintres ; les autres, les retardataires, sont des ombres. Indifféremment, je les regarde glisser!...

Français, amateur d'art, j'ai mon orgueil. Je ne crains pas la lutte, mais je n'accepte pas la coalition des peintres de tous les temps et de tous les pays contre les artistes de mon pays. Et cependant notre Clouet, le peintre de la jeunesse, vaut peut-être bien Holbein, le peintre des rides. Les Hollandais ont Jacques Ruisdaël et le doux Salomon Ruisdaël; ils ont Hobbema, W3mantz, ce Wynantz, si simple et si vrai, qui me prend singuHèrement ; mais n'avons-nous point Rousseau, Courbet, Corot ? ce Corot qui ne doit rien à personne, entendez-vous cela, à personne. Ce Corot, je l'adore ! N'avonsnous pas Daumier ? Oui, Daumier, Daumier, pourquoi pas ! Un peintre m'a dit : « Daumier

est plus fort que Millet. » Qui a dit cela ? Ribot.

J'arrive de Hollande. J'ai vu les musées et les collections particulières de Rotterdam, de La Haye, d'Amsterdam, de Harlem. Et ce qui me charmait, c'était de coudoyer dans les rues les modèles des petits peintres hollandais, les bons compagnons et les joyeuses commères de Jean Steen, les petites bourgeoises de Pierre de Hooch, les personnes de qualité de Terburg, de Gaspard Netscher. Je quittais Anvers que j'avais laissé en pleine kermesse. Ah ! le beau sang et les belles chairs n'ont point pâli depuis Rubens. A ce point que mon compagnon, peu renseigné sur les coutumes locales, croyait à une foire aux nourrices... A ceux d'entre vous qui n'ont pas voyagé, il faut dire : « Il n'y a pas en Hollande un Adrien Van Ostade supérieur 'à Vécole^ pas un Terburg, pas un Metzu au-dessus des nôtres. )) En regardant les David de Heem, je songeais à notre Chardin et je n'étais pas attristé.

Cet amour de l'art français est bien puissant. Le peintre Louis Mettling a rapporté de son

voyage aux Pays-Bas, qui le devinerait ? une copie de l'esquisse du plafond de la galerie d'Apollon, une copie d'Eugène Delacroix, le maître français !

A Rotterdam, mon compagnon, lassé par cet avide amateur d'art, cet insatiable curieux, moimême, se sentit souffrant. Un pharmacien affirma la haute valeur d'un breuvage qu'il venait de préparer ; j'en demandai la composition et le pharmacien refusa en disant : « On voit bien que vous êtes Français. » J'espère que cela se voit, et si médiocre que je puisse être, pour ma tristesse et votre ennui, j'espère avoir quelques-uns des signes de ma race, le plus accusé, l'amour de mon pays ! Aussi, je le dirai avec une joie profonde, pendant ce beau voyage en Hollande, où j'ai eu tant à admirer, je n'ai pas vu d'artistes plus originaux, parmi les petits peintres hollandais, que les peintres français ! François Clouet, Chardin, Corot.

Et tous les trois justifient cette opinion à laquelle je veux vous amener par degrés : h style est Vétat innocent de V esprit.

Je cède à la faiblesse commune à tous les

écrivains, j'emprunte au Petit manuel d'art ce portrait d'après nature d'un amateur d'art :

« J'ai vu longtemps au Louvre un vieux monsieur qui copiait la Joconde, Sa copie était assez exacte, timide, médiocre, il s'appliquait. La besogne n'avançait pas, il retouchait, retouchait ; les yeux l'arrêtaient, les rendre dépassait son petit pouvoir. Il ne se décourageait pas. Avec quel ravissement, chaque matin, il se mettait à l'œuvre ! Il était un peu triste au départ. Qu'il la trouvait belle, cette Joconde adorable ! Il l'aurait certainement volée, le brave homme ; mais voler n'est pas honnête, et puis le gardien veille. Les jeunes demoiselles qui font au Louvre des copies de V Achille disaient : « C'est l'amoureux de Joconde. » Amoureux, il l'était. Une grande fille brune dit un jour, un peu trop haut : « Le vieux serin. » Il entendit : « Oh ! mademoiselle ! » Il n'avait pas d'illusion sur le mérite de sa peinture ; c'était de la peinture honnête et plate. Il espérait se perfectionner. Ah ! s'il pouvait entrer dans le secret de l'œuvre admirable ! Jamais main aussi mal habile ne trahit un cœur plus ardent.

Propret, convenable, pauvre sans doute : il n'employait que des couleurs communes, remplaçait le bleu lapis -lazuli par un mélange d'outremer et de blanc, se passait du jaune italien et se servait du jaune de chrome foncé ; au lieu de garance rose (trois francs le tube) il avait la laque ordinaire.

« Un jour qu'il regardait Ricard copier d'une main superbe VAniiope du Corrège, le vieux monsieur eut un mouvement de haine: « Canaille! »

« Oui, amoureux de la Joconde, et, de fait, en peignant, sa main tremblait, un peu par l'âge, un peu d'émotion. Ne riez pas. Devant son chevalet, il ne travaillait pas toujours ; le plus souvent contemplant la merveilleuse femme, et les heures se passaient pour lui douces et charmantes. Il resta une fois plus de trois mois sans paraître au Louvre. Il revint, mais affaibli, cassé, éteint, et ainsi se remit au travail et chaque jour il reprit des forces et de la mine. Il était heureux. Puis un jour il ne parut pas, ni le lendemain, ni de tout le mois, ni jamais, depuis lors; les jeunes demoiselles du Louvre dirent du vieux monsieur : « Il est infidèle. »

u Mort, peut-être, non infidèle. »

Le conférencier s'est arrêté un moment devant chacun des tableaux les plus caractéristiques de l'école hollandaise : Adrien Van Ostade, Vandermeer de Delft, Gérard Terburg, Metzu, etc., et s'adressant aux jeunes gens des écoles :

Ma maison est ouverte, mes amis le savent, à tous. Mon petit cabinet d'amateur d'art est à la disposition des écoliers : ils peuvent copier, consulter, interroger sans jamais me lasser. J'ai trouvé des maisons ouvertes et je me souviens \

I. Au nombre des assistants : M. Louis de Ronchaud, directeur des Musées Nationaux, M. Henri Prévost, maire (arrondissement du Louvre), des artistes, des amateurs d'art, des jeunes gens des écoles.

Dix conférences ont été faites au Musée du Louvre dans cet ordre :

M. Jean Dolent : Les petits peintres hollandais

décembre 1882);

M. Marc Gaïda ; La peinture décorative (10 décembre) ;

M. D. Maillart : Ingres et son temps (17 décembre) ; M. D. Maillart : Van Dyck et le portrait (24 décembre) ;

M. Amédée Besnus : Le paysage (14 janvier 1883);

M. Antony Valabrègue : L'histoire de France au Musée du Louvre (21 janvier);

M. D. Maillart : Les portraitistes français (4 février) ;

M. Marc Gaïda : La couleur (ii février) ; M. D. Maillart : Les portraitistes français (18 février) ;

M. Doublemard : La sculpture (4 mars).

ES forts : ceux-là qui sont ivres sans avoir bu.

Pour la première fois, je viens d'entendre le petit rire sec d'un aveugle.

Nos livres sont gâtés — gâtés, qui sait ! — par des choses accessoires. Nous y mettons des mots incompréhensibles pour tous — une exceptée.

Dans ma rue :

— Petite, bientôt on parlera au propre de l'amertume de ton baiser.

— Est-ce que déjà ?. . .

— Tu sens le muguet et la verveine... La peau de ton front se décolorera et se décollera.

— Mon front ?...

— Blanc et uni encore Le cou va boui^er... et le moment pour toi va venir de se pommader avec du cirage... Défends-toi.

Filles maigres, courses plates.

Comédie :

Un malade souffre beaucoup. Il demande un revolver à Théritier. — L'héritier ne peut pas céder trop vite. — Il cède enfin. — Le malade croit voir un sourire aux lèvres de l'héritier. — Il le tue. — Il passe une bonne nuit.

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